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         <titleStmt>
            <title>PANÉTIUS ET POSIDONIUS CHEZ DIOGÈNE LAËRCE</title>
            <author>
               <name>Gerard </name>
               <surname>Verbeke</surname>
            </author>
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         <publicationStmt>
            <authority>ILIESI-CNR</authority>
            <availability>
               <p>Biblioteca digitale Progetto Agora</p>
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               <title level="m">PANÉTIUS ET POSIDONIUS CHEZ DIOGÈNE LAËRCE</title>
               <author>Gerard Verbeke</author>
               <title level="a">Elenchos. Rivista di studi sul pensiero antico</title>
               <publisher>Bibliopolis</publisher>
               <editor/>
               <pubPlace>Napoli</pubPlace>
               <idno type="isbn"/>
               <biblScope>Anno VII - 1986, Fasc. 1-2, pp. 103-131</biblScope>
               <date/>
            </bibl>
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            <docAuthor>Gerard Verbeke</docAuthor>
            <docTitle>
               <titlePart>PANÉTIUS ET POSIDONIUS CHEZ DIOGÈNE LAËRCE</titlePart>
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         </titlePage>
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         <p rend="pb"><pb n="105" facs="Elenchos86/Ele86_105.jpg"/></p>
         <p rend="start">L’exposé consacré par Diogène à l’École stoïcienne est une des<lb/>sources
            principales pour l’histoire de ce mouvement philosophique<lb/>avant l’époque impériale.
            Après avoir donné une série de renseignements<lb/>biographiques zur Zénon de Citium, le
            fondateur de l’École du Portique,<lb/>et avant d’entamer le rapport proprement dit des
            doctrines stoïciennes,<lb/>l’auteur fait connaître son intention et sa méthode: au lieu
            de traiter les<lb/>représentants de l’École séparément et successivement, il exposera
            le<lb/>fonds commun des enseignements stoïciens dans le cadre de la vie
               de<lb/>Zénon<note xml:id="ftn1" place="foot" n="1">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. VII </hi>38: Κοινῇ δὲ περὶ πάντων τῶν στωικῶν
               δογμάτων<lb/>ἔδοξέ μοι ἐν τῷ Ζήνωνος εἰπεῖν βίῳ διὰ τὸ τοῦτον κτίστην γενέσθαι
               τῆς<lb/>αἱρέσεως.</note><hi rend="italic">.</hi> Pour justifier cette manière de
            procéder, deux raisons sont<lb/>avancées: étant le fondateur de l’École, Zénon occupe
            une place<lb/>privilégiée parmi les philosophes du Portique; en outre, il a produit
            une<lb/>œuvre littéraire importante, dans laquelle il a exposé son message
            comme<lb/>aucun autre stoïcien ne l’a fait<note xml:id="ftn2" place="foot" n="2">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. VII 38</hi>: ἐν οἷς<hi rend="italic"> </hi>(<hi
                  rend="italic">scil.</hi> βιβλίοις) ἐλάλησεν ὡς οὐδεὶς τῶν<lb/>στωικῶν. Selon
               Diogène les exposés de Zénon surpassent ceux des autres<lb/>Stoïciens: toutefois il
               ne spécifie pas en quoi se manifeste cette supériorité.<lb/>On verra d’ailleurs que
               l’enseignement de Zénon n’est pas la source principale<lb/>du rapport de Diogène. En
               ce sens il y a un désaccord entre le cadre biographique<lb/>et le résumé
               doctrinal.</note><hi rend="italic">.</hi> Diogène ajoute qu’il n’a pas
            l’intention<lb/>de fournir un exposé complet: il se limitera, comme d’habitude,
            aux<lb/>enseignements principaux<note xml:id="ftn3" place="foot" n="3">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii 38.</hi></note>; ceci ne veut pas dire cependant
            qu’il se<lb/>contentera d’un aperçu partiel, son but est bien de fournir une
            sorte<lb/>d’introduction générale à la pensée stoïcienne.</p>
         <p rend="start">Analysons de plus près cette déclaration d’intention en vue
            d’exami-<lb/>ner ensuite dans quelle mesure le projet en question a été réalisé. On<lb/>
         </p>
         <p rend="pb"><pb n="106" facs="Elenchos86/Ele86_106.jpg"/></p>
         <p>comprend que l’auteur évite d’aborder successivement les différents<lb/>représentants de
            l’École: dans ce cas il aurait dû donner pour chacun<lb/>une notice biographique et un
            exposé doctrinal. Disposait-il des in-<lb/>formations nécessaires pour exécuter un
            pareil projet? On verra par la<lb/>suite qu’il est très peu probable qu’il ait été
            suffisamment documenté<lb/>pour remplir cette tâche. En outre, il serait tombé bien
            souvent dans<lb/>des redites, car les philosophes du Portique, tout en ayant des
            divergences<lb/>personnelles, se rattachent tous à un fonds commun de doctrines.
            La<lb/>pensée stoïcienne a dominé le monde hellénistique pendant cinq siècles,<lb/>au
            cours desquels le système a été soumis sans cesse à un examen<lb/>critique et à une mise
            en question radicale: il y a donc une évolution<lb/>importante qui s’est produite dans
            la philosophie stoïcienne; néanmoins<lb/>depuis Zénon jusqu’à Marc-Aurèle il y a une
            sorte d’attitude commune<lb/>devant la vie et le monde, qui donne à l’École du Portique
            sa physio-<lb/>nomie propre au milieu d’autres systèmes de la même époque. Il
            nous<lb/>paraît donc légitime que Diogène ait voulu donner un aperçu synthétique<lb/>de
            l’enseignement stoïcien: à ses yeux ce corps de doctrines n’appartient<lb/>pas à tel ou
            tel membre en particulier, il est le patrimoine commun<lb/>de tous les
               représentants<note xml:id="ftn4" place="foot" n="4"> II faut noter cependant que
               Diogène n’inclut pas dans son rapport les<lb/>Stoïciens de l’époque impériale et que
               son information sur Panétius et Posidonius<lb/>est plutôt limitée. L’exposé se
               rapporte surtout à l’ancien Stoïcisme.</note>. Diogène ne dit pas qu’il exposera la
            pensée<lb/>de Zénon: pareille option aurait été bien différente, car dans ce
            cas<lb/>l’auteur aurait fait abstraction de toute évolution ultérieure. En fait<lb/>il
            ne mentionne que six traités de Zénon<note xml:id="ftn5" place="foot" n="5"> Voici les
               six traités en question: Περὶ ἀνθρώπου φύσεως (VII 87); Περὶ<lb/>λόγου (VII 30); Περὶ
               τοῦ ὅλου (VII 136, 142); Περὶ οὐσίας (VII 134); Περὶ<lb/>παθῶν (VII 110); Πολιτεία
               (VII 121, 129, 131). Deux de ces titres seulement<lb/>sont mentionnés dans la liste
               des écrits de Zénon, reproduite par Diogène<lb/>(VII 4).</note>; en dehors de ces
            renvois<lb/>à un écrit déterminé, il le cite encore cinq fois au cours de son
               exposé<note xml:id="ftn6" place="foot" n="6">
               <hi rend="smcap">Diog.</hi>
               <hi rend="smcap">Laert. </hi>VII 84, 110, 120; VIII 48; X 27.</note>.<lb/>C’est dire
            que les informations de Diogène ne se rapportent pas en<lb/>premier lieu au fondateur de
            l’École. L’auteur fait l’éloge des écrits<lb/>de Zénon, mais il n’ignoie pas que l’œuvre
            de Chrysippe est beaucoup<lb/>
         </p>
         <p rend="pb"><pb n="107" facs="Elenchos86/Ele86_107.jpg"/></p>
         <p>plus abondante, car il reproduit une liste contenant les titres d’ouvrages<lb/>attribués
            aux deux philosophes<note xml:id="ftn7" place="foot" n="7"> La liste des ouvrages de
               Chrysippe occupe les dernières pages de l’exposé<lb/>de Diogène sur l’École
               stoïcienne (VII 189-202); elle est inachevée.</note>.</p>
         <p rend="start">Diogène a-t-il réalisé son projet? Dans son exposé de la philo-<lb/>sophie
            stoïcienne l’auteur distingue trois parties, qu’il aborde successive-<lb/>ment: d’abord
            la dialectique, ensuite l’éthique et finalement la physique<note xml:id="ftn8"
               place="foot" n="8"><hi rend="smcap"> Diog. Laert.</hi> VII 39.</note>.<lb/>Cet ordre
            est-il conforme à la doctrine générale des Stoïciens? Prenons<lb/>le témoignage de
            Diogène lui-même: la division tripartite de la<lb/>philosophie est admise par plusieurs
            membres de l’École, Zénon,<lb/>Chrysippe, Apollodore, Syllus, Eudromus, Diogène de
            Babylone et<lb/>Posidonius<note xml:id="ftn9" place="foot" n="9"><hi rend="smcap"> Diog.
                  Laert. VII 39.</hi></note>. Toutefois la terminologie utilisée pour désigner ces
            diffé-<lb/>rentes disciplines est loin d’être uniforme: Apollodore ne parle pas<lb/>de
            parties, mais de “lieux”; Chrysippe et Eudromus les appellent des<lb/>“formes”, alors
            que d’autres emploient le terme “genre”<note xml:id="ftn10" place="foot" n="10"><hi
                  rend="smcap"> Diog. Laert. VII 39</hi></note>. Est-ce<lb/>une pure querelle de
            mots? Nous ne le croyons pas: ce désaccord<lb/>rappelle la discussion entre Platon et
            Aristote concernant les parties<lb/>de l’âme. Les Stoïciens n’ont cessé d’insister sur
            l’unité et la cohésion<lb/>organique des disciplines philosophiques: les différents
            vocabulaires<lb/>visent à montrer qu’il ne s’agit pas de parties séparées et
            indépendantes,<lb/>mais plutôt de membres d’un même organisme. C’est ce qui
            ressort<lb/>clairement des comparaisons utilisées pour exprimer les rapports
            entre<lb/>les différentes disciplines: la philosophie est comme un organisme<lb/>vivant,
            dont les os et les muscles représentent la logique, alors que<lb/>la chair est
            comparable à l’éthique et l’âme à la physique<note xml:id="ftn11" place="foot" n="11">
               <hi rend="smcap"> Diog. Laert. VII 40.</hi></note>. Une autre<lb/>image, mentionnée
            par Diogène, est celle de l’œuf: la dialectique peut<lb/>se comparer à la coque,
            l’éthique au blanc et la physique au jaune <note xml:id="ftn12" place="foot" n="12"><hi
                  rend="smcap"> Diog. Laert. VII 40.</hi></note>.<lb/>La philosophie ressemble aussi
            à un champ fertile, dont l’enceinte<lb/>symbolise la logique, les fruits sont
            comparables à l’éthique, tandis<lb/>que le sol et les arbres ressemblent à la physique.
            Finalement Diogène<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="108" facs="Elenchos86/Ele86_108.jpg"/></p>
         <p>compare la philosophie à une cité fortifiée gouvernée par la raison<note xml:id="ftn13"
               place="foot" n="13"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. </hi>VII 40.</note>.<lb/>Toutes
            ces images illustrent à la fois la relation étroite entre les<lb/>différentes
            disciplines philosophiques, ainsi que leur importance<lb/>respective dans l’unité du
            système: selon ces comparaisons la physique<lb/>est au cœur de la pensée stoïcienne.</p>
         <p rend="start">Diogène ajoute que certains représentants, qu’il ne nomme pas,<lb/>se sont
            refusés à distinguer des parties séparées dans la philosophie<lb/>et mélangeaient les
            disciplines entre elles dans leur enseignement: ceci<lb/>correspond à une tendance
            générale inhérente à la pensée stoïcienne <note xml:id="ftn14" place="foot" n="14"><hi
                  rend="smcap"> Diog. Laert. VII 40.</hi></note>.<lb/>D’autres cependant admettent
            la division tripartite et font commencer<lb/>l’éducation philosophique par la logique,
            pour procéder ensuite à la<lb/>physique et finalement à l’éthique: c’est le cas de
            Zénon, de Chrysippe,<lb/>d’Archédémus et d’Eudromus<note xml:id="ftn15" place="foot"
               n="15"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. VII 40.</hi></note>. Il est peu probable
            toutefois que le<lb/>nom de Chrysippe soit ici à sa place: Plutarque nous a conservé
            un<lb/>passage du Περὶ βίων de Chrysippe où l’ordre des disciplines philo-<lb/>sophiques
            est différent, en ce que l’éthique occupe la deuxième place<lb/>et la physique passe à
            la troisième<note xml:id="ftn16" place="foot" n="16">Plutarch, <hi rend="italic">de
                  stoic. repugn.</hi> 9, p. 1035 <hi rend="smcap">a</hi> (<hi rend="italic">SVF</hi>
               III 42).</note>. Ce témoignage est d’ailleurs<lb/>confirmé par celui de Sextus
               Empiricus<note xml:id="ftn17" place="foot" n="17">Sext. Emp. <hi rend="italic">adv.
                  math.</hi> VII 22 (<hi rend="italic">SVF</hi> III 44).</note>. Les comparaisons
            mentionnées<lb/>ci-dessus et qui remontent probablement à Chrysippe, suggèrent le
            même<lb/>ordre: la physique étant l’âme du système stoïcien se situe en
            dernier<lb/>lieu, aussi bien au point de vue pédagogique qu’au point de vue
            de<lb/>l’importance de la discipline. Si ces considérations sont exactes l’exposé<lb/>de
            Diogène suit l’ordre des disciplines philosophiques tel qu’il est<lb/>préconisé par
            Chrysippe et Apollodore, mais s’écarte de celui de Zénon.<lb/>
         Si l’on adoptait le témoignage de Diogène sur Chrysippe, l’ordre
            de<lb/>l’exposé ne correspondrait pas à l’enseignement de ce philosophe, ce<lb/>qui est
            peu probable étant donné que l’auteur s’appuie principalement<lb/>sur lui dans son
            rapport sur le Stoïcisme.</p>
         <p rend="start">À côté de celles déjà mentionnées, Diogène fait allusion encore
            à<lb/>d’autres conceptions sur la division de la philosophie: selon Diogène<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="109" facs="Elenchos86/Ele86_109.jpg"/></p>
         <p>de Ptolemaïs l’enseignement de la philosophie doit commencer par<lb/>l’éthique, alors
            que Panétius et Posidonius mettent la physique à<lb/>la première place<note
               xml:id="ftn18" place="foot" n="18"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii
            41.</hi></note>. Quant à Cléanthe il distingue six parties et les<lb/>classe dans
            l’ordre suivant: dialectique, rhétorique, éthique, politique,<lb/>physique et
               théologie<note xml:id="ftn19" place="foot" n="19"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii
                  41.</hi></note>. Dans son aperçu Diogène ne parle pas des<lb/>représentants
            postérieurs de l’École stoïcienne: il ne le fait pas en<lb/>rapport avec la question qui
            nous occupe ici, il ne le fait pas non<lb/>plus au sujet d’autres thèmes de la doctrine
            stoïcienne. Signalons que<lb/>Sénèque est persuadé de l’importance primordiale de la
            philosophie<lb/>morale; c’est pourquoi il situe l’éthique avant la physique et la
               logique<note xml:id="ftn20" place="foot" n="20"><hi rend="italic">Epist. ad
                  Lucil.</hi> 89, 14: <hi rend="italic">Ergo cum tripartita sit philosophia, moralem
                  eius<lb/>partem primum incipiamus disponere.</hi></note>.<lb/>Épictète, tout en
            approuvant l’étude de la dialectique, ne s’intéresse<lb/>que médiocrement à la physique
            et la logique; en somme il réduit la<lb/>philosophie à une réflexion sur des questions
               morales<note xml:id="ftn21" place="foot" n="21">
               <hi rend="italic">Diss.</hi> III 2, 1-3: l’auteur mentionne trois disciplines
               philosophiques (τόποι);<lb/>la principale est celle qui se rapporte aux passions (ὁ
               περὶ τὰ πάθη), car elles<lb/>sont causes de troubles de tout genre et empêchent de
               prêter l’oreille à la raison<lb/>(δι’ ὧν οὐδ’ ἀκοῦσαι λόγου δυνάμεθα).</note>. Il en
            est<lb/>de même de Marc-Aurèle: cependant ces deux penseurs, bien qu’ils<lb/>n’abordent
            pas des questions de physique, acceptent et présupposent<lb/>les vues de leurs
            prédécesseurs en cette manière comme fondement de<lb/>leur système moral.</p>
         <p rend="start">Sur la question de la division de la philosophie le rapport de<lb/>Diogène
            est donc assez complet en ce qui concerne l’ancien et le moyen<lb/>Stoïcisme. Quant à
            l’ordre de l’exposé nous croyons que l’auteur adopte<lb/>le point de vue de Chrysippe
            contrairement à l’information que lui-<lb/>même fournit sur ce philosophe.</p>
         <p rend="start">Au terme de son exposé de la doctrine stoïcienne, Diogène déclare<lb/>qu’il
            indiquera aussi les points sur lesquels certains Stoïciens professent<lb/>des opinions
               divergentes<note xml:id="ftn22" place="foot" n="22"><hi rend="smcap">Diog. Laert. vii
                  160.</hi></note>: il s’agit de trois penseurs considérés comme<lb/>hétérodoxes,
            Ariston de Chios, Hérillus de Carthage et Dionysius<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="110" facs="Elenchos86/Ele86_110.jpg"/></p>
         <p>appelé le renégat. Dans l’exposé qui précède, l’auteur a souvent<lb/>signalé des points
            de vue qui ne s’accordent pas avec la doctrine<lb/>commune: il s’agissait là de thèmes
            particuliers, ce qui n’entraînait<lb/>pas que les philosophes en question ne seraient
            pas d’accord avec<lb/>l’essentiel de l’enseignement stoïcien. Dans le cas des trois
            philosophes<lb/>mentionnés le désaccord est plus profond: Ariston p. ex. a
            tellement<lb/>radicalisé la pensée du Portique, qu’il a été considéré comme
            le<lb/>fondateur d’une nouvelle secte. Il n’accepte pas la division tripartite<lb/>de la
            philosophie et supprime purement et simplement la physique<lb/>et la logique: la
            première discipline serait au-dessus de nos capacités,<lb/>tandis que la seconde
            n’aurait aucun intérêt pour nous<note xml:id="ftn23" place="foot" n="23">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII 160. L’auteur dit de la physique que ce τόπος
               est<lb/>ὑπέρ ἡμᾶς, il dépasse nos capacités cognitives. Aux yeux des Stoïciens la
               physique<lb/>démontre que le cosmos est pénétré de rationalité, que l’histoire du
               monde est<lb/>gouvernée par le Logos divin, qui est présent partout. Ariston estime
               probablement<lb/>que ces doctrines manquent de preuves.</note><hi rend="italic"
               >;</hi> les arguments<lb/>dialectiques ressemblent à des toiles d’araignées, qui tout
            en ayant<lb/>l’aspect d’une œuvre d’art, sont parfaitement inutiles<note xml:id="ftn24"
               place="foot" n="24"><hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII 161.</note>. Ce
            changement<lb/>de perspective est vraiment radical: selon la doctrine commune le
            lien<lb/>entre l’éthique et les deux autres parties de la philosophie est
            très<lb/>étroit. L’éthique se fonde sur les conceptions physiques et ne peut
            se<lb/>passer de la dialectique et de son critère de vérité. Ariston se refuse<lb/>en
            outre à faire une distinction quelconque entre les choses indifférentes:<lb/>il n’admet
            donc pas qu’il y a parmi les indifférents des objets préférables<lb/>et d’autres qui ne
            le sont pas; à ses yeux tout ce qui n’est ni vertu ni<lb/>vice est également sans
               valeur<note xml:id="ftn25" place="foot" n="25">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII 160: le sage adopte une attitude
               d’indifférence (ἀδιαφόρως<lb/>ἔχοντα) à l’égard de tout ce qui se situe entre la
               vertu et le vice et se refuse<lb/>de faire des distinctions entre ces objets (μηδ’
               ἡντινοῦν ἐν αὐτοῖς παραλλαγὴν<lb/>ἀπολείποντα).</note>. La position est radicale: en
            introduisant<lb/>la distinction entre préférables et non-préférables les Stoïciens
            avaient<lb/>essayé de mitiger leur théorie sur la vertu comme étant le seul
            bien.<lb/>Tout en admettant plusieurs vertus, ils prétendaient qu’il est
            impossible<lb/>d’en posséder l’une quelconque sans les avoir toutes; sur ce
            point<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="111" facs="Elenchos86/Ele86_111.jpg"/></p>
         <p>aussi l’enseignement d’Ariston va plus loin: il déclare qu’il n’y a<lb/>qu’une seule
            vertu et qu’elle est à classer dans la catégorie des modes<lb/>relatifs<note
               xml:id="ftn26" place="foot" n="26">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII 161: ἀλλὰ κατὰ τὸ πρός τί πως ἔχειν: la même
               vertu<lb/>se rapporte à des objets différents. L’unité de l’attitude morale est
               poussée<lb/>jusqu’au bout.</note>.</p>
         <p rend="start">Les doctrines professées par Hérillus de Carthage représentent,<lb/>elles
            aussi, une déviation importante par rapport au tronc commun<lb/>de la pensée du
            Portique. Il est d’accord avec Ariston sur la question<lb/>des choses indifférentes:
            tout ce qui se situe entre la vertu et le vice<lb/>est simplement indifférent<note
               xml:id="ftn27" place="foot" n="27"><hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII
            165.</note>. En ce qui concerne la fin de l’agir humain,<lb/>l’auteur proclame que ce
            qui importe est de se libérer de toute forme<lb/>d’ignorance et de se laisser guider en
            toutes choses par un véritable<lb/>savoir<note xml:id="ftn28" place="foot" n="28">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII 165: πρὸς τὸ μετ’ἐπιστήμης ζῆν. Selon l’auteur
               l’agir<lb/>humain doit être orienté tout entier à l’acquisition du véritable savoir,
               qui est<lb/>à la fois résultat et condition d’une conduite morale parfaite. Toute
               déviation<lb/>de la raison sous l’influence de mouvements irrationnels doit être
               écartée.</note>. Est-ce une déviation par rapport à l’enseignement
            stoïcien?<lb/>Certainement, car selon la doctrine commune l’homme doit vivre
            en<lb/>conformité avec la Raison (ou la Nature), et celle-ci est primordiale-<lb/>ment
            la Raison divine universelle, qui gouverne l’univers. Dans l’opti-<lb/>que d’Hérillus
            cette norme est intériorisée et individualisée: chaque<lb/>homme doit se laisser guider
            par son savoir à condition que celui-ci<lb/>soit irréfutable. Dans cette même optique
            l’auteur prétend qu’il est<lb/>impossible d’assigner une seule et même fin à toutes les
            actions humaines;<lb/>les fins varient selon les circonstances, comme le même bronze
            peut<lb/>servir à faire une statue de Socrate ou d’Alexandre. C’est pourquoi
            il<lb/>distinguait entre des fins subordonnées et la fin principale<hi rend="italic"
                  ><note xml:id="ftn29" place="foot" n="29">
                  <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII 165: la fin principale ou la véritable fin
                  de la vie est<lb/>poursuivie seulement par les sages: μόνον τὸν
               σοφόν.</note>.</hi></p>
         <p rend="start">Le cas de Dionysius est encore plus clair que celui des
            deux<lb/>philosophes précédents: aux yeux des Stoïciens l’unique bien est la<lb/>vertu,
            une vie en conformité avec la loi divine. Selon Dionysius la<lb/>fin de l’agir humain
            n’est autre que le plaisir; à son avis la souffrance<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="112" facs="Elenchos86/Ele86_112.jpg"/></p>
         <p>ne peut être une chose indifférente. Souffrant d’une pénible maladie<lb/>des yeux, il
            aurait définitivement rejeté l’enseignement stoïcien sur<lb/>la fin de l’activité
               humaine<note xml:id="ftn30" place="foot" n="30"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. VII
                  166.</hi></note>. Il s’est donc détourné de Zénon et il<lb/>a passé à l’École
            cyrénaïque, dont la doctrine est bien différente de<lb/>celle professée par les
            Stoïciens. Diogène ajoute que sa conduite,<lb/>elle aussi, n’était pas conforme à la
            morale stoïcienne<note xml:id="ftn31" place="foot" n="31"> Diog. <hi rend="smcap">Laert.
               </hi>VII 167: selon Diogène, Dionysius fréquentait les maisons<lb/>de prostitution
               (τὰ χαμαιτυπεῖα) et se livrait ouvertement à la débauche.</note>.</p>
         <p rend="start">Après avoir traité de ces trois auteurs hétérodoxes, Diogène entame<lb/>un
            exposé sur trois autres penseurs qui, eux, se situent dans la ligne<lb/>tracée par le
            fondateur de l’École: Cléanthe, Sphaerus et Chrysippe.<lb/>Le contenu de ces notices est
            bien différent de celui des trois précédentes,<lb/>car il ne s’agit plus maintenant
            d’auteurs qui professent des théories<lb/>divergentes. Pourquoi Diogène a-t-il choisi
            ces représentants plutôt que<lb/>d’autres pour leur consacrer un exposé séparé? Dans le
            cas de Cléanthe<lb/>et de Chrysippe on le comprend sans difficulté: ils ont
            successivement<lb/>assuré la direction de l’École après la mort du fondateur. Après
            avoir<lb/>rattaché l’aperçu de la doctrine générale des Stoïciens à la biographie<lb/>de
            Zénon, il n’est pas étonnant que l’auteur ait voulu consacrer une<lb/>notice
            biographique aux deux autres chefs de l’ancienne École. Le cas<lb/>de Sphaerus se
            comprend moins bien: il fut l’élève de Cléanthe et<lb/>le condisciple de Chrysippe.
            Lorsque Cléanthe a reçu une lettre<lb/>d’invitation de la part de Ptolémée Philopator
            demandant qu’il vienne<lb/>lui-même à Alexandrie ou qu’il désigne un autre membre de son
            École,<lb/>c’est Sphaerus qui a bien voulu accepter cette offre, alors que
            Chrysippe<lb/>l’a déclinée<note xml:id="ftn32" place="foot" n="32"> Diog. <hi
                  rend="smcap">Laert. </hi>VII 177; 185. Il s’agit de Ptolémée, dont le règne se
               situe<lb/>entre 221 et 204. La réputation de ce roi n’était guère brillante; sa vie
               et son<lb/>gouvernement étaient dominés par sa maîtresse Agathoclea.</note>. Il est
            vrai que la liste de ses ouvrages est assez importante<lb/>et, à en juger par les
            titres, ils s’étendent aux grands domaines de la<lb/>philosophie stoïcienne<note
               xml:id="ftn33" place="foot" n="33">
               <hi rend="smcap">Diog</hi>. <hi rend="smcap">Laert. </hi>VII 178.</note>. On ne peut
            pas dire cependant, d’après les<lb/>renseignements dont on dispose, que ce représentant
            fut particulièrement<lb/>important au point de vue doctrinal. Diogène Laërce est notre
            principale<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="113" facs="Elenchos86/Ele86_113.jpg"/></p>
         <p>source d’information concernant ce philosophe, qui est mentionné aussi<lb/>par
            Plutarque, Cicéron, Aétius et Athénée. Dans l’exposé général de<lb/>Diogène il n’est
            mentionné que cinq fois<note xml:id="ftn34" place="foot" n="34">
               <hi rend="smcap">Diog</hi>. <hi rend="smcap">Laert. </hi>37, 159, 177, 178, 185. Une
               autre référence se rencontre<lb/>au neuvième livre: IX 15.</note><hi rend="italic"
               >,</hi> alors que d’autres membres<lb/>de l’École sont cités bien plus fréquemment:
            Apollodore de Séleucie<lb/>est cité seize fois, Antipater de Tarse quatorze fois,
            Diogène de Babylone<lb/>dix fois et Archédémus de Tarse sept fois<note xml:id="ftn35"
               place="foot" n="35"> Apollodore de Séleucie: VII 39, 41, 54, 64, 84, 102, 118, 121,
               125, 129,<lb/>135, 140, 142, 143, 150, 157. Antipater de Tarse: IV 64, 65; VII 54,
               55, 57, 60, 84,<lb/>92, 121, 140, 142, 148, 150, 157. Diogène de Babylone: VI 81; VII
               30, 39, 55,<lb/>56, 57, 58, 71, 84, 88. Archédémus de Tarse: VII 40, 55, 68, 84, 88,
               134, 136.</note>. En parlant des disciples<lb/>de Zénon, Diogène rapporte qu’il
            s’étendra sur Sphaerus dans l’exposé<lb/>qu’il consacrera à Cléanthe<note xml:id="ftn36"
               place="foot" n="36"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii 37.</hi></note>: en fait cette
            notice se situe entre celle<lb/>dédiée à Cléanthe et celle qui est consacrée à
            Chrysippe. Le cas de<lb/>Sphaerus est peut-être comparable à celui de Persée, qui reçoit
            également<lb/>un traitement spécial parmi les disciples de Zénon<note xml:id="ftn37"
               place="foot" n="37"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii 36.</hi></note>. Celui-ci
            avait<lb/>été invité par Antigonos, mais il avait refusé d’y aller à cause de
            son<lb/>âge et de sa faiblesse; il a cependant expédié deux de ses élèves, Persée<lb/>et
            Philonide de Thèbes<note xml:id="ftn38" place="foot" n="38"><hi rend="smcap"> Diog.
                  Laert. vii</hi> 9. Le choix de Persée n’a pas été très heureux, car il<lb/>ne
               s’est pas distingué par sa fidélité à l’idéal stoïcien: il est plutôt devenu
               un<lb/>homme de cour.</note>. C’est sans doute à cause de leurs relations<lb/>royales
            que la tradition doxographique a accordé une attention spéciale<lb/>à Sphaerus et
            Persée.</p>
         <p rend="start">La notice consacrée à Cléanthe est d’ordre biographique
            et<lb/>bibliographique: elle est écrite dans le même style que celle de
            Zénon.<lb/>L’auteur insiste surtout sur la pauvreté de ce philosophe, qui
            ne<lb/>reculait pas devant le labeur le plus dur pour pouvoir se dévouer à<lb/>la
            réflexion; c’est dans ce sens qu’il fut appelé un second Héraclès<note xml:id="ftn39"
               place="foot" n="39"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii 170.</hi></note>.<lb/>On lit
            dans la notice qu’il n’était guère doué pour la physique et très<lb/>lent d’esprit<note
               xml:id="ftn40" place="foot" n="40"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii</hi> 170:
               ἀφύσικος δέ.</note>: on ne peut que s’étonner de cette remarque, car
            beaucoup<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="114" facs="Elenchos86/Ele86_114.jpg"/></p>
         <p>de fragments se rapportant à la physique nous ont été conservés sous<lb/>le nom de
            Cléanthe. À en juger par les titres de ses ouvrages le<lb/>penseur s’est intéressé
            principalement à des questions d’éthique, sans<lb/>toutefois négliger les deux autres
            parties de la philosophie; la branche<lb/>qui l’a occupé le moins, est la logique<note
               xml:id="ftn41" place="foot" n="41"><hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi>
               <hi rend="smcap">VII </hi>174-5.</note>. Il fut un homme d’une<lb/>grande droiture et
            d’un sens moral et religieux particulièrement profond.<lb/>Dans l’exposé qui lui est
            consacré, Diogène ne mentionne aucune<lb/>doctrine divergente: il est donc présenté
            comme un représentant<lb/>fidèle de l’orthodoxie stoïcienne. Au cours de l’aperçu
            doctrinal le<lb/>nom de Cléanthe est cité onze fois<note xml:id="ftn42" place="foot"
               n="42">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII 14, 84, 87, 89, 91, 92, 127, 128, 134, 139,
               142.</note> : l’auteur mentionne un certain<lb/>désaccord entre Cléanthe et Chrysippe
            concernant la norme de la<lb/>conduite morale et sur la question de la stabilité de la
               vertu<note xml:id="ftn43" place="foot" n="43"><hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> VII
               89 et 127. Selon Cléanthe la norme de la conduite<lb/>morale est la nature
               universelle ou la Raison divine qui anime le cosmos. Il en<lb/>est ainsi parce que la
               raison individuelle peut être obscurcie par les ténèbres<lb/>des passions (cfr. G.
               Verbeke, <hi rend="it">Kleanthes van Assos</hi>, Brussel 1949, pp. 202-3).</note>.
            Une<lb/>autre particularité de Cléanthe c’est qu’il considère le soleil
            comme<lb/>l’hégémonicon du monde<note xml:id="ftn44" place="foot" n="44">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi>
               <hi rend="smcap">VII </hi>139.</note>. Pour le reste le philosophe est
            mentionné<lb/>avec d’autres représentants de l’École comme adhérant aux
            mêmes<lb/>enseignements. Au cours de son exposé sur le Stoïcisme, Diogène ne<lb/>se
            réfère que trois fois à des ouvrages déterminés de Cléanthe et des<lb/>trois titres
            mentionnés il n’y en a qu’un seul qui se lit dans la biblio-<lb/>graphie du
               philosophe<note xml:id="ftn45" place="foot" n="45"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. VII
               </hi>134: Περὶ τῶν ἀτόμων; <hi rend="smcap">VII </hi>87: Περὶ ἡδονῆς; <hi
                  rend="smcap">VII </hi>14:<lb/>Περὶ χαλκοῦ. Le Περὶ ἡδονῆς figure dans la liste des
               ouvrages de Cléanthe.</note>; cette anomalie doit s’expliquer par les
            sources<lb/>auxquelles Diogène a recours et dont il reprend les renseignements
            sans<lb/>trop s’interroger sur leur cohérence.</p>
         <p rend="start">Dans la notice consacrée à Chrysippe Diogène attire surtout<lb/>l’attention
            sur la production littéraire de ce philosophe et sur la<lb/>perspicacité de sa pensée.
            Grâce à ses dons exceptionnels il avait sur la<lb/>plupart des questions ses vues
            propres qui n’étaient pas les mêmes que<lb/>celles de Zénon et de Cléanthe<note
               xml:id="ftn46" place="foot" n="46">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. VII 179.</hi></note>: cette remarque ne peut
            manquer<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="115" facs="Elenchos86/Ele86_115.jpg"/></p>
         <p>d’étonner, car dans la notice mentionnée il n’est pas question de vues<lb/>divergentes.
            On comprend d’ailleurs aisément pourquoi: c’est que<lb/>l’aperçu général des doctrines
            stoïciennes reproduit essentiellement<lb/>l’enseignement de Chrysippe. Les références à
            ce philosophe se comptent<lb/>par dizaines, qu’il s’agisse de renvois à un ouvrage
            déterminé ou<lb/>d’allusions plus générales: il y a douze références indéterminées
            et<lb/>quarante-deux à un traité spécifique. Ces dernières soulèvent un pro-<lb/>blème:
            dans sa notice sur Chrysippe Diogène présente une liste biblio-<lb/>graphique du
            philosophe: malheureusement cette liste est incomplète,<lb/>elle contient surtout des
            traités de logique. Parmi les ouvrages cités<lb/>au cours de l’exposé on peut identifier
            seulement quelques traités de<lb/>dialectique (ἐν ταῖς Διαλεκτικαῖς, ἐν τοῖς
            Διαλεκτικοῖς ὅροις, ἐν<lb/>τῷ Περὶ τοῦ κυρίως κεχρήσθαι Ζήνωνα τοῖς ὀνόμασι, Περὶ
            λόγου,<lb/>Περὶ ὅρων) et quelques autres d’éthique (Περὶ ἀρετῶν, Περὶ ἡδονῆς,<lb/>Περὶ
            τοῦ καλοῦ, Παροιμίαι). Tous les autres ouvrages cités ne se<lb/>rencontrent pas dans la
            liste bibliographique, qui ne comprend pas<lb/>les traités de physique et présente une
            partie seulement des écrits de<lb/>morale. Le livre vu de Diogène Laërce se termine sur
            cette bibliographie<lb/>incomplète de Chrysippe.</p>
         <p rend="start">On est généralement d’accord pour admettre que la fin du livre<lb/>VII
            présente une lacune importante, mais il est bien difficile de déterminer<lb/>avec
            précision ce qui est tombé. On a toutes les raisons de croire que<lb/>la bibliographie
            de Chrysippe comprenait une liste complète des traités<lb/>d’éthique et de physique.
            Reste à savoir si le livre VII se terminait par<lb/>cet aperçu bibliographique. Il y a
            dans un manuscrit de Paris, datant<lb/>du treizième siècle (<hi rend="italic">Paris.
               gr.</hi> 1759) un aperçu du livre VII qui pourrait<lb/>faire croire que l’exposé de
            Diogène s’étendait jusqu’au Stoïcisme de<lb/>l’époque impériale et se terminait avec
               Cornutus<note xml:id="ftn47" place="foot" n="47"> Ce philosophe a vécu durant le
               règne de Néron; on possède de lui un<lb/>manuel philosophique intitulé <hi rend="it"
                  >Theologiae Graecae compendium</hi>.</note>. Mais l’aperçu du<lb/>manuscrit en
            question montre tant d’imperfections qu’on ne peut guère<lb/>lui faire confiance<note
               xml:id="ftn48" place="foot" n="48"><hi rend="it">Diogenis Laertii Vitae
                  philosophorum</hi>, ed. H. S. <hi rend="smcap">Long, </hi>T. ΙΙ, Oxford
               1966,<lb/>p. 202.</note>. En voici quelques-unes: il y a plusieurs
            philosophes<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="116" facs="Elenchos86/Ele86_116.jpg"/></p>
         <p>stoïciens, auxquels Diogène consacre une notice spéciale et qui ne sont<lb/>pas
            mentionnés dans la table des matières du codex Parisien; c’est le<lb/>cas d’Ariston de
            Chios, de Hérillus de Carthage, de Dionysius le renégat,<lb/>de Persée et de Sphaerus.
            D’autres membres de l’École, cités dans<lb/>l’exposé doctrinal sans recevoir une notice
            spéciale, ne se trouvent<lb/>pas non plus indiqués dans cet aperçu: c’est le cas de
            Crinis, d’Archédé-<lb/>mus, d’Eudromus et de Mnésistratus; quant à Diogène il est
            mentionné<lb/>sans spécification ultérieure, alors que dans l’exposé doctrinal
            l’auteur<lb/>se réfère à Diogène de Séleucie et à Diogène de Ptolemaïs. Par
            ailleurs<lb/>il y a une série de noms figurant dans la liste du manuscrit, qui ne
            se<lb/>retrouvent pas dans l’exposé de Diogène: il s’agit de Mnésarchidès,
            de<lb/>Mnésagoras, de Nestor, de Basilidis, de Dardanus et de Sosigène (celui-<lb/>ci
            est mentionné comme destinataire d’un ouvrage de Chrysippe). La<lb/>table du codex cite
            trois noms appartenant au Stoïcisme tardif: ce<lb/>sont Caton, Arius Didymus et
            Cornutus; le choix est pour le moins<lb/>curieux, car les grands représentants de
            l’École à cette époque ne sont<lb/>pas mentionnés. D’ailleurs, Diogène ne traite guère
            de philosophes de<lb/>l’époque impériale: l’aperçu de l’École de Platon se termine
            avec<lb/>Clitomaque (125-109 av. J.C.), l'École d’Aristote avec Lycon (225 av.<lb/>J.C.)
            et celle d’Épicure avec Zénon de Sidon (né vers 150 av. J.C.).<lb/>Il est vrai qu’il y a
            l’exception de l’École sceptique, où Diogène cite<lb/>Sextus Empiricus et son successeur
            Saturninus; mais il ne donne guère<lb/>de renseignements sur eux. Quant aux Stoïciens la
            source principale<lb/>de Diogène semble être Dioclès de Magnésie, qui a vécu au
            premier<lb/>siècle av. J.C.<note xml:id="ftn49" place="foot" n="49"> Dioclès est
               l’auteur d’un ouvrage intitulé Βίοι φιλοσόφων, qui coïncide<lb/>peut-être avec
               Ἐπιδρομὴ τῶν φιλοσόφων.</note>. Tenant compte de tous ces éléments nous
            devons<lb/>conclure que la fin du livre <hi rend="smcap">vii </hi>présente effectivement
            une lacune, mais<lb/>que celle-ci ne se rapporte qu’à la bibliographie de Chrysippe. Il
            n’est<lb/>guère probable qu’il y ait eu d’autres notices spéciales sur les
            membres<lb/>de l’École, même pas sur Panétius et Posidonius.</p>
         <p rend="start">Est-ce à dire que Diogène ne possède aucune information à leur<lb/>sujet et
            qu’ils sont entièrement absents de son rapport au même titre<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="117" facs="Elenchos86/Ele86_117.jpg"/></p>
         <p>que les grands représentants de l’époque impériale? Nullement, Pané-<lb/>tius et
            Posidonius sont mentionnés à plusieurs reprises dans l’exposé<lb/>général de la doctrine
            stoïcienne. Toutefois si Diogène avait puisé di-<lb/>rectement ses renseignements dans
            les œuvres écrites des philosophes<lb/>qu’il traite, il aurait pu incorporer dans son
            aperçu les représentants<lb/>du moyen Stoïcisme comme ceux de la période impériale; en
            fait il<lb/>néglige totalement ces derniers et fournit quelques informations
            seule-<lb/>ment sur Panétius et Posidonius; c’est qu’il ne pouvait s’appuyer à
            leur<lb/>sujet sur des introductions, résumés ou d’autres documentations
            exis-<lb/>tantes. Examinons de plus près ces témoignages pour voir jusqu’où<lb/>s’étend
            l’information de Diogène et si elle est digne de foi.</p>
         <p rend="start">En rapport avec Panétius Diogène ne mentionne que deux de ses<lb/>ouvrages:
            Περὶ τῶν αἱρέσεων et Περὶ εὐθυμίας. Ces écrits ne sont<lb/>d’ailleurs pas mentionnés
            dans l’exposé sur le Stoïcisme et le témoignage<lb/>de notre auteur n’est pas confirmé
            par d’autres sources<note xml:id="ftn50" place="foot" n="50"><hi rend="smcap"> Diog.
                  Laert. IV</hi> 20; III 86-87.</note>. L’information<lb/>de Diogène sur les
            ouvrages de Panétius est certainement défectueuse:<lb/>on apprend par Cicéron que ce
            philosophe a composé une œuvre impor-<lb/>tante intitulée Περὶ τοῦ καθήκοντος, qui a
            servi de modèle au <hi rend="italic">De officiis</hi><lb/>de l’auteur romain<note
               xml:id="ftn51" place="foot" n="51">
               <hi rend="smcap">Cic.</hi>
               <hi rend="it">epist. ad. Att.</hi> XVI 11, 4; de <hi rend="italic">off.</hi> III 2,
               7-10.</note>. Cet ouvrage a été laissé inachevé: il devait com-<lb/>prendre trois
            parties dont la première indiquerait comment on peut<lb/>savoir si une action envisagée
            est honnête ou non; la seconde signalerait<lb/>comment on peut découvrir si elle est
            utile ou inutile. La troisième partie<lb/>devait clarifier comment ce qui semble être
            honnête peut être en conflit<lb/>avec ce qui paraît être utile. Panétius a traité les
            deux premières ques-<lb/>tions, il a promis d’examiner aussi la troisième, mais il ne
            l’aurait jamais<lb/>fait. Cicéron mentionne en outre un ouvrage sur la providence
               (Περὶ<lb/>προνοίας)<note xml:id="ftn52" place="foot" n="52">
               <hi rend="smcap">Cic.</hi>
               <hi rend="it">epist. ad Att.</hi> XIII 8.</note>, une lettre à A. Tubéron sur la
               douleur<note xml:id="ftn53" place="foot" n="53">
               <hi rend="smcap">Cic.</hi>
               <hi rend="it">de fin.</hi>IV 9, 23.</note> et il fait allusion<lb/>à un ou deux des
            écrits sur le gouvernement de l’état<note xml:id="ftn54" place="foot" n="54">
               <hi rend="smcap">Cic.</hi>
               <hi rend="it">de leg.</hi> III 5, 13-6, 14.</note>. Quant à<lb/>Plutarque il renvoie
            à des traités de Panétius sur Socrate, tandis que<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="118" facs="Elenchos86/Ele86_118.jpg"/></p>
         <p>Pline se réfère à un ouvrage contenant des enseignements géographi-<lb/>ques <note
               xml:id="ftn55" place="foot" n="55">Plutarch. Aristid. 27, 335 <hi rend="smcap">d;
               </hi>Plin. <hi rend="it">natur. hist.</hi>
               <hi rend="smcap">i</hi>, ed. C. Mayhoff, <hi rend="smcap">i</hi>,<lb/>17-20 (<hi
                  rend="it">Panaetii Rhodii Fragmenta</hi>, ed. <hi rend="smcap">M. van
                  Straaten</hi>, Leiden 1952, fr. 51).</note>.</p>
         <p rend="start">Quelle idée peut-on se former de Panétius à partir des informations<lb/>de
            Diogène? Il est frappant de constater que notre auteur rattache<lb/>plusieurs fois le
            nom de Panétius à des questions de critique littéraire.<lb/>Le philosophe nous apprend
            que le début de la <hi rend="italic">République</hi> de Platon<lb/>est d’une
            authenticité douteuse: il a été retrouvé avec beaucoup de<lb/>corrections et de
               changements<note xml:id="ftn56" place="foot" n="56"><hi rend="smcap"> Diog. Laert.
                  iii 37.</hi></note>. Pour ce qui est des dialogues<lb/>socratiques, Panétius
            retient comme authentiques ceux de Platon, de<lb/>Xénophon, d’Antisthène et d’Eschine;
            il n’ose pas se prononcer sur<lb/>ceux de Phédon et d’Euclide et il rejette tous les
               autres<note xml:id="ftn57" place="foot" n="57"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. ii
                  64.</hi></note>. Cette<lb/>information semble avoir été mal comprise par
            Asclépius, qui croit<lb/>que Panétius a nié l’authenticité du <hi rend="italic"
               >Phédon</hi> de Platon, parce qu’on y<lb/>maintient l’immortalité de l’âme
            rationnelle: ce n’est pas ce que déclare<lb/>Diogène<note xml:id="ftn58" place="foot"
               n="58">
               <hi rend="smcap">Asclep.</hi>
               <hi rend="italic">in </hi>
               <hi rend="italic">Metaph. Arist.</hi> 991 <hi rend="smcap">b</hi> 3, ed. M. Hayduck,
               90.</note>. Se basant sur des renseignements de Panétius, Diogène<lb/>communique la
            liste des traités d’Aristippe<note xml:id="ftn59" place="foot" n="59"><hi rend="smcap">
                  Diog. Laert. ii 85.</hi></note>; il fait remarquer en<lb/>outre que selon
            l’interprétation du penseur stoïcien, Aristippe n’a pas<lb/>en vue le plaisir stable,
            qui est l’élimination de la douleur et l’absence<lb/>de trouble, ce qui est considéré
            par Épicure comme la fin suprême de<lb/>l’homme; dans l’optique d’Aristippe c’est le
            plaisir physique qui est<lb/>la fin ultime<note xml:id="ftn60" place="foot" n="60"><hi
                  rend="smcap"> Diog. Laert. ii 86-87.</hi></note>. Un même souci de critique
            littéraire se manifeste par<lb/>rapport aux écrits d’Ariston le stoïcien: aux yeux de
            Panétius seules<lb/>les lettres sont authentiques, tous les autres ouvrages qui lui
            sont<lb/>attribués, sont à mettre sur le compte du péripatéticien Ariston<note
               xml:id="ftn61" place="foot" n="61">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii</hi> 163. Notons que les renseignements de Diogène
               sur<lb/>l’activité littéraire de Panétius ne se lisent pas dans son exposé sur le
               Stoïcisme,<lb/>à l’exception de ceux qui sont relatifs à Ariston. Ces informations
               ont été incorporées<lb/>dans le rapport sur les auteurs concernés.</note>.</p>
         <p rend="pb"><pb n="119" facs="Elenchos86/Ele86_119.jpg"/></p>
         <p rend="start">Dans le domaine des doctrines philosophiques Panétius fait preuve,<lb/>là
            aussi, d’un esprit critique et indépendant. Diogène mentionne quelques<lb/>points sur
            lesquels il se sépare nettement de l’enseignement courant<lb/>de l’École: un de ces
            thèmes est celui de la divination. Celle-ci implique<lb/>que les événements du monde
            comme ceux de la vie humaine sont<lb/>gouvernés par les corps célestes: le destin d’une
            vie dépendrait de la<lb/>constellation sous laquelle elle a commencé. Panétius rejette
            fermement<lb/>cette doctrine<note xml:id="ftn62" place="foot" n="62">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii</hi> 149: parlant de la divination Diogène signale:
               Παναίτιος<lb/>ἀνυπόστατον αὐτήν (<hi rend="italic">scil.</hi> μαντικήν) φησιν.</note>
            : sur ce point l’information de Diogène est confirmée<lb/>par Cicéron, qui explique en
            même temps pourquoi le philosophe<lb/>stoïcien s’oppose à cette théorie. Les critiques
            avancées ne sont pas<lb/>basées sur des raisonnements abstraits, mais sur des données
            d’observa-<lb/>tion. Panétius fait d’abord remarquer que les configurations
            célestes<lb/>ne sont pas les mêmes partout; le lever et le coucher des étoiles ne<lb/>se
            situent pas au même instant à tous les endroits de la terre. Ceux qui<lb/>sont nés au
            même moment n’auront donc pas tous la même condition<lb/>en partage, parce que la
            configuration céleste est loin d’être uniforme<lb/>pour tous les habitants du globe<note
               xml:id="ftn63" place="foot" n="63"><hi rend="smcap"> Cic.</hi>
               <hi rend="it">de divin.</hi>
               <hi rend="smcap">ii</hi> 44.</note>. En outre, ceux qui expliquent le<lb/>destin d’un
            vie par l’influence des corps célestes, négligent un facteur<lb/>essentiel, à savoir la
            constitution de la semence qui est à l’origine d’un<lb/>être vivant. Tout être vivant
            s’insère dans un enchaînement où des<lb/>vivants produisent des semences et donnent
            ainsi naissance à d’autres<lb/>vivants du même type. En ce qui concerne les êtres
            humains, on ne<lb/>peut méconnaître le lien entre les parents et leur progéniture<note
               xml:id="ftn64" place="foot" n="64"><hi rend="smcap">Cic. </hi><hi rend="it">de
                  divin.</hi>
               <hi rend="smcap">ii</hi> 45.</note>. En<lb/>plus, ne constate-t-on pas que des
            enfants nés au même moment n’ont<lb/>pas toujours le même sort? Le développement de leur
            vie peut même<lb/>être bien différent, ce qui ne serait pas le cas si le destin des
            hommes<lb/>dépendait de la constellation sous laquelle ils sont nés<note xml:id="ftn65"
               place="foot" n="65">
               <hi rend="smcap">Cic.</hi>
               <hi rend="it">de divin.</hi>
               <hi rend="smcap">ii</hi> 45.</note>. Il arrive<lb/>aussi que des enfants sont nés
            avec certaines déviations, corrigées par<lb/>après grâce à une intervention adéquate ou
            des exercices adaptés:<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="120" facs="Elenchos86/Ele86_120.jpg"/></p>
         <p>qu’on songe à la manière dont Démosthène s’est guéri d’un défaut<lb/>de
               prononciation<note xml:id="ftn66" place="foot" n="66">
               <hi rend="smcap">Cic.</hi>
               <hi rend="it">de divin.</hi>
               <hi rend="smcap">ii</hi> 46.</note>. Finalement on ne peut sousestimer non
            plus<lb/>l’influence de l’endroit où un enfant vient au monde, car il y a
            des<lb/>différences corporelles et psychiques entre les Indiens, les Perses,<lb/>les
            Éthiopiens et les Syriens. Il y a donc une grande variété parmi les<lb/>hommes selon les
            régions où ils sont nés<note xml:id="ftn67" place="foot" n="67">
               <hi rend="smcap">Cic.</hi>
               <hi rend="it">de divin.</hi>
               <hi rend="smcap">ii </hi>46.</note>. Dans toutes ces considérations<lb/>il n’est pas
            directement question de l’unité organique du cosmos, où<lb/>toutes les parties agissent
            les unes sur les autres.</p>
         <p rend="start">Il y a une autre question sur laquelle l’enseignement de
            Panétius<lb/>s’écarte de la doctrine courante de l’École: selon lui le monde
            est<lb/>incorruptible, il continuera d’exister indéfiniment<note xml:id="ftn68"
               place="foot" n="68"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii </hi>142: Παναίτιος δ’
               ἄφθαρτον ἀπεφήνατο τὸν κόσμον.</note>. On sait que selon<lb/>Aristote le monde n’a
            jamais commencé et ne périra jamais: l’auteur<lb/>s’appuie sur sa définition du
            mouvement et du temps pour soutenir<lb/>ce point de vue. Dans l’optique des Stoïciens
            l’évolution du monde<lb/>est cyclique: les mondes naissent et périssent successivement.
            Zénon<lb/>croit que le cosmos ne peut exister depuis toujours, car les
            progrès<lb/>limités de la civilisation montrent que l’existence du monde ne
            s’étend<lb/>pas indéfiniment dans le passé<note xml:id="ftn69" place="foot" n="69">[<hi
                  rend="smcap">Philo</hi>] Περὶ ἀφθαρσίας κόσμου, cc. 23, 24, ρ. 264, 3. Bern., ρ.
               35, 13<lb/>Cum. (<hi rend="it">SVF</hi> I 106).</note>. Selon Posidonius et Sénèque
            il y a<lb/>dans l’humanité un déclin moral qui s’aggrave de plus en plus et
            qui<lb/>montre que le monde s’achemine vers sa fin<note xml:id="ftn70" place="foot"
               n="70">Cfr. G. <hi rend="smcap">Verbeke, </hi><hi rend="it">Les Stoïciens et le
                  progrès de l’histoire</hi>, «Revue phi-<lb/>losophique de Louvain», <hi
                  rend="smcap">lxii </hi>(1962) pp. 5-38, surtout p. 14 ssq.</note>. Pourquoi
            Panétius a-t-il<lb/>abandonné cette doctrine? S’est-il laissé convaincre par les
            arguments<lb/>du Stagirite? Rien ne nous l’indique et les témoignages ne nous
            offrent<lb/>guère de renseignements sur les raisons de son changement. Philon
            parle<lb/>d’une évolution vers une doctrine plus sacrée (ὁσιώτερον δόγμα), ce<lb/>qui se
            comprend à la lumière de l’enseignement stoïcien sur la divinité<lb/>immanente: si Dieu
            est vraiment l’âme du monde, on ne voit pas<lb/>comment celui-ci pourrait se décomposer
            et périr<note xml:id="ftn71" place="foot" n="71"><hi rend="smcap">Philo </hi><hi
                  rend="it">de aetern. mundi</hi> 76 (<hi rend="it">Panaetii Fragmenta</hi>, fr.
               65).</note>. Mais il y avait un<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="121" facs="Elenchos86/Ele86_121.jpg"/></p>
         <p>autre point vulnérable qu’un esprit critique comme Panétius ne pouvait<lb/>pas manquer
            d’apercevoir: selon les Stoïciens les périodes successives<lb/>du cosmos ont le même
            contenu, il n’y a donc aucun progrès d’un<lb/>cycle à l’autre. Dans ces conditions on ne
            peut que s’interroger sur<lb/>la raison de cette répétition indéfinie des mêmes
            épisodes. Le drame<lb/>est toujours le même: il se joue avec les mêmes acteurs et selon
            le<lb/>même scénario. Pourquoi reprendre sans cesse la même histoire? Si<lb/>le monde
            est incorruptible, l’histoire continue et s’achemine vers des<lb/>horizons toujours
            nouveaux.</p>
         <p rend="start">Selon Diogène, l’enseignement de Panétius sur la vertu
            présente<lb/>également des traits particuliers. Les Stoïciens ont fortement
            accentué<lb/>l’unité de la vie morale: à leurs yeux il est impossible d’avoir
            une<lb/>vertu quelconque sans les posséder toutes: la vie morale n’est pas<lb/>composée
            de compartiments séparés, tous les aspects de la conduite<lb/>humaine se tiennent et
            sont interdépendants. Ceci n’empêche pourtant<lb/>pas les Stoïciens de distinguer un
            certain nombre de vertus qui avaient<lb/>été généralement acceptées dans la tradition
            grecque. Diogène nous dit<lb/>qu’Apollophane n’admettait qu’une seule vertu, la sagesse,
            alors que<lb/>Panétius en distingue deux, la vertu théorique qui se rapporte à
            la<lb/>connaissance éthique et la vertu pratique qui concerne l’agir ou la<lb/>conduite
               morale<note xml:id="ftn72" place="foot" n="72">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii</hi> 92. Chez Aristote la connaissance morale ne
               peut se<lb/>séparer des vertus morales: si celles-ci ne sont pas présentes, le
               jugement risque<lb/>d’être dévié sous l’action de mouvements irrationnels.</note>. Il
            est probable que dans l’optique de Panétius ces<lb/>deux vertus ne peuvent exister
            séparément: il est impossible de percevoir<lb/>adéquatement le bien moral dans les
            circonstances variables de la vie<lb/>sans avoir une conduite correcte, de même qu’on ne
            peut agir morale-<lb/>ment sans être guidé par une sagesse constante.</p>
         <p rend="start">Une question capitale dans l’éthique stoïcienne était de savoir si<lb/>la
            vertu morale est de soi suffisante pour assurer le bonheur de l’homme.<lb/>Selon
            l’information de Diogène, Zénon, Chrysippe et Hécaton donnent<lb/>une réponse
            affirmative à cette question, alors que Panétius et Posidonius<lb/>sont d’avis que la
            vertu n’est pas de soi suffisante et que d’autres<lb/>facteurs sont indispensables, à
            savoir la santé, les biens matériels et<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="122" facs="Elenchos86/Ele86_122.jpg"/></p>
         <p>la force corporelle<note xml:id="ftn73" place="foot" n="73"><hi rend="smcap"> Diog.
                  Laert. vii 128.</hi></note>. Il est clair que cette doctrine représente
            une<lb/>réduction considérable du radicalisme stoïcien: si la vertu est le seul<lb/>bien
            et le vice le seul mal, tous les autres facteurs sont à classer au<lb/>même titre parmi
            les choses indifférentes. En admettant que la santé,<lb/>les biens matériels et la force
            corporelle contribuent pour une part au<lb/>véritable bonheur de l’homme, Panétius fait
            preuve d’un réalisme<lb/>équilibré.</p>
         <p rend="start">Les renseignements fournis par Diogène sur la philosophie de Pa-<lb/>nétius
            sont donc exacts,, mais ils ne sont pas nombreux et ils ne sont<lb/>guère étoffés; ils
            ont été repris à une source doxographique sans être<lb/>replacés dans le contexte d’une
            pensée philosophique. L’auteur se con-<lb/>tente de reproduire quelques thèses atribuées
            à Panétius, sans montrer<lb/>ce qu’elles signifient et comment elles s’expliquent.</p>
         <p rend="start">Au sujet de Posidonius l’information de Diogène est bien
            plus<lb/>abondante: il se réfère à treize ouvrages de ce philosophe et
            certains<lb/>traités sont même cités plusieurs fois; sept de ces ouvrages
            appartiennent<lb/>au domaine de la physique, quatre sont d’ordre moral et deux
            relèvent<lb/>de la dialectique<note xml:id="ftn74" place="foot" n="74"> Les ouvrages de
               physique sont les suivants: Περὶ εἱμαρμένης, Περὶ θεῶν,<lb/>Περὶ κοσμοῦ, Περὶ
               μαντικῆς, Μετεωρολογικὴ στοιχείωσις, Περὶ μετεώρων,<lb/>Φυσικὸς λόγος. Traités de
               morale: Ἠθικὸς λόγος, Περὶ καθηκόντων, Προτρεπτικοί,<lb/>Περὶ τελῶν. Traités de
               logique: Περὶ κριτηρίου, Περὶ λέξεως εἰσαγωγή.</note>. On sait déjà que Posidonius
            est d’accord avec la<lb/>division tripartite de la philosophie et qu’il place la
            physique en premier<lb/>lieu<note xml:id="ftn75" place="foot" n="75"><hi rend="smcap"
                  >Diog. Laert.</hi>
               <hi rend="smcap">vii </hi>39 et 41. Panétius et Posidonius placent la physique
               en<lb/>premier lieu: elle est considérée comme le fondement des deux autres parties.
               Dans<lb/>le cas de Posidonius la physique comprend beaucoup de données qu’on
               mettrait<lb/>maintenant au compte de la science naturelle. Philosophie et science ne
               sont pas<lb/>séparées.</note>. Le philosophe est pleinement conscient des nombreuses
            diver-<lb/>gences existant entre les différents penseurs: il se demande si c’est
            une<lb/>raison pour renoncer à la recherche philosophique. Il estime que non,<lb/>car
            dans ce cas on devrait sans plus renoncer à vivre: il est persuadé<lb/>de l’importance
            de la philosophie pour la conduite de la vie humaine<note xml:id="ftn76" place="foot"
               n="76"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii 129.</hi></note>.</p>
         <p rend="pb"><pb n="123" facs="Elenchos86/Ele86_123.jpg"/></p>
         <p rend="start">Selon Diogène Posidonius accepte la doctrine traditionnelle des<lb/>deux
            principes qui sont à l’origine du cosmos: d’une part la substance<lb/>indéterminée,
            dépourvue de tout caractère qualitatif, d’autre part le<lb/>principe créateur présent
            dans cette substance. Ce principe n’est autre<lb/>que la Raison divine immanente qui
            pénètre partout et produit toute<lb/>la variété des êtres particuliers. Cette doctrine
            est attribuée par Diogène<lb/>à plusieurs Stoïciens: Zénon, Cléanthe, Chrysippe,
            Archédémus et Po-<lb/>sidonius. L’auteur ajoute que les principes ne peuvent être
            confondus<lb/>avec les éléments: les principes sont inengendrés et impérissables,
            tan-<lb/>dis que les éléments périssent lors de la conflagration universelle;
            en<lb/>outre, les principes sont incorporels et dénués de toute forme déter-<lb/>minée,
            alors que les éléments ont une forme particulière<note xml:id="ftn77" place="foot"
               n="77">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii</hi> 134: ἀλλὰ καὶ ἀσωμάτους εἶναι τὰς ἀρχὰς
               καὶ<lb/>ἀμόρφους.</note>. Ce renseigne-<lb/>ment de Diogène est important: il n’est
            ni confirmé ni infirmé par<lb/>d’autres témoignages; apparemment les penseurs stoïciens
            n’ont pas vu<lb/>de difficulté spéciale dans l’admission de deux principes
            inengendrés<lb/>au lieu d’un seul.</p>
         <p rend="start">Aux yeux de Posidonius le monde est unique, il est fini et il pos-<lb/>sède
            une forme sphérique, particulièrement adaptée au mouvement.<lb/>En dehors de ce cosmos
            limité il y a un vide sans limites: celui-ci est<lb/>incorporel (comme le temps,
            l’espace et l’exprimable); il est capable<lb/>d’être occupé par des corps, bien qu’il ne
            le soit pas<note xml:id="ftn78" place="foot" n="78"><hi rend="smcap">Diog. Laert. vii
                  140.</hi></note>. Quant au monde<lb/>lui-même il forme un tout unifié dans lequel
            il n’y a aucun espace vide:<lb/>ceci est nécessaire pour assurer la sympathie et la
            tension qui relient<lb/>les choses du ciel et de la terre. C’est que, selon Posidonius,
            le monde<lb/>est un vaste système qui enveloppe le ciel et la terre et toutes les
            na-<lb/>tures qui s’y trouvent, ou encore un système qui comprend les dieux<lb/>et les
            hommes et tous les êtres qui ont été engendrés en vue d’eux<note xml:id="ftn79"
               place="foot" n="79"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii</hi> 138. Les dieux ne se
               situent pas en dehors du monde:<lb/>la Raison divine pénètre partout pour réaliser
               son œuvre créatrice. Suivant la<lb/>formule de Posidonius tous les autres êtres ont
               été produits en vue des hommes<lb/>et des dieux: l’homme participe d’une façon
               spéciale au Logos divin.</note>.<lb/>Quant au ciel il est la dernière enveloppe à
            l’intérieur de laquelle tous<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="124" facs="Elenchos86/Ele86_124.jpg"/></p>
         <p>les êtres divins sont établis: il est considéré par notre philosophe com-<lb/>me le
            hégémonicon, le principe gouvernant de l’univers<note xml:id="ftn80" place="foot" n="80">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi>
               <hi rend="smcap">vii </hi>139.</note>. Le monde<lb/>est donc un être vivant et
            intelligent, tout ce qui se passe dans le monde<lb/>correspond à la direction
            intelligente de la providence divine, car la<lb/>substance de Dieu c’est le monde entier
            et particulièrement le ciel<note xml:id="ftn81" place="foot" n="81">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii </hi>138 et 148: la substance de Dieu est le
               cosmos, Dieu<lb/>coïncide avec le monde, parce qu’il en est le principe créateur
               immanent.</note>.<lb/>Le philosophe affirme aussi que les événements du monde sont
            régis<lb/>par le destin: c’est en somme la même doctrine, car le destin
            coïncide<lb/>avec la Raison divine<note xml:id="ftn82" place="foot" n="82"> Diog. <hi
                  rend="smcap">Laert. vii </hi>149.</note>. Malgré ce caractère divin de la
            substance cos-<lb/>mique, Posidonius s’insère dans la tradition de l’Êcole, qui admet
            que<lb/>le monde a été engendré et qu’il périra un jour; il y a sur ce point<lb/>un
            désaccord entre le philosophe d’Apamée et Panétius. Le déclin pro-<lb/>gressif de la
            civilisation tel qu’il est décrit par Sénèque, qui s’inspire<lb/>de Posidonius, n’est
            probablement pas étranger à cette doctrine.</p>
         <p rend="start">Toutes ces informations sur la cosmologie de Posidonius sont
            em-<lb/>pruntées à Diogène Laërce, qui est la source principale dans ce
            domaine.<lb/>L’auteur renvoie plusieurs fois à des traités spécifiques. Les
            renseigne-<lb/>ments donnés ne sont pas infirmés par d’autres témoignages, ils
            sem-<lb/>blent être dignes de foi, mais se présentent encore une fois comme
            des<lb/>thèses séparées de leur contexte philosophique.</p>
         <p rend="start">À la lumière de ces données cosmologiques, il est évident
            que<lb/>Posidonius accepte la divination et qu’il lui accorde même le statut<lb/>d’une
               science<note xml:id="ftn83" place="foot" n="83"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii
                  149.</hi></note> : rien de plus naturel étant donné que toutes les parties<lb/>du
            monde sont reliées entre elles comme les organes d’un même vivant.<lb/>Dans le domaine
            de la météorologie, le philosophe a fait une série<lb/>d’études d’observation, sur
            lesquelles Diogène nous transmet quelques<lb/>renseignements. En rapport avec les corps
            célestes Posidonius adopte<lb/>le point de vue traditionnel que certaines étoiles sont
            fixes, alors que<lb/>d’autres sont emportées par le mouvement du ciel. Le soleil se
            déplace<lb/>sur une voie oblique à travers le zodiac: il est constitué de feu,
            sans<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="125" facs="Elenchos86/Ele86_125.jpg"/></p>
         <p>aucun mélange d’autres éléments, il est de forme sphérique et il est<lb/>plus grand que
            la terre. Ce dernier point semble avoir retenu l’attention<lb/>du philosophe: il fait
            remarquer que le soleil est perçu de tous les<lb/>endroits de la terre; c’est déjà un
            indice: où qu’on se trouve, on peut<lb/>observer cet astre lumineux. En outre ce n’est
            pas seulement la terre<lb/>qui est éclairée par le soleil, mais aussi le ciel.
            Finalement à certains<lb/>moments la terre jette une ombre conique sur la lime, ce qui
            prouve<lb/>que le soleil est plus grand que la terre<note xml:id="ftn84" place="foot"
               n="84"> Diog. <hi rend="smcap">Laert. vii </hi>144. Toutes ces considérations
               astronomiques de Posidonius<lb/>ne se situent pas à côté de sa pensée philosophique,
               elles en sont une partie<lb/>intégrante: on ne peut oublier que le monde est la
               substance de la divinité et<lb/>que le soleil est regardé comme un feu pénétré
               d’intelligence (νοερὸν ὄντα<lb/>ἄναμμα, <hi rend="smcap">vii</hi> 145).</note>. Quant
            à la lune elle ne<lb/>répand pas sa propre lumière mais celle du soleil<note
               xml:id="ftn85" place="foot" n="85">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi>
               <hi rend="smcap">vii </hi>145.</note>. Étant donné que<lb/>le monde est un organisme
            animé, il faut bien que les astres se<lb/>nourrissent: le soleil tire sa nourriture de
            l’océan, la lune se nourrit<lb/>d’eaux fraîches mêlées d’air, tandis que les autres
            corps célestes re-<lb/>çoivent leur nourriture de la terre<note xml:id="ftn86"
               place="foot" n="86"> Diog. <hi rend="smcap">Laert. vii </hi>145. Contrairement à ce
               qu’enseignait Empédocle, Aristote<lb/>maintenait que les éléments se transforment les
               uns dans les autres.</note>. On sait que Posidonius s’est<lb/>intéressé aussi à une
            série de phénomènes météorologiques particuliers,<lb/>comme l’arc-en-ciel, les comètes,
            les étoiles qui éclatent, la pluie, la<lb/>grêle, le typhon, l’ouragan et les
            tremblements de terre. Dans tout<lb/>cet exposé Diogène s’appuie surtout sur Posidonius,
            auquel il se réfère<lb/>trois fois, alors qu’il ne renvoie qu’une fois à Zénon<note
               xml:id="ftn87" place="foot" n="87">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert</hi>. <hi rend="smcap">vii</hi> 152-154.</note>.</p>
         <p rend="start">Les renseignements de Diogène concernant la doctrine morale
            de<lb/>Posidonius sont moins nombreux que ceux relatifs à la physique;<lb/>toutefois il
            renvoie à quatre traités appartenant à ce domaine: Περὶ<lb/>καθηκόντων, ’Ηθικὸς λόγος,
            Περὶ τελῶν et Προτρεπτικοί. En ce qui<lb/>concerne la fin de la vie humaine, le
            philosophe se déclare d’accord<lb/>avec la définition proposée par Zénon et adoptée
            ensuite par Cléanthe<lb/>et Hécaton: l’homme doit vivre en conformité avec la nature, ce
            qui<lb/>veut dire qu’il doit se comporter selon la vertu, car c’est à une
            conduite<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="126" facs="Elenchos86/Ele86_126.jpg"/></p>
         <p>vertueuse que la nature nous pousse<note xml:id="ftn88" place="foot" n="88">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii </hi>87: ἄγει γὰρ πρὸς ταύτην (<hi rend="italic"
                  >scil.</hi> τὴν ἀρετήν) ἡμᾶς ἡ<lb/>φύσις. La doctrine stoïcienne de l’ οἰκείωσις
               est à la base de cette déclaration.</note>. Étant donné que la nature<lb/>coïncide
            avec la Raison divine immanente, dont l’âme de chaque individu<lb/>est une parcelle,
            elle est à la fois la norme et le moteur de la vie<lb/>morale. En d’autres mots la vie
            morale n’est pas anti-naturelle, elle<lb/>n’est pas une contrainte imposée du dehors,
            elle répond aux tendances<lb/>les plus profondes de l’être humain. Diogène fait
            remarquer que la<lb/>formulation de Chrysippe était légèrement différente; on peut
            se<lb/>demander comment l’homme est capable de savoir ce qui est conforme<lb/>à la
            nature; la réponse de Chrysippe en appelle à l’expérience: celle-ci<lb/>apprend à
            l’homme ce qui est conforme ou non à cette norme<note xml:id="ftn89" place="foot" n="89">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii</hi> 87: κατ’ἐμπειρίαν τῶν φύσει
               συμβαινόντων.</note>. Ce<lb/>que Chrysippe a en vue est probablement une expérience
            très large,<lb/>embrassant non seulement celle de l’individu concerné, mais celle
            des<lb/>hommes à travers l’histoire.</p>
         <p rend="start">Posidonius est persuadé que la vertu n’est pas un simple rêve,<lb/>un idéal
            qui ne se réalise jamais: à ses yeux la vertu existe réellement;<lb/>pour appuyer son
            point de vue il renvoie au progrès moral réalisé par<lb/>les disciples de Socrate, de
            Diogène et d’Antisthène<note xml:id="ftn90" place="foot" n="90"><hi rend="smcap"
                  >Diog</hi>. <hi rend="smcap">Laert. vii </hi>91.</note>. On trouve dans<lb/>le
            texte de Diogène le terme προκοπή qui signifie le progrès moral,<lb/>une notion qui a
            joué un rôle important dans l’évolution de l’éthique<lb/>stoïcienne. D’après les
            représentants de l’ancien Stoïcisme, il n’y a<lb/>que deux catégories d’hommes, les
            sages et les insensés: le nombre<lb/>de sages est très réduit, ce qui veut dire que la
            presque totalité du<lb/>genre humain est rejetée sans distinction dans la masse des
            insensés.<lb/>Une certaine évolution toutefois se constate déjà chez Chrysippe:
            grâce<lb/>à la notion du devoir (καθῆκον) ce philosophe a été amené à faire<lb/>une
            certaine distinction à l’intérieur du groupe des imparfaits. C’est<lb/>que pour lui le
            progrès moral n’est pas simplement une chose indifférente,<lb/>il constitue un
            préférable et possède par conséquent une réelle valeur.<lb/>Cette évolution s’est
            poursuivie chez les représentants du moyen<lb/>Stoïcisme. Panétius a consacré un ouvrage
            important à la question<lb/>des devoirs. Quant à Posidonius un pas décisif a été posé:
            alors que<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="127" facs="Elenchos86/Ele86_127.jpg"/></p>
         <p>pour Chrysippe celui qui progresse est toujours classé dans la catégorie<lb/>des
            méchants, il ne l’est plus selon le philosophe d’Apamée, qui admet<lb/>une classe
            intermédiaire entre les sages et les insensés. C’est dans<lb/>cette optique que
            Posidonius se sert du progrès moral pour démontrer<lb/>l’existence de la vertu<note
               xml:id="ftn91" place="foot" n="91">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii </hi>91. Cfr. G. Verbeke, <hi rend="it">Les
                  Stoïciens et le progrès de<lb/>l’histoire</hi>, cit., <hi rend="it">passim</hi>.
               Les προκόπτοντες sont ceux qui du point de vue moral se<lb/>situent entre les sages
               et les insensés: cette notion a un sens dynamique, car ceux<lb/>qui progressent ne
               sont pas fixés à un stade déterminé de leur évolution. Ils sont<lb/>en voie de
               devenir meilleurs.</note>.</p>
         <p rend="start">La vertu peut s’enseigner: c’est l’avis de Posidonius, c’est
            aussi<lb/>l’enseignement de Cléanthe, de Chrysippe et de Hécaton<note xml:id="ftn92"
               place="foot" n="92">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii </hi>91.</note>. Est-ce à<lb/>dire que la conduite
            morale se réduit à une affaire d’intuition intel-<lb/>lectuelle? On sait déjà que
            Panétius fait une distinction entre la vertu<lb/>intellectuelle et la vertu pratique.
            Posidonius admet quatre sortes de<lb/>vertus, qui sont probablement celles préconisées
            déjà par Platon: la<lb/>sagesse, la justice, le courage et la tempérance<note
               xml:id="ftn93" place="foot" n="93">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert</hi>. <hi rend="smcap">vii</hi> 92.</note>. En tout cas
            Posidonius<lb/>s’oppose catégoriquement à la définition de la passion proposée
            par<lb/>Chrysippe et par Zénon: aux yeux du premier la passion est un<lb/>jugement
            erroné, tandis que pour le second elle est la conséquence<lb/>d’un tel jugement. Pour le
            philosophe d’Apamée, la passion est le<lb/>mouvement d’une puissance irrationnelle de
            l’âme, que ce soit l’appétit<lb/>concupiscible ou l’appétit irascible<note
               xml:id="ftn94" place="foot" n="94"><hi rend="smcap"> Galen. </hi><hi rend="it">de
                  placit. Hippocrat. et Plat.</hi> v 429, p. 405, 5-14 M (<hi rend="it"
                  >Posidonius</hi>,<lb/>vol. I, <hi rend="it">The Fragments</hi>, ed. L. <hi
                  rend="smcap">Edelstein </hi>and I. <hi rend="smcap">G. Kidd, </hi>Cambridge 1972,
               fr. 152).</note>. En affirmant que la vertu s’apprend,<lb/>Posidonius ne veut
            certainement pas dire qu’il suffit de connaître le<lb/>bien pour l’accomplir:
            l’entraînement à la vertu est à la fois d’ordre<lb/>cognitif et d’ordre pratique.</p>
         <p rend="start">Posidonius est d’accord avec Panétius pour dire que de soi la vertu<lb/>ne
            suffit pas au bonheur de l’homme, d’autres facteurs sont également<lb/>requis: la santé,
            les biens matériels et la force corporelle<note xml:id="ftn95" place="foot" n="95">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii </hi>127-8.</note>. Aux yeux<lb/>de Chrysippe,
            d’Apollodore et de Hécaton la richesse et la santé ne<lb/>sont pas des biens en
            elles-mêmes, elles sont des choses indifférentes,<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="128" facs="Elenchos86/Ele86_128.jpg"/></p>
         <p>bien que préférables. Posidonius fait un pas de plus dans la direction<lb/>d’une
            doctrine moins rigoriste: il accepte que la santé et la richesse<lb/>sont des biens<note
               xml:id="ftn96" place="foot" n="96">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert. vii </hi>103: Ποσειδώνιος μέντοι καὶ ταῦτά φησι τῶν
               ἀγαθῶν<lb/>εἶναι.</note>. On est loin du radicalisme de l’ancien Stoïcisme, à<lb/>tel
            point qu’on doive se demander si l’information de Diogène est<lb/>digne de foi. En tout
            cas elle n’est pas confirmée par Sénèque: celui-ci<lb/>nous dit que selon Posidonius la
            richesse est indirectement la cause de<lb/>toutes sortes de maux: elle enfle les
            esprits, elle fomente l’orgueil et<lb/>la jalousie et elle provoque une telle aberration
            de la raison que les<lb/>hommes trouvent du plaisir dans la renommée de l’argent, même
            si<lb/>celle-ci cause des dégâts <note xml:id="ftn97" place="foot" n="97">Senec. <hi
                  rend="it">epist. ad Lucil.</hi> 87,31-40: Quae neque magnitudinem animo
               dant<lb/>nec fiduciam nec securitatem non sunt bona; divitiae autem et bona valetudo
               et<lb/>similia his nihil horum faciunt; ergo non sunt bona.</note>. Même en déclarant
            que la vertu ne suffit<lb/>pas pour assurer le bonheur de l’homme, il est peu probable
            que<lb/>Posidonius ait enseigné que la richesse et la santé soient de
            véritables<lb/>biens.</p>
         <p rend="start">Selon Posidonius le sage offre à Dieu des prières et il sollicite<lb/>en
            retour des biens authentiques<note xml:id="ftn98" place="foot" n="98"><hi rend="smcap">
                  Diog. Laert. vii 124.</hi></note>. Pareille prière peut-elle avoir un<lb/>sens? Si
            tout est déterminé par le destin que reste-t-il à demander?<lb/>La même question peut se
            poser concernant la <hi rend="italic">Prière à Zeus</hi> de<lb/>Cléanthe: l’homme qui
            prie prend conscience de sa place dans l’univers<lb/>et de la tâche qui est la sienne.
            Il demande à Dieu d’enlever les<lb/>ténèbres de son âme, pourqu’il se laisse guider dans
            toutes ses actions<lb/>par la loi divine immanente qui gouverne le monde<note
               xml:id="ftn99" place="foot" n="99">
               <hi rend="smcap">Stob</hi>. <hi rend="italic">ecl.</hi>
               <hi rend="smcap">i </hi>1,12 p. 25,3 (<hi rend="italic">SVF</hi>
               <hi rend="smcap">i</hi> 537, p. 122, 28 ssq.).</note>. Ce qui est<lb/>demandé c’est
            le véritable bien: peu d’hommes seulement suivent<lb/>intégralement le chemin de la
            vertu. En priant le sage exprime sa<lb/>volonté de poursuivre le bien et il demande à la
            Raison divine immanente<lb/>de l’aider dans l'accomplissement de cette tâche. Reste
            évidemment la<lb/>question de savoir comment l’agir humain peut être libre et
            responsable<lb/>dans un système où le gouvernement du monde est assuré par la
            Raison<lb/>divine immanente.</p>
         <p rend="pb"><pb n="129" facs="Elenchos86/Ele86_129.jpg"/></p>
         <p rend="start">Reste à dire quelques mots de la dialectique, qui est définie
            par<lb/>Posidonius comme la science du vrai et du faux et de ce qui n’est<lb/>ni l’un ni
            l’autre; cette définition, selon Diogène, se distingue de celle<lb/>de Chrysippe qui
            assigne comme objet à cette discipline le signifiant et<lb/>le signifié<note
               xml:id="ftn100" place="foot" n="100"><hi rend="smcap"> Diog. Laert. vii</hi> 62:
               ἐπιστήμη ἀληθῶν καὶ ψευδῶν καὶ οὐδετέρων.<lb/>La vérité et l’erreur se trouvent dans
               les affirmations et les négations; en dehors<lb/>dé celles-ci il y a beaucoup
               d’autres éléments et formes du langage, qui sont étudiés<lb/>par la
               dialectique.</note>. La définition citée ne veut pas dire que Posidonius
            ne<lb/>s’occupe pas du problème de la signification des mots ou que
            Chrysippe<lb/>n’aborde pas le problème de la vérité et de l’erreur. Ce qui
            semble<lb/>être en cause c’est que pour le philosophe d’Apamée la tâche
            primordiale<lb/>de la dialectique est d’examiner les questions relatives à la vérité
            et<lb/>à l’erreur et à découvrir un critère de vérité. Ce dernier point est
            d’une<lb/>importance capitale, car le sage ne peut tomber dans l’erreur, le
            savoir<lb/>du sage est à l’abri de toute déviation. Pourquoi les hommes se
            trompent-<lb/>ils? Parce qu’ils ne se laissent pas suffisamment conduire par
            la<lb/>raison; dans chaque individu il y a une parcelle de la Raison divine.<lb/>Dans la
            mesure où l’homme se laisse guider par la raison, il ne peut<lb/>se tromper. Par contre,
            il se jettera dans l’erreur si des forces irration-<lb/>nelles agissent sur la raison et
            la font dévier. C’est en ce sens que<lb/>Posidonius déclare que le critère de vérité est
            la droite raison, c’est-à-<lb/>dire la raison qui n’est pas déterminée par les
               passions<note xml:id="ftn101" place="foot" n="101"><hi rend="smcap"> Diog. Laert.
                  vii</hi> 54: τὸν ὀρθὸν λόγον. Pour comprendre la signification<lb/>de ce critère,
               on doit se rappeler que la raison individuelle est une parcelle de la<lb/>Raison
               divine. Elle ne peut tomber dans l’erreur à moins qu’elle ne soit sous<lb/>l’empire
               des passions.</note>. Pour savoir<lb/>si quelque chose existe réellement, on doit
            donc se fier à la droite<lb/>raison: dans son traité Περὶ μετεώρων l’auteur se demande
            si la surface<lb/>est un être abstrait ou si elle existe réellement: se fiant à son
            critère<lb/>de vérité il déclare qu’elle existe dans la réalité<note xml:id="ftn102"
               place="foot" n="102">
               <hi rend="smcap">Diog. Laert.</hi> vιι 135.</note>.</p>
         <p rend="start">Posidonius s’est interrogé aussi sur la nature de la poésie:
            celle-ci<lb/>se distingue de la prose par la mesure et le rythme; mais elle est
            surtout<lb/>une œuvre investie et pénétrée de signification, en ce sens qu’elle
            se<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="130" facs="Elenchos86/Ele86_130.jpg"/></p>
         <p>présente comme une imitation des choses divines et humaines<note xml:id="ftn103"
               place="foot" n="103">
               <hi rend="smcap">Diog</hi>. <hi rend="smcap">Laert. vii </hi>60: μίμησιν περιέχον
               θείων καὶ ἀνθρωπείων.</note>. Cette<lb/>information n’est pas confirmée par d’autres
            témoignages, mais elle est<lb/>très significative si on la met en rapport avec la
            définition de la phi-<lb/>losophie: celle-ci est la science des choses humaines et
            divines, alors<lb/>que la poésie nous offre une image de ces mêmes choses humaines
            et<lb/>divines. La poésie est donc aussi englobante que la philosophie; le<lb/>regard du
            poète se porte sur tout ce qui est, le divin et l’humain,<lb/>mais il n’en cherche pas
            l’explication scientifique, il en retrace un<lb/>portrait, une image mettant en lumière
            certains aspects de cette vaste<lb/>réalité. À quoi sert cette image? Aristote a écrit
            que l’ami des mythes<lb/>est déjà en quelque sorte un ami de la sagesse<note
               xml:id="ftn104" place="foot" n="104">
               <hi rend="smcap">Aristot. </hi><hi rend="italic">metaph.</hi> A 2. 982 b 18.</note>.
            Sans doute que<lb/>pour Posidonius aussi le poète est déjà quelque peu philosophe,
            car<lb/>il attire l’attention des hommes sur un univers plus étendu que celui<lb/>des
            soucis quotidiens. En lisant l’épopée d’Homère on ne peut manquer<lb/>de s’interroger
            sur le sens de ce vaste drame dans lequel les dieux et<lb/>les hommes sont
            impliqués.</p>
         <p rend="start">Au terme de ces analyses on peut conclure que l’information de<lb/>Diogène
            sur Posidonius est sensiblement plus abondante que celle<lb/>qu’il fournit sur Panétius:
            l’explication de ce phénomène doit se<lb/>trouver du côté des sources utilisées par
            l’auteur, qui ne puise pas<lb/>directement ses renseignements dans les œuvres écrites
            par les penseurs<lb/>stoïciens, mais dans des sources intermédiaires. Celles-ci ont
            emprunté<lb/>surtout leurs informations aux écrits de Chrysippe: ce que
            Diogène<lb/>appelle les doctrines communes, n’est pas le résultat d’une
            comparaison<lb/>entre les enseignements des membres de l’Êcole, on y reconnaît
            sans<lb/>difficulté l’enseignement de Chrysippe. C’est aux traités de ce
            phi-<lb/>losophe que Diogène renvoie le plus souvent, que ce soit nommément<lb/>à un
            écrit déterminé ou de façon plus générale. Ceci ne veut pas dire<lb/>qu’il n’y ait pas
            un tronc commun des doctrines stoïciennes, mais<lb/>l’exposé de Diogène ne s’appuie pas
            sur un examen comparatif des<lb/>membres de l’École, il présente une synthèse qui est
            principalement<lb/>fondée sur les ouvrages de Chrysippe et qui lui est parvenue par
            des<lb/></p>
         <p rend="pb"><pb n="131" facs="Elenchos86/Ele86_131.jpg"/></p>
         <p>sources intermédiaires. Quant à Panétius et Posidonius ils n’ont pas<lb/>été entièrement
            négligés, comme l’ont été les Stoïciens de l’époque<lb/>impériale. Il est à remarquer
            cependant que ni Panétius ni Posidonius<lb/>n’ont reçu une notice biographique. Pour ce
            qui est des renseignements<lb/>doctrinaux ils sont de la même nature que ceux des autres
            Stoïciens:<lb/>on y trouve des thèses qui sans être inexactes, sont formulées
            sans<lb/>nuances et placées en dehors du contexte dans lequel elles s’inscrivent;<lb/>il
            n’y a que les théories de Chrysippe qui sont plus développées.</p>
      </body>
   </text>
</TEI>
