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            <title>G. W. LEIBNIZ À ROME (AVRIL-NOVEMBRE 1689)</title>
            <author><name>André </name>
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            <authority>ILIESI-CNR</authority>
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               <p>Biblioteca digitale Progetto Agora</p>
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               <title level="m">G. W. LEIBNIZ À ROME (AVRIL-NOVEMBRE 1689)</title>
               <author>André Robinet</author>
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               <publisher>Leo S. Olschki Editore</publisher>
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               <pubPlace>Roma</pubPlace>
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               <biblScope>  pp., (Collana Lessico Intellettuale Europeo, LII)</biblScope>
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            <docAuthor>André Robinet</docAuthor>
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         <p>Après son premier séjour à Venise, Leibniz séjourne à Rome du 14 avril<lb/>1689 à la fin avril, puis s’installe pour six mois de la mi-mai au 20 novembre<lb/>1689. Il a suivi la route de Ferrare, Bologne et Loreto. Puis il quitte Rome<lb/>pour deux petites semaines afin de se rendre à Naples. Ce séjour est jalonné<lb/>par une correspondance discontinue et par de multiples écrits composés sur<lb/>place. Notre ouvrage sur cet <hi rend="it">Iter Italicum</hi><note xml:id="ftn1" place="foot" n="1"><hi rend="it">G. W. Leibniz : Iter Italicum (mars 1689-mars 1690). La dynamique de la République des Lettres</hi>,<lb/>Florence, Olschki 1988, 496 pp., coll. «La Colombaria. Accademia Toscana di Scienze e Lette-<lb/>re». Le chap. 2.4 comporte «Le premier arrêt à Rome», et le chap. 4 porte sur «Le séjour à<lb/>Rome», pp. 41-191 : A l’Accademia Fisicomatematica, Les «Signori» de l’Accademia, La mise<lb/>en scène du «Phoranomus», L’affaire Copernic, La commission d’études du Pape Formose, Les<lb/>jésuites et la Chine, Les autres jésuites romains, Les résidents français, Les agents jansénistes, Les<lb/>libertins de Rome, Les recherches dans les bibliothèques et archives, Les milieux politiques,<lb/>cardinaux et papes.</note> comporte 150 pages rien que pour<lb/>cette période romaine du voyage : il y faudrait plus de 500 pages si l’on voulait<lb/>publier ce qui fut composé par Leibniz sur du papier romain. Notre exposé ne<lb/>peut que donner en survol une image globale mais précise, des intérêts que<lb/>Leibniz prit à la fréquentation de la Ville Eternelle.</p>
         <p>1.<hi rend="it"> A l’Accademia Fisicomatematica.</hi></p>
         <p>Les documents recensés mettent en évidence une très large fréquentation<lb/>de l’Accademia Fisicomatematica qui, après avoir recueilli l’héritage du<hi rend="it"> Giorna-<lb/>le dei Letterati</hi>, s’efforce de maintenir à Rome une haute ambiance scientifique,<lb/>malgré les interdits de toutes sortes qui sévissent dans l’Etat papal.</p>
         <p>Les relations avec G. G. Ciampini sont intenses et profondes, comme le<lb/>prouve la correspondance qui s’ensuivra, amorcée dans Rome même. Ciampini<lb/>a fondé cette Accademia en 1677 : nous avons les comptes rendus des séances<lb/>des deux premières années, mais rien pour la suite. Voici donc une première<lb/><pb n="238" facs="INF_238.jpg"/>question que j’adresse aux connaisseurs des fonds romains : a-t-on connaissan<lb/>ce dans quelque archive ou bibliothèque italienne d’un dépôt concernant la<lb/>vie de cette Accademia pour l’année 1689, où l’on aurait toute chance de trou-<lb/>ver trace de la participation de Leibniz. Car nous allons voir que Leibniz, par<lb/>contre, constitue des écrits très précieux qui concernent la vie de cette acadé-<lb/>mie et que la donnée majeure du chapitre de l’<hi rend="it">Iter Italicum</hi> qui concerne Rome,<lb/>est de jeter un éclairage vivant et détaillé sur la vie des académiciens et leurs<lb/>rencontres en 1689. De plus, les multiples correspondances leibniziennes<lb/>témoignent de mentions des hommes et des faits manifestés dans ces rencon-<lb/>tres. Leibniz restera en contact étroit avec Ciampini jusqu’au décès de ce der-<lb/>nier (12/7/1698).</p>
         <p>Deux documents permettent de se faire, du côté italien, une idée sur les<lb/>«signori» qui composent l’Accademia :<hi rend="it"> La Visione Panegirico</hi> d’Andrea Penci,<lb/>publiée fin 1689, mentionne 33 «signori», avec une disposition typographique<lb/>qui met à part en tête Vettori, Ciampini et Fabretti, identifiables comme étant<lb/>le président honoraire et protecteur, le président animateur et le secrétaire de<lb/>cette année 1689.<hi rend="it"> Le Vite degli Arcadi</hi> concernant Ciampini, composées par<lb/>Vincenzo Leonio qui recense 35 noms : il n’en reste que 13 de la liste Penci,<lb/>l’ouvrage des<hi rend="it"> Vite</hi>, II, étant paru en 1710. Mais ces deux listes sont à leur tour<lb/>insuffisantes au regard de la documentation leibnizienne et des mentions<lb/>imprimées que l’on trouve de personnalités relevant de ladite Académie. Car<lb/>Leibniz en a connu une trentaine, dont mention est faite dans les écrits et<lb/>lettres qui ne cessent de circuler entre Rome et Hanovre. Ciampini a manifes-<lb/>tement pris Leibniz, qui appartient à une autre religion, sous sa protection et<lb/>l’a imposé dans ce contexte catholique et papal, sous le couvert de la réputa-<lb/>tion concordantiste et unitaire qu’il s’était faite. Car l’appartenance, proclamée<lb/> à la Confession d’Augsbourg, n’est pas nécessairement bien reçue par ces<lb/> savants familiers de la Cour papale et des pouvoirs du Vatican.</p>
         <p>Le groupe des jésuites de l’Accademia est nettement repéré par Leibniz<lb/> dont les correspondances fonctionnent obliquement par mention des uns et <lb/>des autres, selon les clivages qu’il a repérés. Antonio Baldigiani est la person-<lb/>nalité la plus en vue de la Société de Jésus qui s’adonne aux mathématiques,<lb/> enseignées au Collegio Romano. Baldigiani a de l’autorité sur ses pairs et est<lb/>très proche des dirigeants de la Société, qu’il fait connaître à Leibniz. On verra<lb/>quelle place de faveur est celle de Baldigiani au regard des écrits alors compo-<lb/>sés par Leibniz. Francesco Eschinardi, dont Leibniz connaît le<hi rend="it"> Cursus physico-<lb/>mathematicus</hi>, est mêlé aux discussions sur la levée des censures anti-coperni-<lb/>ciennes. Tommaso Fantoni enseigne également au Collegio Romano et restera<lb/>sur la sellette pour procurer à Leibniz le<hi rend="it"> Pater Noster</hi> dans des langues diverses.<lb/> Il n’y a que ces trois jésuites repérables dans les fréquentations que Leibniz<lb/>noue au sein de l’Accademia.</p>
         <p><pb n="239" facs="INF_239.jpg"/>Leibniz aura des entretiens avec G. P. Bellori et on conserve des notes de<lb/>la visite du musée que Bellori entretenait chez lui, de même que Ciampini. Il<lb/>rencontre le sénateur florentin Filippo Buonarroti, de célèbre famille, qui l’in-<lb/>troduira à Florence auprès de Cosimo della Rena : Buonarroti possède égale-<lb/>ment des collections d’antiques remarquables. Giuseppe et Matteo Campani<lb/>fabriquent des horloges aux effets magiques. Del Palaggio est d’autant plus fré-<lb/>quenté qu’il est la boîte aux lettres des jansénistes. F. Del Torre a été égale-<lb/>ment contacté.</p>
         <p>R. Fabretti, par sa notoriété et son âge, tient une place de choix dans ce<lb/>milieu et il mentionnera les commentaires de Leibniz dans son<hi rend="it"> Inscriptionum<lb/>explicatio</hi>. Le mathématicien Vitale Giordani engendre une correspondance<lb/>interne à Rome et discute de ses dernières publications qu’il soumet à Leibniz.<lb/>Des rencontres ont lieu avec G. V. Gravina, D. Guidi, P. Maggietti, A. Mela-<lb/>gonelli, F. Nazari, qui fut l’animateur du<hi rend="it"> Giornale</hi> de Rome, P. de Nicolò, G.<lb/>Pastrizio, M. Patrizi, le mathématicien D. Quarteroni, G. D. Tomati, G. F.<lb/>Vanni, dont les articles sur le mouvement étaient connus avant le voyage, F.<lb/>M. Vettori, ancien protégé de Ricci et ami de Viviani, éminence grise du<lb/>groupe<note xml:id="ftn2" place="foot" n="2">Ce chanoine, âgé à cette époque, a joué un rôle important lors du changement d’éditeur<lb/>du<hi rend="it"> Giornale</hi> en 1678 et a soutenu Ciampini. Seconde question posée aux érudits romains : qui<lb/>était-il, car nous n’avons rien trouvé le concernant.</note>.</p>
         <p>Deux «jeunes», ainsi désignés par Leibniz, seront repérés en raison de<lb/>leurs capacités d’avenir. Ludovico Sergardi, qui va connaître une ascension<lb/>fulgurante lors du changement de Pape pendant le séjour de Leibniz, et Fran-<lb/>cesco Bianchini, qui comme Leibniz, appartiendra à toutes les Académies<lb/>européennes. Les relations avec Bianchini sont amples et longues, mais elles<lb/>n’eurent pas de profondeur car les deux savants pouvaient se heurter par leurs<lb/>appartenances religieuses sur les questions du calendrier et de la levée des cen-<lb/>sures anti-coperniciennes. Leibniz connaît d’autres personnages qui fréquen-<lb/>tent l’Académie, que l’on retrouve pour d’autres raisons pendant ce séjour à<lb/>Rome.</p>
         <p>Indépendamment des correspondances, nous disposons de plusieurs écrits<lb/>qui convergent vers ce qui s’appellera le<hi rend="it"> Phoranomus</hi>, pièce de physique exotéri-<lb/>que composée en même temps que la grosse<hi rend="it"> Dynamica</hi>, pendant le séjour à<lb/>Rome et à Florence, tellement ésotérique que Leibniz lui-même finira par la<lb/>perdre de vue.</p>
         <p>Or le<hi rend="it"> Phoranomus</hi> a la forme d’un dialogue à multiples personnages et la<lb/>première rédaction donne en toutes lettres les clés d’identification des interlo-<lb/><pb n="240" facs="INF_240.jpg"/>cuteurs<note xml:id="ftn3" place="foot" n="3">Nous éditons le<hi rend="it"> Phoranomus</hi> à part, en fonction de sa relation intime avec l’<hi rend="it">Iter Italicum</hi> et<lb/>en raison de son contenu qui dévoile pour la première fois publiquement les lois de la dynami-<lb/>que.</note>. Le cadre avoué est celui des rencontres chez Ciampini, les thèmes<lb/>sont ceux qui y sont abordés, de préférence par Leibniz avec les animateurs<lb/>habituels du cercle. Des intervenants, habilement introduits, permettent à<lb/>Leibniz de rassembler les questions sur lesquelles il est intervenu, pour mon-<lb/>trer sa propre science et surtout pour faire connaître la nouvelle «dynamique»,<lb/>néologisme forgé à Rome. L’occasion de cette mise en scène est une lettre de<lb/>Foucher, qui annonce une réponse de Thévenot à un envoi de Leibniz : c’est-<lb/>à-dire que la rencontre romaine est mise sous le sceau des rencontres académi-<lb/>ciennes de Paris et, comme on va recevoir le jésuite Grimaldi, alors à Rome<lb/>entre deux bateaux, ce sont les questions de l’Académie de Pékin qui vont être<lb/>soulevées au passage. Habilement, Leibniz brosse un décor à trois composantes<lb/>académiciennes : parisien, romain et chinois. La séquence paléographique de<lb/>ces documents procure un éclairage très vif sur la vie de l’Accademia. Leibniz<lb/>met en scène Ciampini, quand il présente ses recherches sur les manuscrits de<lb/>l’époque impériale et la question des divisions en arrondissements de Rome.<lb/>Fabretti reviendra sur ces questions, mais aussi sur la composition colorée des<lb/>mosaïques et les problèmes de la teinture. Pour parler de la Chine, il fait<lb/>entrer Grimaldi avec qui il a eu des entretiens en juillet à Rome. Il voudrait<lb/>de Grimaldi plus d’attention aux procédés techniques chinois et s’engage à<lb/>fournir une machine arithmétique dont il fait la promotion en la proclamant<lb/>supérieure à celle de Pascal. Les questions mathématiques exigent la présence<lb/>de Quarteroni, mais c’est à Baldigiani que Leibniz s’adresse dès qu’il s’agit des<lb/>problèmes du mouvement et des forces. Pour renforcer la référence parisienne<lb/>de ces rencontres, Leibniz introduit Auzout qui suit effectivement les travaux<lb/>de l’Accademia. Ces pages très vivantes, révèlent la vie de l’Accademia romai-<lb/>ne en 1689.</p>
         <p>Indépendamment de son assistance aux séances qu’évoque le<hi rend="it"> Phoranomus</hi>,<lb/>Leibniz était convié dans des commissions chargées d’études par Ciampini.<lb/>Ainsi fut-il pressenti pour analyser la fresque du Pape Formose qui venait<lb/>d’être mise à jour sur les flancs du Mont Caelio. Ciampini rédige un long rap-<lb/>port préparatoire et termine ses remarques en conviant un certain nombre des<lb/>«signori» que nous venons d’évoquer à lui rendre compte graphiquement et<lb/>historiquement des détails de la fresque. Leibniz, homme de toute érudition,<lb/>est invité à venir voir ces images et à les commenter.</p>
         <p>C’est aussi dans le cadre de cette Accademia que Leibniz essaie de former<lb/>un groupe de pression pour faire lever les censures anti-coperniciennes qui<lb/><pb n="241" facs="INF_241.jpg"/>sévissent toujours dans les Etats catholiques. La question est d’importance :<lb/>elle montre l’engagement religieux et scientifique de Leibniz, incommodé par<lb/>de tels interdits et fier de relever d’une Confession où la «liberté de philoso-<lb/>pher» est entière. Nous avons reconstitué cet aspect du voyage et du séjour à<lb/>Rome grâce aux correspondances avec Bianchini, et à l’étude des diverses rela-<lb/>tions avec les membres de l’Académie. Leibniz veut profiter du changement<lb/>de Pape qui survient pendant l’été 1689 : le cardinal vénitien Ottoboni passe<lb/>pour «un homme éclairé». Il fait aussitôt nommer à son secrétariat particulier<lb/>les «jeunes» de l’Accademia que Leibniz a remarqués : Bianchini, Sergardi. Le<lb/>groupe des jésuites favorable à un assouplissement des censures est celui qu’il<lb/>côtoie chez Ciampini. Ces conditions permettent d’espérer quelque succès pour<lb/>les coperniciens. De plus les Français de Rome sont depuis longtemps coperni-<lb/>ciens et galiléens : Auzout et Berthet notamment.</p>
         <p>Leibniz compose un certain nombre de pièces qui forment un argumen-<lb/>taire destiné à ses amis : Baldigiani, Grimaldi, Auzout, etc… L’épistémologie<lb/>leibnizienne en la matière s’y déploie, qui lui confère une place originale par-<lb/>mi les positions de Clavius, de Chales, Riccioli, Gassendi, Borelli, Stefano<lb/>degli Angeli, Auzout et autres<note xml:id="ftn4" place="foot" n="4">L’une de ces pièces sera remise à Viviani lors du passage à Florence pour qu’il s’en<lb/>serve à Rome où il se rend. Bodenhausen recevra mission d’aller à Rome pour continuer les<lb/>tractations avec ceux que nous venons de nommer sur les censures.</note>. D’un mot la tentative cherche à introduire<lb/>les lois de la République des Lettres dans la constitution papale! Nous<lb/>publions ces pièces dans l’<hi rend="it">Iter Italicum</hi> pour souligner leur portée culturelle et<lb/>pour doter le voyage de l’une de ses finalités, accidentelle, des plus importan-<lb/>tes<note xml:id="ftn5" place="foot" n="5">Leibniz a aussi fréquenté l’Accademia della Conferenza Ecclesiastica ou Collegio De<lb/>Propaganda Fide, également présidée par Ciampini. Il s’est rendu à l’Accademia matematica<lb/>animée par Domenico Quarteroni au palais Pamphili. L’Accademia de Ciampini se réunit dans<lb/>l’immeuble que celui-ci possède derrière Santa Agnese, près de la piazza Navona, via dell’Ani-<lb/>ma.</note>.</p>
         <p>2.<hi rend="it"> Les jésuites de Rome.</hi></p>
         <p>Indépendamment du groupe des jésuites qui fréquentent l’Accademia,<lb/>Leibniz a rencontré longuement et à de multiples reprises C. F. Grimaldi. Gri-<lb/>maldi est revenu de Chine au moment où Leibniz arrivait à Rome et il en<lb/>repartira peu avant Leibniz. Courant juillet 1689, les rencontres sont fréquen-<lb/>tes, privées ou au sein de l’Accademia. Grimaldi est surchargé de rendez-vous :<lb/>il est venu chercher une quarantaine de jeunes jésuites, nouveaux missionnai-<lb/>res qui repartiront avec lui. Il apporte des informations de première main,<lb/><pb n="242" facs="INF_242.jpg"/>puisqu’il est vice-président du Tribunal des Mathématiques de Pékin que pré-<lb/>side le P. Verbiest. La nouvelle de la mort de Verbiest atteint Rome durant<lb/>l’été, ainsi que la nomination de Grimaldi à la Présidence par l’Empereur<lb/>Cam-Hi. Leibniz évoque avec Grimaldi les questions scientifiques dont fait<lb/>état le<hi rend="it"> Phoranomus</hi>, mais aussi les questions politiques, religieuses, linguistiques,<lb/>technologiques etc... L’échange écrit dans Rome se poursuivra tant bien que<lb/>mal au travers de la correspondance de Leibniz avec la Chine. Leibniz rencon-<lb/>tre plusieurs des jeunes jésuites, mathématiciens notamment, qui partent pour<lb/>l’Extrême-Orient.</p>
         <p>Ces bonnes relations avec les jésuites hommes de science, le conduisent à<lb/>converser avec les plus hautes instances de la Société : Tirso Gonzalès de San-<lb/>talla, qui est alors général des jésuites, G. B. Tolomei, procurateur de la Socié-<lb/>té, professeur au Collegio Romano et à la Sapienza, futur cardinal et corres-<lb/>pondant de des Bosses. Leibniz connaît bien F. Buonanni, le micrographiste,<lb/>P. et L. Casati, avec qui il a des entretiens dans Rome, Paolo étant professeur<lb/>de mathématiques au Collegio Romano et bien connu par ses publications sur<lb/>la chute des corps, A. Estrix, secrétaire général de la Société, G. F. de Gotti-<lb/>gnies qui ne put être rencontré, Andrea Pozzo, spécialiste de la perspective et<lb/>des grandes compositions de Saint-Ignace.</p>
         <p>3.<hi rend="it"> Les résidents français</hi>.</p>
         <p>Il allait de soi, en fonction de ses anciennes relations parisiennes, que<lb/>Leibniz entrât en contact avec les milieux français de l’ambassade. Il y rencon-<lb/>tre le marquis de Lavardin, est protégé par le cardinal d’Estrées, assiste aux<lb/>soirées du cardinal de Bouillon, discute avec le théologien de ce dernier, F.<lb/>Dirois. Il semble qu’Auzout, qu’il avait connu à Paris dans les milieux arnal-<lb/>diens, ait servi d’introducteur : une profonde révérence incline Leibniz devant<lb/>l’Académicien des sciences de Paris, mais le conduit à discuter pied à pied<lb/>avec le cartésien sur les problèmes de la dynamique. La relation romaine avec<lb/>Auzout est des plus cordiales et des plus fécondes : elle conduit Leibniz à com-<lb/>poser le<hi rend="it"> Phoranomus</hi>, à avancer la<hi rend="it"> Dynamica</hi>, à participer à l’enquête de Baillet<lb/>sur la vie de Descartes, sur laquelle Leibniz détient des copies de pièces origi-<lb/>nales, et Leibniz discute de livres parus ou des ouvrages qu’Auzout est en train<lb/>de composer, notamment sur Vitruve.</p>
         <p>Leibniz renoue connaissance avec J. Berthet, qu’il avait connu jésuite à<lb/>Paris, et qui est maintenant, comme simple abbé, au service du cardinal de<lb/>Bouillon : on reparle mathématique, astronomie : mais surtout Berthet traduit<lb/>des opéras français que le cardinal fait chanter, spectacles auxquels Leibniz est<lb/>invité.</p>
         <p>La fréquentation de la Librairie française, alors dirigée par J. Crozier, est<lb/><pb n="243" facs="INF_243.jpg"/>largement attestée, notamment dans la correspondance avec F. Deseine, char-<lb/>gé des affaires éditoriales de la maison.</p>
         <p>4. <hi rend="it">Jansénistes à Rome</hi>.</p>
         <p>Les contacts que Leibniz noue avec les agents jansénistes, qui veillent à<lb/>Rome à la condamnation des adversaires de Jansenius et d’Arnauld et à la<lb/>protection des intérêts de leurs amis, relèvent du roman policier.</p>
         <p>Le personnage d’Antonio Alberti (Amable de Tourreil) est difficile à per-<lb/>cer. Ce correspondant d’Arnauld a pris un nom de guerre aux initiales arnal-<lb/>diennes. Leibniz entretient avec lui de longues discussions sur les principes de<lb/>la raison, les rapports de la raison avec la foi, le problème de la liberté, les<lb/>questions scientifiques et, notamment l’avancement de la rédaction de la<hi rend="it"> Dyna-<lb/>mica</hi>. La liaison des deux hommes est sympathique quoique non sans arrière-<lb/>pensées. Leibniz a cherché à percer l’identité d’Alberti, l’a suivi pour savoir où<lb/>il logeait : mais il a été restreint à utiliser la boîte postale tenue par del Palag-<lb/>gio pour communiquer avec l’agent janséniste, qu’il rencontre à la nuit dans le<lb/>«Caffehaus» de la via della Pace à deux pas de la piazza Navona. On y parle<lb/>actualité car Alberti est très renseigné ; on évoque les grands procès en cours,<lb/>notamment le péché philosophique, la nouvelle philosophie, etc… Leibniz<lb/>compte Alberti parmi ceux qui peuvent intervenir pour la levée des censures.<lb/>Les lettres échangées plus tard sont du plus haut intérêt philosophique, notam-<lb/>ment sur la question de la nature du corps et de la force.</p>
         <p>Il ne semble pas que Du Vaucel ait été connu : mais ce correspondant<lb/>d’Arnauld et d’Hesse-Rheinfels espionne Leibniz, le suit dans ses déplace-<lb/>ments et dans ses rencontres avec Alberti. Les mentions qu’il en fait permet-<lb/>tent de préciser quelques points du séjour de Leibniz à Rome.</p>
         <p>5. <hi rend="it">Les libertins et le quiétisme.</hi></p>
         <p>Cet extraordinaire coup de sonde dans la vie de la Ville en 1689 permet<lb/>de tester l’intérêt porté par Leibniz aux milieux libertins, hautement menacés<lb/>au coeur de l’Etat papal. L’affaire ne se déclenchera qu’après le départ de<lb/>Leibniz, en été 1690, mais celui-ci manifestera un intérêt certain pour savoir<lb/>ce qui advient des personnalités appréhendées. Il s’agit d’E. Gabrielli, prélat<lb/>romain, protonotaire apostolique mis en place par Innocent XI et confirmé<lb/>par Alexandre VIII ; et d’A. Oliva, ancien responsable de l’Accademia del<lb/>Cimento, devenu médecin du Pape. Les deux hommes ont fomenté dans<lb/>l’anti-chambre papale une Accademia dei Bianchi contre laquelle l’Inquisition<lb/>déclenchera ses foudres. Les micro-textes leibniziens à ce sujet apportent un<lb/>intérêt nouveau à cet épisode dramatique, puisque Gabrielli sera très long-<lb/><pb n="244" facs="INF_244.jpg"/>temps enfermé et qu’Oliva se suicidera après un interrogatoire. Nous en avons<lb/>profité pour récupérer partout où nous passions en Italie les documents se rap-<lb/>portant à cet épisode barbare du libertinisme italien. On apprend que Leibniz<lb/>a cherché à voir Oliva, mais qu’il n’a pu y parvenir pendant son séjour romain.<lb/>Or les pièces dont nous disposons témoignent de l’intersection volontaire de la<lb/>part de l’Inquisition entre deux causes différentes : la liberté de pensée des<lb/>libertins et les fondements du quiétisme, qui comportent des propositions sur<lb/>la nescience de Dieu. Leibniz s’adressera à Bianchini et Ciampini pour en<lb/>savoir plus, mais aussi à Alberti.</p>
         <p>6.<hi rend="it"> Bibliothèques et archives de Rome.</hi></p>
         <p>L’objectif du voyage italien reste officiellement la recherche des docu-<lb/>ments historiques et généalogiques concernant les origines de l’histoire des<lb/>Guelfes, que Leibniz sait alliés à la Maison d’Este et à la Comtesse Mathilde.<lb/>Partout où il passe, il commence par s’adresser au pouvoir central en sa qualité<lb/>de conseiller aulique, bibliothécaire du duc de Brunswic-Lunebourg, afin d’ob-<lb/>tenir l’autorisation d’utiliser les archives d’Etat et les bibliothèques princières.</p>
         <p>Il a obtenu l’autorisation de consulter la Bibliothèque Vaticane et les<lb/>Archives du Vatican. A la Vaticane, il se lie avec Schelstrate, premier biblio-<lb/>thécaire qui lui donnera un mot d’introduction décisif pour le bibliothécaire<lb/>de Florence, Magliabechi. E. Noris succédera à Schelstrate, et Zaccagni, qui est<lb/>alors second bibliothécaire, deviendra le premier après l’élévation de Noris au<lb/>cardinalat fin 1695. Zaccagni restera le correspondant préféré pour les recher-<lb/>ches dans la Bibliothèque Vaticane. Côté archives, Leibniz s’adresse à G. Bis-<lb/>saïga, premier gardien, le second étant Tommaso de’ Giuli, qui fait partie de<lb/>l’Accademia de Ciampini.</p>
         <p>Leibniz a consulté de nombreux manuscrits et imprimés. Notamment le<lb/>fameux<hi rend="it"> Codex Domnizonis</hi>, admirable objet d’art aux huit miniatures de couleur<lb/>et d’or, dont la consultation procure une argumentation acérée sur la généalo-<lb/>gie de Mathilde, sur laquelle Leibniz consulte tout ce qui s’est écrit dans les<lb/>fonds vaticans. Nous avons relevé les mentions de consultation que Leibniz a<lb/>laissées, en cherchant à savoir quels manuscrits ou imprimés correspondaient.</p>
         <p>Leibniz s’est beaucoup intéressé aux manuscrits de la Reine Christine de<lb/>Suède. Pour rencontrer la souveraine, Leibniz apportait de Vienne une lettre<lb/>d’introduction de Spinola pour le cardinal Azzolini, ami de la Reine. Mais cel-<lb/>le-ci est mourante. Ses obsèques se déroulent le 23 avril 1689 de Santa Maria<lb/>della Navicella à la basilique Saint-Pierre. Leibniz en est alors à son premier<lb/>séjour à Rome. Azzolini, héritier de Christine, meurt à son tour le 8 juin. Inno-<lb/>cent XI cherche à accueillir les trésors de la Reine, mais meurt à son tour le<lb/><pb n="245" facs="INF_245.jpg"/>12 août. Un des premiers actes d’Alexandre VIII sera de tenter la récupération<lb/>du trésor: il semble que Leibniz ait réussi à consulter quelques pièces manu-<lb/>scrits avant son départ, qu’il retardait dans ce but.</p>
         <p>Leibniz a également consulté les fonds de la Barberine, de la Casanatense,<lb/>et des bibliothèques des cardinaux qu’il rencontrait.</p>
         <p>Une rumeur, prenant consistance autour d’Alberti en 1695, laisse enten-<lb/>dre que Leibniz pourrait devenir premier bibliothécaire de la Vaticane dès<lb/>l’élévation de Noris à la pourpre. Effectivement rien ne peut être objecté<lb/>contre une proposition faite par Noris en ce sens, étant donné l’estime que se<lb/>portent les deux hommes. Mis au courant par Bodenhausen, Leibniz s’empres-<lb/>se de se déclarer flatté par une telle initiative. Malheureusement une telle offre<lb/>«tire après soi d’autres engagements», notamment une conversion au catholi-<lb/>cisme, que Leibniz n’a jamais songé à accomplir.</p>
         <p>7.<hi rend="it"> Rencontre de cardinaux.</hi></p>
         <p>La mort d’Innocent XI et l’élection du nouveau Pape déclenchent les res-<lb/>sorts constitutionnels de l’Etat papal, notamment la convocation d’un concla-<lb/>ve vers lequel convergent tous les cardinaux du monde. Avouons que Leibniz<lb/>aura été bien servi par l’actualité et on comprend qu’il ait prolongé son séjour<lb/>pour assister aux péripéties d’une élection que l’on annonçait rapide.</p>
         <p>Ses relations politiques et ses positions religieuses conciliatrices lui per-<lb/>mettent de rencontrer nombre des cardinaux romains ou qui se rendent à<lb/>Rome pour le conclave. La cardinal Azzolini n’a pu être rencontré, mais Leib-<lb/>niz a discuté avec G. Barbarigo, cardinal de Padoue, protecteur de la vie scien-<lb/>tifique, grand diffuseur des lumières en Italie. Leibniz souhaite le succès d’un<lb/>«papabile» de cette carrure, très «République des Lettres». Il connaît G. Casa-<lb/>nata qui lui ouvre sa bibliothèque, A. Cibo, qui s’occupe des archives du Vati-<lb/>can, L. Colloredo, G. Spinola avec qui il discute de réunion des Eglises, etc.</p>
         <p>Leibniz se tient au courant des nombreux imprimés qui surgissent alors,<lb/>ainsi que des «factum» qui invectivent contre tel ou tel cardinal. Une véritable<lb/>campagne politique publique est engagée. Leibniz y va de ses écrits à ce sujet,<lb/>supputant les chances des uns et des autres. Il est initié par Ciampini, et il<lb/>reçoit à l’ambassade de France, ainsi que d’Alberti, nombre de renseignements<lb/>sur les événements du conclave.</p>
         <p>Leibniz bibliothécaire du Vatican? Leibniz cardinal? Une lettre à Alberti<lb/>concernant le conclave suivant, car Alexandre VIII n’eut pas le délai suffisant<lb/>pour faire savoir s’il était pour la République des Lettres au Vatican, évoque<lb/>les conversations de Rome et Leibniz s’écrie : «Si j’étais électeur, je donnerais<lb/>ma voix à Barbarigo (encore) ou Coloredo, ou Casanata… car ce sont des<lb/>gens connus au moins dans la République des Lettres, et de plus capables de<lb/><pb n="246" facs="INF_246.jpg"/>gouvernement…» Leibniz préfère donc un pape éclairé à un analphabète. Il<lb/>s’imagine volontiers en cardinal.</p>
         <p>8.«<hi rend="it">Si j’étais Pape...</hi>»</p>
         <p>Survenue le 12 août 1689, la mort d’Innoncent XI rompt les premières<lb/>relations tissées avec le souverain. Pour la meilleure santé du Pape un<hi rend="it"> Dodecas-<lb/>tichon Votivum</hi> est composé en juin 1689. Mais les voeux de Leibniz, pas plus<lb/>que les soins des médecins, ne peuvent rien pour la survie du pontife. Un<lb/>poème sur le thème de «pour qui sonne le glas», en italien, est composé vers<lb/>le 12 août. Les obsèques grandioses seront célébrées pendant la semaine du 15<lb/>août avec un fastueux cortège mortuaire le 18.</p>
         <p>Le conclave s’ouvre le 14 août : Leibniz recueille nombre d’imprimés qui<lb/>relatent les diverses cérémonies, depuis les obsèques d’Innocent XI jusqu’au<lb/>couronnement d’Alexandre VIII, le 16 octobre. De nouveau composition d’un<lb/>chant, de congratulation cette fois, un<hi rend="it"> Carmen gratulatorium</hi> pour l’élection<lb/>récente du nouveau Pape. Mais aussi la sollicitation transmise par les amis<lb/>récemment mis en place pour consulter les archives de la Reine Christine.</p>
         <p>Leibniz a pris un profond intérêt à ces événements d’actualité, s’est initié<lb/>au fonctionnement de la Constitution romaine et de la Cour papale, et, de<lb/>Venise le 23 mars 1690, à la veille exacte de son départ pour Trieste et Inns-<lb/>bruck, il écrit à Hesse-Rheinfels : «Si j’étais Pape, je voudrais…» Cette longue<lb/>pièce décrit l’utopie papale de Leibniz en redistribuant les rôles parmi les<lb/>ordres et les congrégations : ce serait une véritable académie au pouvoir, une<lb/>utopie scientifico-morale. Si j’étais bibliothécaire de la Vaticane, si j’étais cardi-<lb/>nal, si j’étais Pape… Le séjour romain, qui s’achevait le 20 novembre 1689,<lb/>avait remué Leibniz en profondeur, sans le désarçonner un seul instant de ses<lb/>origines guelfes et mélanchthoniennes<note xml:id="ftn6" place="foot" n="6">Cette communication a été présentée sous forme de Conférence publique le vendredi 7<lb/>novembre 1986, Sala Borromini, sous la Présidence du Professeur Ludovico Gatto, Assesseur à<lb/>la Culture de la Commune de Rome, et à l’invitation du Lessico Intellettuale Europeo et de la<lb/>Leibniz-Gesellschaft.</note>.</p>
         <p><pb n="247" facs="INF_247.jpg"/> G. W. LEIBNIZ<lb/><hi rend="it">LE VOYAGE EN ITALIE</hi><lb/>Mars 1689-<lb/>Mars 1690
            <figure>
               <p>INNSBRUCK 30/3/90	VIENNE 8/2/89</p>
               <p>TRENTE 26/3/90	ISTRIE</p>
               <graphic url="Pictures/100000000000049200000495B02D3C5D.jpg"/>
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         </p>
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