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                <title>L’INFINI DANS LES MATHÉMATIQUES DE LEIBNIZ</title>
                <author><name>Eberhard </name>
                    <surname>Knobloch</surname>
                </author>
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                <authority>ILIESI-CNR</authority>
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                    <p>Biblioteca digitale Progetto Agora</p>
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                    <title level="m">L’INFINI DANS LES MATHÉMATIQUES DE LEIBNIZ</title>
                    <author>Eberhard Knobloch</author>
                    <title level="a"></title>
                    <publisher>Leo S. Olschki Editore</publisher>
                    <editor></editor>
                    <pubPlace>Roma</pubPlace>
                    <idno type="isbn"/>
                    <biblScope>  pp., (Collana Lessico Intellettuale Europeo, LII)</biblScope>
                    <date></date>
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               <docAuthor>Eberhard Knobloch</docAuthor>
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                   <titlePart>L’INFINI DANS LES MATHÉMATIQUES DE LEIBNIZ</titlePart>
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         <pb n="33" facs="INF_33.jpg"/>
         <p><hi rend="smcap">Introduction </hi></p>
         <p>Leibniz ou Théophile dit dans les<hi rend="italic"> Nouveaux essais sur l’entendement humain</hi><note xml:id="ftn1" place="foot" n="1">
            <hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> Nouveaux essais sur l’entendement humain</hi>, A VI, 6, Berlin 1962, p. 377.</note>:<lb/>«Et tout cela fait voir, que l’esprit humain se propose des questions si étran-<lb/>ges, surtout lorsque l’infini y entre, qu’on ne doit point s’étonner s’il y a de la<lb/>peine à en venir à bout». Il distingue, ce qu’il explique dans plusieurs études<lb/>de son séjour parisien, entre trois degrés de l’infini<note xml:id="ftn2" place="foot" n="2"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> Über Spinozas Ethik</hi>, A VI, 3, Berlin 1980, p. 385; <hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> Com-<lb/>municata ex literis Domini Schulleri</hi>, A VI, 3, Berlin 1980, p. 282.</note>:</p>
         <list type="unordered">
            <item><p>1) l’infini, qui est plus grand qu’un nombre quelconque assignable, par exem-<lb/>ple l’asymptote d’une hyperbole,</p></item>
            <item><p>2) le maximum dans un genre, par exemple le maximum de toutes les éten-<lb/>dues est tout l’espace,</p></item>
            <item><p>3) tout, c’est l’infini en Dieu qui seul est tout.</p></item>
         </list>
         <p>Je voudrais discuter seulement les deux premiers degrés de l’infini, en<lb/>particulier l’exemple de l’asymptote de l’hyperbole. Elle présente, comme nous<lb/>verrons, des difficultés particulières, parce qu’elle n’appartient pas seulement à<lb/>la première classe des infinis. Donc il s’agit des quatre points suivants: 1. les<lb/>trois présuppositions, 2. les notions d’infini et d’infiniment petit, 3. le calcul<lb/>avec l’infiniment petit et l’infini, 4. la consistance des explications leibnizien-<lb/>nes.</p>
         <pb n="34" facs="INF_34.jpg"/><p>Pendant son séjour parisien il développa une théorie des quantités infinies<lb/>et infiniment petites en même temps qu’une terminologie qui différait expres-<lb/>sément de Cavalieri, Grégoire de St. Vincent et Galilei. Il s’appuya sur trois<lb/>présuppositions essentielles:</p>
         <list type="unordered">
            <item>
               <list type="unordered">
                  <item><p>1) sur l’axiome que le tout est plus grand que ses parties,</p></item>
                  <item><p>2) sur la géométrie modifiée des indivisibles,</p></item>
                  <item><p>3) sur la méthode des preuves apagogiques.</p></item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>1.1.<hi rend="italic"> L’axiome que le tout est plus grand que ses parties</hi></p>
         <p>Leibniz discute l’infini en comparaison avec les opinions de Galilei et<lb/>Grégoire de St. Vincent. Il refuse la thèse de ces deux auteurs que l’axiome<lb/>que le tout est plus grand que ses parties n’est pas valable en ce qui concerne<lb/>l’infini. Il répète plusieurs fois<note xml:id="ftn3" place="foot" n="3"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> Accessio ad arithmeticam infinitorum</hi>, A III, 1, Berlin 1976, pp. 11, 15;<lb/><hi rend="italic">Mathematica</hi>, A VII, 1, Berlin 1988, p. 657;<hi rend="italic"> Aus und zu Galileis Discorsi</hi>, A VI, 3, Berlin 1980,<lb/>p. 168.</note> qu’il est impossible que cet axiome n’est pas<lb/>valable. Il est impossible que le tout équivaut à une partie. Leibniz a tenu<lb/>ferme à cette opinion pendant toute sa vie.</p>
         <p>L’importance de cet axiome est éclaircie en particulier par deux problè-<lb/>mes:</p>
         <p>a) Est-ce qu’il y a un nombre infini?</p>
         <p>Si l’on présuppose qu’il y a un nombre infini qu’on pourrait appeler le<lb/>nombre le plus infini ou le plus grand (<hi rend="italic">numerus infinitissimus seu maximus</hi>) on<lb/>obtient une contradiction au sein de cet axiome. Donc ce nombre ne peut pas<lb/>exister. Vers la fin de 1672, il compare le nombre infini avec zéro<note xml:id="ftn4" place="foot" n="4"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> Mathematica</hi>, A VII, 1, Berlin 1988, p. 657.</note> ou avec<lb/>le néant<note xml:id="ftn5" place="foot" n="5"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> Accessio ad arithmeticam infinitorum</hi>, A III, 1, Berlin 1976, p. 11.</note> ou il identifie ce nombre même avec zéro. Ce n’est pas si absurde<lb/>comme on a dit il y a quelques années<note xml:id="ftn6" place="foot" n="6">
               <hi rend="smcap">J. E. Hofmann</hi>,<hi rend="italic"> Einleitung</hi>, A III, 1, Berlin 1976, p. LI.</note>. Car le nombre zéro se substitue au<lb/>néant, en quelque sorte à l’ensemble vide. Il n’a, à la rigueur, aucun sous-<lb/>ensemble sauf lui-même. Ce sous-ensemble est identique avec lui-même.<lb/>L’axiome n’est pas valable seulement en ce cas. C’est pourquoi Leibniz prend<lb/>en considération l’identification d’un nombre infini avec zéro laquelle il aban-<lb/>donna un peu plus tard pendant son séjour parisien.</p>
         <pb n="35" facs="INF_35.jpg"/><p>b) Quelle est la vraie signification des indivisibles?</p>
         <p>La réponse concerne le deuxième point.</p>
         <p>1.2.<hi rend="italic"> La géométrie modifiée des indivisibles</hi></p>
         <p>Leibniz souligne plusieurs fois<note xml:id="ftn7" place="foot" n="7"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> De quadratura arithmetica circuli ellipseos et hyperbolae cuius corollarium est trigono-<lb/>metria sine tabulis</hi>, éd. par <hi rend="smcap">L. Scholtz</hi>, dans:<hi rend="italic"> Die exakte Grundlegung der Infinitesimalrechnung bei Leibniz</hi><lb/>(Teildruck), Marburg 1934, p. 69.</note> que la géométrie cavaliérienne des indi-<lb/>visibles est trompeuse si l’on emploie cette méthode dans une forme qui n’est<lb/>pas mûrie<note xml:id="ftn8" place="foot" n="8"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> De quadratura arithmetica circuli ellipseos et hyperbolae</hi>, cit., p. 70.</note>. Son exemple illustre est le paradoxe de l’hyperbole. Il le discute<lb/>dans le traité sur la quadrature des sections coniques en 1676. Il le discute<lb/>avec Jean Bernoulli en 1698, qui l’avait discuté auparavant avec le cartésien<lb/>Burchard de Volder<note xml:id="ftn9" place="foot" n="9">
               <hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> De quadratura arithmetica circuli ellipseos et hyperbolae</hi>, cit., p. 69; GM III, 2,<lb/>pp. 522-524.</note>.</p>
         <p>D’abord il présuppose le théorème suivant:</p>
         <p>
            <figure>
               <graphic url="Pictures/100000000000027A00000193A778E0C4.png"/>
            </figure>Dans une figure analytique simple y<hi rend="sup">n</hi>x<hi rend="sup">m</hi> = a ou bx<hi rend="sup">m</hi> = y<hi rend="sup">n</hi>, la zone entre<lb/>deux ordonnées, l’arc de la courbe et l’axe est à la zone conjuguée entre les<lb/>deux abscisses correspondantes, le même arc de la courbe et l’axe conjugué<lb/>comme l’exposant de la puissance de l’ordonnée (variable y) à l’exposant de la<lb/>puissance de l’abscisse (variable x).</p>
         <pb n="36" facs="INF_36.jpg"/><p>En cas d’hyperbole conique les zones hachurées sont égales. Donc toutes<lb/>les zones horizontales jusqu’à A remplissent l’aire 2C2BAM2C, toutes les zones<lb/>verticales correspondantes remplissent seulement l’aire 2C2GM2C.</p>
         <p>
            <figure/> 
         </p>
         <p>Il s’ensuit qu’une partie est égale au tout. On peut déduire de semblables<lb/>résultats absurdes en cas de toutes les autres hyperboles. L’erreur consiste en<lb/>identifiant l’indivisible ou zéro avec l’infiniment petit quoiqu’il y ait une diffé-<lb/>rence décisive entre ces deux notions.</p>
         <p>La dernière abscisse (<hi rend="italic">ultima abscissa</hi>) A0B est inégale à zéro. A la rigueur il<lb/>n’y a pas une telle dernière abscisse. Ce n’est qu’une façon de parler. Car Leib-<lb/>niz avait précisé la façon cavaliérienne de parler d’une manière analytique, de<lb/>la manière suivante:</p>
         <p>On comprend par «la somme de toutes les lignes droites» la somme de<lb/>tous les rectangles sous les mêmes lignes droites réunies après avoir supposé<lb/>un intervalle constant, toujours égal et indéfiniment petit (<hi rend="italic">indefinitae parvita-<lb/>tis</hi>)<note xml:id="ftn10" place="foot" n="10"><hi rend="smcap">G.W. Leibniz</hi>, <hi rend="italic">De quadratura arithmetica circuli ellipseos et hyperbolae</hi>, cit., p. 57.</note>.</p>
         <p>Leibniz dit «indéfiniment petit», il ne dit pas «infiniment petit» quoiqu’il<lb/>ait en vue cette notion. Je ne veux pas taire qu’il produit de cette manière une<lb/>difficulté grave qui se reflète dans sa correspondance avec Varignon en<lb/>1701<note xml:id="ftn11" place="foot" n="11">GM IV, p. 89.</note>. Varignon veut identifier l’infiniment avec l’indéfiniment petit de la<lb/>même manière que Descartes voulait identifier l’infini avec l’indéfini. Il est<lb/><pb n="37" facs="INF_37.jpg"/>caractéristique que Leibniz ne s’étend pas sur cette identification, tandis qu’il<lb/>reprend l’expression incomparablement petit.</p>
         <p>Et en fait, en 1675, il avait écrit un manuscrit inédit jusqu’à maintenant<lb/>«De infiniti et indefiniti differentia» ou «Sur la différence entre l’infini et l’in-<lb/>défini»<note xml:id="ftn12" place="foot" n="12"><hi rend="italic">Catalogue critique des manuscrits de Leibniz</hi>, fascicule II (mars 1672-novembre 1676), réd. par<lb/>A. Rivaud, Poitiers 1914-1924, n. 909.</note>. Il y discute la puissance d’un binôme et dit: La grande différence<lb/>entre l’infini et l’indéfini s’éclaircit à l’aide de cet exemple illustre. Ce qu’il est<lb/>valable en ce qui concerne un nombre indéfini, cela n’est pas valable à l’égard<lb/>d’un nombre infini. «Certe indefinitus terminorum numerus est finitus, non<lb/>ergo infinitus» ou «en tout cas un nombre indéfini de termes est fini, donc il<lb/>n’est pas infini».</p>
         <p>Jonas Cohn n’avait pas tenu compte de cette différence fondamentale<lb/>quand – à tort – il voulait remplacer l’infini par l’indéfini dans le cas des trois<lb/>classes de l’infini<note xml:id="ftn13" place="foot" n="13"><hi rend="smcap"> J. Cohn</hi>,<hi rend="italic"> Geschichte des Unendlichkeitsproblems im abendländischen Denken bis Kant</hi>,Leipzig 1896<lb/>(Hildesheim 1960), p. 173.</note>. Leibniz, il est vrai, facilitait cette confusion. Quand il<lb/>expliquait la directrice, l’axe de la variable x, il l’appelait une certaine droite<lb/>A1B2C «indefinitae longitudinis», «d’une longueur indéfinie»<note xml:id="ftn14" place="foot" n="14"><hi rend="smcap">G.W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> De quadratura arithmetica circuli ellipseos et hyperbolae</hi>, cit., p. 55.</note>.</p>
         <p>Donc l’explication leibnizienne mentionnée des indivisibles est déconcer-<lb/>tante, car un théorème important sur des raisons finies ou infinies est basé sur<lb/>le fait qu’une quantité infiniment petite n’est pas une quantité finie. Nous<lb/>reviendrons plus tard à ce théorème.</p>
         <p>1.3.<hi rend="italic"> La méthode des preuves apagogiques</hi></p>
         <p>On trouve dans le manuscrit mentionné inédit encore une remarque très<lb/>significative. Leibniz dit que la méthode des quantités infinies est trompeuse.<lb/>Il faut employer le raisonnement par l’absurde si l’on veut s’appuyer sur elles.<lb/>C’est pourquoi son traité sur la quadrature des sections coniques repose sur la<lb/>méthode des preuves indirectes<note xml:id="ftn15" place="foot" n="15"><hi rend="italic">Ibid.</hi>, p. 53.</note>. D’abord il dit qu’il est dangereux de calcu-<lb/>ler avec l’infini si l’on n’emploie pas le fil d’une preuve. Mais il souligne plu-<lb/>sieurs fois qu’il convaincra même les sceptiques parce qu’il peut démontrer<lb/>toujours que l’erreur est plus petite qu’une quantité quelconque donnée.</p>
         <p>Il dit littéralement: J’avoue que je ne sais aucune méthode jusqu’à mainte-<lb/>nant à l’aide de laquelle on peut démontrer une seule quadrature sans le rai-<lb/>sonnement par l’absurde. J’ai des raisons pour lesquelles je crains qu’on ne<lb/><pb n="38" facs="INF_38.jpg"/>puisse pas arriver à ce but à cause de la nature des choses sans les quantités<lb/>fictives, c’est-à-dire les infinies et les infiniment petites.</p>
         <p>L’avantage crucial de sa méthode consiste en la possibilité de laisser à<lb/>côté le procédé partagé en trois parties, d’inscrire et de circonscrire des poly-<lb/>gones, d’employer une preuve indirecte, et de démontrer que l’erreur est plus<lb/>petite qu’une erreur assignable. Il ne faut que comprendre que chaque figure<lb/>curviligne est la même chose qu’un polygone avec infiniment de côtés dont la<lb/>longueur est infiniment petite: un polygone avec infiniment d’angles (<hi rend="italic">polygo-<lb/>num infinitangulum</hi>)<note xml:id="ftn16" place="foot" n="16"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>, <hi rend="italic">De superficiebus coniformium rectilineorum inprimis cono scaleno. Et quaedam de <lb/>solida geometria</hi>, A VII, 1, Berlin 1988, p. 150.</note>. La courbe est mise en des pièces infiniment petites (<hi rend="italic">frac-<lb/>ta</hi>). Il n’exclut pas des preuves directes de ces problèmes. Mais il ose affirmer<lb/>qu’on peut les déduire seulement si l’on admet ces quantités fictives.</p>
         <p>Cette énonciation leibnizienne renferme de nouveau une difficulté grave.<lb/>Car l’implication:</p>
         <p>On emploie des quantités infiniment petites ou infinies =&gt; on a besoin<lb/>des preuves indirectes</p>
         <p>équivaut à l’implication</p>
         <p>On emploie des preuves directes =&gt; on n’emploie pas des quantités infi-<lb/>niment petites ou infinies.</p>
         <p>Il répète la première implication encore en 1698 dans sa correspondance<lb/>avec Jean Bernoulli<note xml:id="ftn17" place="foot" n="17">GM III, 2, p. 524.</note>.</p>
         <p>2. <hi rend="smcap">Les notions d’infini et d’infiniment petit</hi></p>
         <p>Leibniz a discuté en détail la notion de l’infini dans la première version<lb/>barrée du scholie appartenant au théorème 11 de son traité sur la quadrature<lb/>arithmétique des sections coniques<note xml:id="ftn18" place="foot" n="18"><hi rend="smcap">G.W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> De quadratura arithmetica circuli ellipseos et hyperbolae</hi>, cit., pp. 62-64.</note>. Ces explications sont particulièrement<lb/>intéressantes parce que Leibniz ne déduit que pas à pas une caractérisation<lb/>satisfaisante de l’infini. Il abandonne vite un premier essai et il donne des<lb/>raisons dans la deuxième version pour lesquelles la première possibilité consi-<lb/>dérée est fausse.</p>
         <p>Il dit que la considération des espaces dont la longueur est infinie, mais<lb/>dont la grandeur est finie, est «mémorable» (<hi rend="italic">memorabilis</hi>), d’abord il avait dit<lb/>«admirable». Il cite les auteurs qui ont calculé de telles espaces pour la pre-<lb/><pb n="39" facs="INF_39.jpg"/>mière fois, Torricelli, Grégoire de St. Vincent, Huygens et Wallis. En particu-<lb/>lier il s’occupe de très près de l’opinion de Gaston Pardies sur ces résultats.<lb/>Pardies les admira dans la préface de ses «Elémens de la géométrie» au plus<lb/>haut degré<note xml:id="ftn19" place="foot" n="19">
               <hi rend="smcap">G. Pardies</hi>, <hi rend="italic">Elémens de géométrie, où par une méthode courte et aisée l’on peut apprendre ce qu’il<lb/>faut sçavoir d’Euclide, d’Archimède, d’Apollonius, et les plus belles inventions des anciens et des nouveaux géomè-<lb/>tres</hi>, Paris 1671. Je cite la cinquième édition: A La Haye 1705, Préface, pp. A7-A8.</note>. Il y dit:</p>
         <p>«C’est là qu’on trouvera la nature et la mesure des espaces asymptotiques,<lb/>dont la connaissance est la chose du monde la plus admirable, et qui fait voir<lb/>le plus clairement la grandeur et la spiritualité de notre âme, puisque par la<lb/>seule lumière de son esprit, pénétrant au-delà de l’infini, elle découvre si clai-<lb/>rement des choses, que nulle expérience sensible ne lui peut apprendre, et<lb/>qu’aucune puissance corporelle ne sçauroit seulement appercevoir. Ces espaces<lb/>sont d’une étendue actuellement infinie. […] L’infini même tout immense et<lb/>tout innombrable qu’il est, se réduit néanmoins au calcul et à la mesure de la<lb/>géométrie, et que nôtre esprit, encore plus grand que lui, est capable de le<lb/>comprendre. De toutes les connaissances naturelles que l’homme peut acquérir<lb/>par son propre raisonnement, sans doute la plus admirable est cette compré-<lb/>hension de l’infini».</p>
         <p>Et un peu plus tard il continue: «Oserai-je passer encore plus avant, et<lb/>dire que dans cette même démonstration on trouve aussi la preuve invincible<lb/>de l’existence de Dieu?»</p>
         <p>Leibniz commente ces mots d’une manière étonnament prosaïque. Il refu-<lb/>se de telles déductions. Son ingénuité ne permet pas de cacher que ce n’est pas<lb/>tellement admirable qu’il semble être aux hommes après le premier coup<lb/>d’oeil. Il lui semble qu’il suffit de discerner la nature de l’esprit et ses opéra-<lb/>tions du corps ou des choses qui ont de l’étendue et de la masse. L’action de<lb/>l’esprit par laquelle nous mesurons les espaces infinis s’appuie sur une fiction,<lb/>sur une ligne, qui est terminée selon la présupposition, mais infinie. Il s’éton-<lb/>nerait beaucoup si quelqu’un pouvait réduire un espace absolument interminé<lb/>entre la courbe et l’asymptote parfaite (<hi rend="italic">asymptotos perfecta</hi>) à un espace fini. Ou<lb/>au moins à un espace terminé. Leibniz a raturé cette dernière remarque<note xml:id="ftn20" place="foot" n="20"><hi rend="smcap">L. Scholtz</hi> n’a pas publié toutes ces variantes dans son édition partielle. On les trouve-<lb/>ra dans mon édition critique du traité sur la quadrature arithmétique des sections conique qui<lb/>est sous presse, et qui paraîtra à Barcelone.</note>.</p>
         <p>Donc Leibniz explique son point de vue parce qu’il se peut que cela sem-<lb/>ble être paradoxal. Il y a une grande différence entre indivisible et infiniment<lb/>petit, entre interminé et infini.</p>
         <p>D’abord il discute les deux premières notions. La géométrie des indivisi-<lb/>bles est trompeuse si l’on ne l’explique pas à l’aide des quantités infiniment<lb/>petites. Car on n’emploie pas sûrement les points qui sont vraiment indivisi-<lb/><pb n="40" facs="INF_40.jpg"/>bles, mais des lignes, étant infiniment petites et à cause de cela divisibles. Elles<lb/>sont des «parties infinitésimales» (<hi rend="italic">infinitesimae partes</hi>) d’une droite.</p>
         <p>2.1.<hi rend="italic"> La ligne interminée</hi></p>
         <p>De la même manière il y a une différence entre une quantité interminée<lb/>et une quantité infinie. Il est très intéressant que Leibniz donne d’abord l’ex-<lb/>plication suivante:</p>
         <list type="unordered">
            <item><p>a) La ligne terminée est d’une certaine manière dans le milieu entre la ligne<lb/>la plus petite et la ligne la plus grande c’est-à-dire la ligne vraiment inter-<lb/>minée:</p></item>
         </list>
         <p><hi rend="italic">linea minima – linea terminata – linea maxima</hi></p>
         <p>Il continue en disant que la ligne finie est le milieu entre – mais il s’in-<lb/>terrompt et commence de nouveau.</p>
         <list type="unordered">
            <item><p>b) La grandeur d’une ligne interminée est aussi peu le sujet des considérations<lb/>géométriques que la grandeur d’un point. On additionne ou soustrait en<lb/>vain même infiniment des points. Une ligne terminée répétée à volonté<lb/>peut aussi peu effectuer ou épuiser une ligne interminée.</p></item>
         </list>
         <p>Au contraire une ligne terminée est constituée dans un ensemble n’im-<lb/>porte quel de lignes finies, même si cet ensemble surpasse chaque nombre.<lb/>Une ligne infinie, terminée se compose de lignes finies. Une ligne finie se<lb/>compose de lignes infiniment petites, mais néanmoins divisibles.</p>
         <p>Donc on ne peut pas dire que la ligne terminée est la moyenne propor-<lb/>tionnelle entre la ligne la plus petite (le point) et la ligne la plus grande (la<lb/>ligne interminée).</p>
         <p>
            <lb/>Mais:</p>
         <p>Une ligne finie est la moyenne proportionnelle entre une certaine ligne<lb/>infiniment petite et une certaine ligne infinie et cela vraiment et exactement,<lb/>mais non d’une certaine manière. De cette manière Leibniz refuse totalement<lb/>la première solution.</p>
         <p>Désormais il est d’un avis, qu’il communiqua aussi à Jean Bernoulli<note xml:id="ftn21" place="foot" n="21">GM III, 2, p. 535.</note>: Il<lb/>n’existe ni un nombre le plus grand ou un nombre le plus petit ni une ligne<lb/>minime (<hi rend="italic">linea minima</hi>) ou un élément linéaire (<hi rend="italic">elementum lineale</hi>). Tandis qu’on<lb/>peut employer l’infini et l’infiniment petit dans le calcul ce n’est pas valable<lb/>en ce qui concerne le minimum, et le maximum ou l’interminé.</p>
         <p><pb n="41" facs="INF_41.jpg"/>Donc Leibniz accepte des lignes infinies différentes et des lignes infini-<lb/>ment petites différentes. Si l’on choisit une ligne finie quelconque l<hi rend="sub">f</hi> on trouve<lb/>une ligne infiniment petite l<hi rend="sub">ip</hi> et une ligne infinie l<hi rend="sub">i</hi>, de telle manière qu’on<lb/>obtient l’équation:</p>
         <p>l<hi rend="sub">i</hi> : l<hi rend="sub">f</hi> = l<hi rend="sub">f</hi> : l<hi rend="sub">ip</hi>
         </p>
         <p>La ligne finie est la moyenne proportionnelle ou on peut déduire l’équa-<lb/>tion suivante:</p>
         <p>l<hi rend="sup">2</hi>
            <hi rend="sub">f</hi> = l<hi rend="sub">i</hi> • l<hi rend="sub">ip</hi>
         </p>
         <p>
            <figure>
               <graphic url="Pictures/100000000000026B000001C854DCD626.png"/>
            </figure>Une telle équation n’est pas toujours valable mais seulement en quelques<lb/>cas spéciaux, par exemple en cas de l’hyperbole conique.</p>
         <p>Si l’abscisse μ(μ) est infiniment petite, l’ordonnée (μ)λ, est infiniment lon-<lb/>gue, c’est-à-dire plus grande qu’une droite quelconque désignable, le rectangle<lb/>effectué par la droite infinie et la droite infiniment petite est égal à un carré<lb/>fini constant selon la nature de l’hyperbole.</p>
         <p>Donc Leibniz définit de la manière suivante: une quantité infinie est une<lb/>quantité soit terminée soit interminée qui est plus grande qu’une quantité<lb/>quelconque assignable ou qu’une quantité qu’on peut désigner par des nom-<lb/><pb n="42" facs="INF_42.jpg"/>bres. Une quantité interminée est une quantité où l’on ne peut pas choisir un<lb/>dernier point au moins d’un côté:</p>
         <p>quantité infinie</p>
         <p>(plus grande qu’une quantité quelconque assignable ou qu’une quantité qu’on peut<lb/>désigner par des nombres)</p>
         <p>quantité terminée</p>
         <p>quantité interminée<lb/>(sans dernier point au moins d’un côté)</p>
         <p>Leibniz ne discute pas la question de l’existence. C’est une tâche du méta-<lb/>physicien d’examiner si la nature des choses permet de telles quantités. Le<lb/>géomètre se contente de démontrer ce que s’ensuit de ce qu’on a posé. Il est<lb/>du même avis dans la lettre que dans le traité: «On n’a point besoin de faire<lb/>dépendre l’analyse mathématique des controverses métaphysiques ny d’assurer<lb/>qu’il y a dans la nature des lignes infiniment petites à la rigueur».</p>
         <p>Leibniz étudie la notion de la quantité interminée dans plusieurs manu-<lb/>scrits écrits pendant la même période, cela veut dire pendant le printemps de<lb/>l’année 1676<note xml:id="ftn22" place="foot" n="22"><hi rend="smcap"> G.W. Leibniz</hi>, <hi rend="italic">Communicata ex literis Domini Schulleri; Linea infinita est immobilis; De magnitu-<lb/>dine; Linea interminata; Extensio interminata</hi>, A VI, 3, Berlin 1980, nos. 19, 59, 64, 65, 66.</note>. Il dit dans une note marginale d’un écrit de Schuller<note xml:id="ftn23" place="foot" n="23"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>, <hi rend="italic">Communicata ex literis Domini Schulleri</hi>, A VI, 3, Berlin 1980, p. 281.</note>: J’ai<lb/>fait toujours une différence entre immense et interminé, entre celui auquel on<lb/>ne peut ajouter rien et celui qui est plus grand qu’un nombre assignable. Donc<lb/>il identifie l’infini avec l’immense. Il y cite en exemple aussi l’espace infini<lb/>entre l’asymptote et l’hyperbole conique.</p>
         <p>La série infinie 1/1 + 1/2 + 1/3 + 1/4 et ainsi de suite dont la somme est 1/0 cor-<lb/>respond en quelque sorte à cet espace. Il comprend par zéro une quantité infi-<lb/>niment petite. La lettre de Leibniz à Varignon du 2 février 1702 est bien<lb/>connue où il souligne que les lignes infiniment grandes sont pourtant termi-<lb/>nées<note xml:id="ftn24" place="foot" n="24">GM IV, p. 91.</note>. Il avait ajouté dans une remarque raturée que l’infini pris à la rigueur<lb/>doit avoir sa source dans l’interminé, «sans quoy je ne vois pas moyen de trou-<lb/>ver un fondement propre à le discerner du fini»<note xml:id="ftn25" place="foot" n="25">On trouve une discussion éclaircissante de ce passage dans <hi rend="smcap">A.Robinet</hi>, <hi rend="italic">Architectonique<lb/>disjonctive automates systémiques et idéalité transcendantale dans l’œuvre de Leibniz</hi>, Paris 1986, p. 288.</note>.</p>
         <pb n="43" facs="INF_43.jpg"/><p>2.2.<hi rend="italic"> L’espace absolument interminé</hi></p>
         <p>Il est très intéressant de voir que Leibniz reprend cette question : si l’on<lb/>peut réduire un espace absolument interminé à un espace fini<note xml:id="ftn26" place="foot" n="26"><hi rend="smcap">G.W. Leibniz</hi>, <hi rend="italic">De quadratura arithmetica circuli ellipseos et hyperbolae</hi>, cit., éd. par E. Kno-<lb/>bloch (voir note 20), Théorème 14, Corollaire.</note>. Je dois expli-<lb/>quer d’abord quelques notions et théorèmes afin que nous puissions compren-<lb/>dre ses remarques.</p>
         <p>Il s’appuie sur le théorème suivant (7 du traité): On tire les ordonnées<lb/>DnEn par des points quelconques Dn d’une courbe, lesquelles sont perpendicu-<lb/>laires sur l’axe des abscisses. On tire les tangentes dans les points Dn jusqu’à<lb/>l’axe des ordonnées. Les points d’intersection soient Tn. On transfère les sec-<lb/>tions ATn en des ordonnées EnDn prolongées s’il est nécessaire et on obtient<lb/>les points Fn. Les points Fn se trouvent sur une nouvelle courbe. L’espace<lb/>entre l’axe des x, les deux ordonnées et la deuxième courbe est deux fois plus<lb/>grand que l’espace entre la première courbe et les deux droites qui lient les<lb/>points frontières avec le centre A.</p>
         <p>Leibniz démontre à l’aide de ce théorème de la transmutation le théorè-<lb/>me suivant:</p>
         <p>Si la première courbe est le cercle, le centre A le centre du cercle, deux<lb/>espaces entre deux ordonnées, l’axe des x et la nouvelle courbe (la soit-disant<lb/>figure des sections) sont l’un à l’autre comme les angles qui correspondent aux<lb/>points Dn du cercle.</p>
         <pb n="44" facs="INF_44.jpg"/><p>Leibniz appelle cette figure la figure des angles.</p>
         <p>La preuve: D’après le théorème 7 l’équation suivante est valable: L’espa-<lb/>ce limité par quatre lignes CAE1F1C = 2 • secteur D1ACD1</p>
         <p>
            <figure/>
            <figure>
               <p>A</p>
            </figure>
            <figure>
               <graphic url="Pictures/10000000000001C00000005A6C387167.png"/>
            </figure>ou CAE2F2C = 2 • secteur D2ACD2</p>
         <p>Donc on obtient:  2(D1 ACD1) / 2(D2 ACD2) = D1 ACD1 / D2 ACD2 = D1C / D2C = ∢ CAD1 / ∢ CAD2</p> 
         <p>Donc on obtient le corollaire suivant: </p>
         <p>L’espace de la figure des	:	une partie finie CAEFC</p>
         <p>angles dont la longeur</p>
         <p>est infinie CABG et</p>
         <p>ainsi de suite HFC<lb/>
         </p>
         <pb n="45" facs="INF_45.jpg"/><p>Leibniz ajoute dans une note marginale barrée plus tard: «L’angle droit<lb/>semble correspondre à l’espace absolument interminé. Mais pour la raison<lb/>mentionnée dans le scholie du théorème 11 je n’ose pas prétendre à cause de<lb/>cela que cet espace est réduit à un espace fini». Nous avons discuté ce scholie<lb/>auparavant. Il continue: «Il est sûr que l’angle droit ou bien ne correspond à<lb/>aucun espace de la figure des angles ou à l’espace absolument interminé».</p>
         <p>3.<hi rend="smcap"> Le calcul avec l’infiniment petit et l’infini</hi></p>
         <p>Leibniz dit lui-même, qu’il est dangereux de calculer avec l’infini, si l’on<lb/>n’emploie pas le fil d’une preuve, c’est-à-dire selon Leibniz, d’une preuve indi-<lb/>recte. D’après la définiton de l’infiniment petit et l’infini il y a un nombre<lb/>quelconque de telles quantités. J’ai emprunté toutes les lois au traité sur la<lb/>quadrature arithmétique des sections coniques. Leibniz les emploie implicite-<lb/>ment sans les avoir démontrées – sauf la sixième et la huitième loi. Il considé-<lb/>rait de telles preuves comme inutiles pour la définition de ces quantités. Il<lb/>aurait pu donner des preuves indirectes sans plus.</p>
         <pb n="46" facs="INF_46.jpg"/><p>1. fini + infini = infini</p>
         <list type="unordered">
            <item>2.1 fini ± infiniment petit = fini</item>
            <item>2.2 x, y finis, x = y + infiniment petit =&gt; x - y ≈ 0<lb/>(différence inassignable)<list type="unordered">
               <item>3. infini<hi rend="sub">1</hi> - infini<hi rend="sub">2</hi> = infini<hi rend="sub">3</hi>, si infini<hi rend="sub">1</hi> <hi>&gt;</hi> infini<hi rend="sub">2</hi><lb/>(ou infini<hi rend="sub">1</hi> : infini<hi rend="sub">2</hi> ‡ 1)</item>
                  <item>4. infini ± infiniment petit = infini</item>
               <item>5 fini × infiniment petit = infiniment petit</item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>infini ou</p>
         <p>/</p>
         <list type="unordered">
            <item>
               <list type="unordered">
                  <item>6. infini × infiniment petit — fini ou</item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>
            <anchor type="bookmark-start" xml:id="id_bookmark4"/>\<anchor type="bookmark-end" corresp="#id_bookmark4"/>
         </p>
         <p>infiniment petit</p>
         <p>(on a besoin d’une preuve)</p>
         <list type="unordered">
            <item>7.1 infini × infini = infini</item>
            <item>7.2 x<hi rend="sup">n</hi> infini =&gt; x infini</item>
         </list>
         <p>fini</p>
         <p>/</p>
         <list type="unordered">
            <item>
               <list type="unordered">
                  <item>infini : infini</item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>
            <hi>
               <anchor type="bookmark-start" xml:id="id_bookmark5"/>\<anchor type="bookmark-end" corresp="#id_bookmark5"/>
            </hi>
         </p>
         <p>infini</p>
         <p>(on a besoin d’une preuve)</p>
         <list type="unordered">
            <item>
               <list type="unordered">
                  <item>9. x infiniment petit, y &gt; 0, y &lt; x =&gt; y infiniment petit</item>
                  <item>10. fini : infiniment petit = infini : fini = infini<lb/>(plus grande qu’une raison assignable)</item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>Corollaire : fini : infiniment petit = x : fini = &gt; x infini</p>
         <list type="unordered">
                      <item>11. infiniment petit : fini = fini : infini = infiniment petit (infinitésimal)<lb/>Corollaire : fini : infini = x : fini =&gt; x infiniment petit</item>
            <item>12. x : y = (x + infiniment petit<hi rend="sub">1</hi>) : (y + infiniment petit<hi rend="sub">2</hi>)</item>
         </list>
         <p>Les lois 10 et 11 sont particulièrement importantes parce qu’elles permet-<lb/>tent de démontrer qu’une quantité est infinie ou infiniment petite. Leibniz<lb/>discute la solution de la sixième loi à l’aide de ces deux théorèmes. Le produit<lb/>de deux facteurs est un rectangle: on doit examiner si ce rectangle est fini,<lb/>infiniment petit ou infini. Donc l’aire du rectangle est la quantité x dont la<lb/>grandeur est cherchée. Leibniz déduit une proportionnalité dont un côté est<lb/>une raison connue, tandis que la raison de l’autre côté contient la quantité x.<lb/>Leibniz prouve de cette manière le théorème 21 :</p>
         <p>Soit la courbe 0C1C2C une hyperboloïde (une hyperbole d’un degré n’im-<lb/>porte quel) x<hi rend="sup">n</hi>y<hi rend="sup">n</hi> = a. Le rectangle sous l’abscisse infiniment petit A0B et l’or-<lb/>donnée infiniment grande 0B0C est</p>
         <pb n="47" facs="INF_47.jpg"/><p>1) une quantité infinie, si n &gt; m,</p>
         <p>2) une quantité infiniment petite, si n &lt; m,</p>
         <p>3) une quantité finie, si n = m.</p>
         <p>4.<hi rend="smcap"> La consistance des explications leibniziennes</hi></p>
         <p>Nous voulons faire ce qui est la tâche des géomètres selon Leibniz : Nous<lb/>voulons examiner ce qui s’ensuit des présuppositions. Or il n’y a aucun doute<lb/>que Leibniz emploie des formulations qui mènent en apparence ou vraiment à<lb/>des contradictions. Nous voudrions considérer les trois exemples suivants.</p>
         <p>
            <figure>
               <graphic url="Pictures/100000000000029A0000018CF344BE36.jpg"/>
            </figure>4.1.<hi rend="italic"> La notion de l’asymptote</hi></p>
         <p>Il construit (théorème 11) la figure des segments (la figure des sections<lb/>qui commence dans le point A) et prouve que la droite μλ est une asymptote<lb/><pb n="48" facs="INF_48.jpg"/>de la courbe par les points Dn. Dans ce but il montre que la courbe n’atteint la<lb/>droite en aucun lieu. Il s’appuie sur le lemme qu’il est impossible que les deux<lb/>parallèles μλ, AT ont un point commun. Donc nous obtenons l’implication:</p>
         <p>Si l’intersection de la droite d et de la courbe c est vide, d est une asym-<lb/>ptote: d ∩ c = ∅ =&gt;d asymptote. Est-ce qu’on peut renverser cette impli-<lb/>cation?</p>
         <p>D’après Leibniz on peut répondre «oui» et «non». Il dit (théorème 22):<lb/>Chaque hyperbole d’un degré n’importe quel a tous les deux axes comme<lb/>asymptotes. Ils ne concourent point ou bien ils ne concourent qu’après un<lb/>intervalle infiniment long avec la courbe.</p>
         <p>Donc on doit constater: d asymptote </p>
         <p>ou bien d ∩ c = ∅<lb/>(théorème 11, scholie: jamais; théorème<lb/>23: en aucun lieu)</p>
         <p>ou bien d ∩ c ‡ ∅<lb/>8théorème 45)</p>
         <p>Néanmoins ce n’est pas une contradiction parce que d’après l’explication<lb/>leibnizienne l’infini peut être interminé ou terminé. Si l’on a en vue la pre-<lb/>mière possibilité, on obtient l’asymptote parfaite qui ne concourt pas avec la<lb/>courbe qui appartient à la deuxième classe des infinis. Si l’on a en vue la<lb/>deuxième possibilité, on obtient un point commun entre la droite et la courbe<lb/>après un intervalle infiniment long. Leibniz emploie les deux conceptions.</p>
         <p>4.2.<hi rend="italic"> L’infiniment petit et zéro</hi></p>
         <p>Les difficultés sont plus grandes à l’égard de l’infiniment petit. Car l’infi-<lb/>niment petit n’est pas le terme générique comme l’infini qu’on peut diviser.<lb/>Leibniz ne connaît pas un schème</p>
         <p>infiniment petit</p>
         <p>zéro</p>
         <p>inégal à zéro</p>
         <p>Mais il emploie ce schème de la manière suivante:</p>
         <p>infiniment petit</p>
         <p>zéro pratiquement,<lb/>c’est-à-dire en calculant</p>
         <p>à la riguer inégal à zéro</p>
         <p>Je voudrais illustrer ce fait à l’aide de quelques exemples. Leibniz souli-<lb/>gne très souvent la différence conceptuelle entre infiniment petit et zéro, par<lb/>exemple quand il explique le paradoxe de l’hyperbole. Sa définition mathéma-<lb/>tique de l’infiniment petit semble contredire cette constatation.</p>
         <pb n="49" facs="INF_49.jpg"/><p>L’infiniment petit est défini par «plus petit qu’une grandeur assignable»<lb/>(<hi rend="italic">minus quavis assignabili quantitate</hi>) ou moins précisément «petit à volonté» (<hi rend="italic">utcun-<lb/>que parvus</hi>) et de cette manière aussi «indéfiniment petit» (<hi rend="italic">indefinitae parvitatis</hi>).<lb/>D’après sa méthode des preuves indirectes il montre: Supposé que l’erreur ne<lb/>devienne pas plus petite qu’une certaine quantité on peut effectuer par une<lb/>partition plus fine de l’intervalle ou du polygone que l’erreur devient cepen-<lb/>dant plus petite que cette quantité.</p>
         <p>Cette méthode rappelle la définition arithmétique moderne de la valeur<lb/>limite d’une suite. Néanmoins il ne faut pas identifier les quantités infiniment<lb/>petites avec des suites convergentes à zéro parce que Leibniz calcule avec cer-<lb/>taines quantités fixes, dont la valeur dépend de l’interlocuteur fictif. Elles dif-<lb/>fèrent de zéro, mais elles ne sont pas finies. De même les quantités infinies<lb/>diffèrent des quantités interminées sans être finies. Il dit: Supposé que quel-<lb/>qu’un conteste ses affirmations il lui montre que l’erreur est plus petite qu’une<lb/>erreur assignable et par conséquent (<hi rend="italic">adeoque</hi>) zéro<note xml:id="ftn27" place="foot" n="27"><hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>,<hi rend="italic"> De quadratura arithmetica circuii ellipseos et hyperbolae</hi>, cit., p. 58.</note>.</p>
         <p>Donc on obtient les implications:</p>
         <p>infiniment petit = &gt; plus petit qu’une grandeur assignable = &gt; zéro</p>
         <p>Donc on devrait déduire : infiniment petit = &gt; zéro</p>
         <p>Quoique Leibniz refuse cette conclusion, il emploie les formulations sui-<lb/>vantes :</p>
         <list type="unordered">
            <item>
               <list type="unordered">
                  <item>
                     <list type="unordered">
                        <item>
                           <list type="unordered">
                              <item><p>a) Soient A, R, S, T des points d’une courbe. On cherche les ordonnées<lb/>AA, RD, SF, TH. AA est infiniment petite ou un point (<hi rend="italic">infinite parva seu punc-<lb/>tum est</hi>) (théorème 43).</p></item>
                              <item><p>b) Les puissances positives de zéro sont infiniment petites (théorème<lb/>41). Il dit déjà dans une étude écrite vers la fin de 1672/le début de 1673<note xml:id="ftn28" place="foot" n="28">
                                 <hi rend="smcap">G. W. Leibniz</hi>, <hi rend="italic">De potentiis ipsius 0</hi>, A VII, 1, Berlin 1988, p. 675.</note>:<lb/>Toutes les puissances positives de zéro sont égales à zéro ou (<hi rend="italic">seu</hi>) infiniment<lb/>petites.</p></item>
                              <item><p>c) Le logarithme de zéro, de l’infiniment petit (théorème 45).</p></item>
                              <item><p>La grandeur des points est zéro. On ne peut pas obtenir une ligne<lb/>par leur multiplication. Mais Leibniz emploie l’expression «point infinitési-<lb/>mal» (<hi rend="italic">punctum infmitesimum</hi>), cela veut dire une certaine ligne (<hi rend="italic">id est linea quae-<lb/>dam</hi>). On peut déduire que Leibniz calcule avec l’infiniment petit comme s’il<lb/>est zéro, c’est une quasi-égalité pour lui.</p></item>
                           </list>
                        </item>
                     </list>
                  </item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>Si l’on considère l’équation CD = DF + FD et si l’on suppose que FD est<lb/>infiniment petite, les quantités CD, CF diffèrent d’une manière non assignable<lb/><pb n="50" facs="INF_50.jpg"/>(théorème 46:<hi rend="italic"> inassignabiliter</hi>), on peut les prendre comme un (théorème 48:<hi rend="italic"> pro<lb/>uno possunt haberi</hi>). Victor Harnik introduit les notions</p>
         <p>microscopic equality (=) – macroscopic equality (≈)<note xml:id="ftn29" place="foot" n="29"><hi rend="smcap">V. Harnik</hi>,<hi rend="italic"> Infinitesimals from Leibniz to Robinson, Time to bring them back to school</hi>, The<lb/>mathematical Intelligencer, VIII (1986), pp. 41-47, 63.</note>
         </p>
         <p>ε est infiniment petit, si ε ≈ 0, mais il est valable ε ‡ 0. En fait Leibniz<lb/>discernait ces deux espèces de l’égalité, mais il n’employait jamais deux nota-<lb/>tions différentes.</p>
         <p>4.3. <hi rend="italic">L’emploi d’un nombre infini</hi></p>
         <p>Leibniz souligne souvent dans sa correspondance avec Jean Bernoulli,<lb/>dans les<hi rend="italic"> Nouveaux Essais</hi><note xml:id="ftn30" place="foot" n="30">GM III, 2, p. 535 s.;<hi rend="italic"> Nouveaux essais sur l’entendement humain</hi>, A VI, 6, Berlin 1962,<lb/>p. 157.</note>:</p>
         <p>«Il n’y a point de nombre infini ny de ligne ou autre quantité infinie, si<lb/>on les prend pour des véritables Touts. ... Il est vray qu’il y a une infinité de<lb/>choses, c’est à dire qu’il y en a toujours plus qu’on n’en puisse assigner. L’infi-<lb/>ni véritable c’est l’absolu. ... Un infini ne saurait estre un vrai tout.»</p>
         <p>S’il calcule avec une quantité infinie, cette quantité est infinie, mais ter-<lb/>minée. Je voudrais donner deux exemples :</p>
         <p>
            <figure>
               <graphic url="Pictures/100000000000016000000082F723821A.png"/>
            </figure>a) Il démontre que la somme de la série infinie</p>
         <p>1 + 1/2 + 1/3 + ...</p>
         <p>est une quantité infinie (théorème 45). Il la désigne par 1/0 ou A. Afin de<lb/>démontrer que la somme des nombres triangulaires réciproques est 2, il calcule<lb/>de la manière suivante:</p>
         <p>
            <figure>
               <graphic url="Pictures/1000000000000174000000EC3D88225F.png"/>
            </figure> 
         </p>
         <p>Soit 1 + 1/3 + 1/6 + 1/10 et ainsi de suite = 2B<lb/>
         </p>
         <p>1/2 + 1/6 + 1/12 + 1/20 et ainsi de suite = B (c’est-à-dire il divise la<lb/>série par 2)</p>
         <pb n="51" facs="INF_51.jpg"/><p>= &gt; A - B = 1/2 + 1/3 + 1/4 ... = A - 1</p>
         <p> = &gt; B = 1 = &gt; 2B = 2 = &gt; 1 + 1/3 + 1/6</p>
         <p>Il emploie une fiction utile qui rend possible des résultats apparemment<lb/>corrects. A vrai dire, en termes modernes il fait aussi une différence entre les<lb/>séries convergentes et divergentes. Car il dit qu’on peut démontrer par beau-<lb/>coup d’exemples que les séries dont la longueur est infinie mais la grandeur est<lb/>finie, c’est-à-dire que les séries infinies convergentes sont des vraies quantités.<lb/>Mais on doit constater à l’égard de toutes les séries infinies que nous ne pou-<lb/>vons pas progresser jusqu’à l’infini. La nature d’une série infinie est connue si<lb/>la loi de la progression est claire. L’esprit la parcourt pour ainsi dire dans un<lb/>seul coup (<hi rend="italic">uno ictu</hi>) (théorème 32, scholie).</p>
         <p>Dans la mesure où la nature d’une série divergente est connue, on a le<lb/>droit de calculer avec elle.</p>
         <p>b) Il démontre le théorème suivant (théorème 20):</p>
         <p>
            <figure>
               <graphic url="Pictures/10000000000001EF00000092579573D2.png"/>
            </figure>Soient données trois grandeurs X, Z, V. Que V + Z ait une raison finie à<lb/>V + Z de l’inégalité, c’est-à-dire la raison n’équivaut pas à l’unité:</p>
         <p>(V + X) / (V + Z) ‡ 1</p>
         <list type="unordered">
            <item>
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                           <list type="unordered">
                              <item>
                                 <list type="unordered">
                                    <item><p>(1) Si X, Z sont finies, V sera aussi finie.</p></item>
                                    <item><p>(2) Si X ou Z est infinie, V sera aussi infinie.</p></item>
                                 </list>
                              </item>
                           </list>
                        </item>
                     </list>
                  </item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>La preuve:</p>
         <list type="unordered">
            <item>
               <list type="unordered">
                  <item>
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                        <item>
                           <list type="unordered">
                              <item>
                                 <list type="unordered">
                                    <item>
                                       <list type="unordered">
                                          <item><p>
                                             Soient X et Z finies. Cela implique que V est finie. Preuve: Supposons<lb/>que X et Z soient finies, mais V infinie = &gt; Il s’ensuit de cela: V + X infinie,<lb/>V + Z infinie (c’est-à-dire Leibiz calcule: finie + infinie = infinie)</p></item>
                                       </list>
                                    </item>
                                 </list>
                              </item>
                           </list>
                        </item>
                     </list>
                  </item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>= &gt; Il s’ensuit (V + X) - (V + Z) infinie</p>
         <p>Car si l’on soustrait un infini plus petit d’un infini plus grand qui ont une<lb/>raison finie de l’inégalité le reste est infini. Donc on obtient une contradiction<lb/>parce que (V + X) - (V + Z) = X - Z est finie selon la présuppostion.</p>
         <list type="unordered">
            <item>
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                  <item>
                     <list type="unordered">
                        <item>
                           <list type="unordered">
                              <item>
                                 <list type="unordered">
                                    <item>
                                       <list type="unordered">
                                          <item><p>2) Soient X ou Z infinie. Cela implique que V est infinie. Preuve: Pour-<lb/>vu que Z soit infinie, X finie (sans restriction de la généralité) mais V soit<lb/>finie, on obtient V + X est finie, V + Z est infinie.</p></item>
                                       </list>
                                    </item>
                                 </list>
                              </item>
                           </list>
                        </item>
                     </list>
                  </item>
               </list>
            </item>
         </list>
         <p>Donc il s’ensuit une contradiction parce que V + X a une raison finie à V<lb/>+ Z de l’inégalité d’après la présupposition. Mais ‒ devons-nous constater ‒ la<lb/>raison fini: infini n’est pas finie, elle est infiniment petite. La contradiction<lb/>consiste en le fait que l’infiniment petit n’est pas une quantité finie.</p>
         <p>.</p>
      </body>
   </text>
</TEI>