<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0">
    <teiHeader>
        <fileDesc>
            <titleStmt>
                <title>SÉMANTÈSE D’IDÉE/IDEA CHEZ DESCARTES</title>
                <author><name>Jean-Robert </name>
                    <surname>Armogathe</surname>
                </author>
            </titleStmt>
            <publicationStmt>
                <authority>ILIESI-CNR</authority>
                <availability>
                    <p>Biblioteca digitale Progetto Agora</p>
                </availability>
            </publicationStmt>
            <sourceDesc>
                <bibl>
                    <title level="m">SÉMANTÈSE D’IDÉE/IDEA CHEZ DESCARTES</title>
                    <author>Jean-Robert Armogathe</author>
                    <title level="a"></title>
                    <publisher>Leo S. Olschki Editore</publisher>
                    <editor></editor>
                    <pubPlace>Roma</pubPlace>
                    <idno type="isbn"/>
                    <biblScope>  pp., (Collana Lessico Intellettuale Europeo, LII)</biblScope>
                    <date></date>
                </bibl>
            </sourceDesc>
        </fileDesc>
    </teiHeader>
    <text xml:lang="fr">
       <front>
           <titlePage>
               <docAuthor>Jean-Robert Armogathe</docAuthor>
               <docTitle>
                   <titlePart>SÉMANTÈSE D’<hi rend="italic">IDÉE/IDEA</hi> CHEZ DESCARTES</titlePart>
               </docTitle>
           </titlePage>
       </front>
      <body>
         <pb n="187" facs="IDEA_187.jpg"/>
         <p>L’importance cardinale du mot<hi rend="italic"> idée/idea</hi> chez René Descartes ne nécessite<lb/>pas de démonstration: directement et indirectement (par Locke), Descartes a<lb/>décidé du sens et de l’usage modernes du mot. Il s’agit là d’une notion-clef de<lb/>toute la pensée philosophique moderne, jusqu’à Husserl; la mise en place, dif-<lb/>ficile, contestée, tâtonnante, par Descartes, d’une sémantèse nouvelle du mot a<lb/>entraîné des conséquences décisives pour la métaphysique occidentale: ce ter-<lb/>me grec, si parfaitement latinisé, possédait déjà un lourd héritage philosophi-<lb/>que. Bien qu’il en ait été parfaitement conscient, Descartes décide néanmoins<lb/>de l’utiliser, au point le plus sensible de sa pensée: la théorie de la connaissan-<lb/>ce. Devant les objections de Thomas Hobbes, Descartes fut conduit à montrer<lb/>comment ce choix lexical reflète un glissement doctrinal capital, de la science<lb/>divine à la connaissance humaine.</p>
         <p>Nous ne traiterons pas ici des conséquences de ce glissement, dans l’ex-<lb/>traordinaire «reprise» du débat Arnauld-Malebranche par exemple; nous lais-<lb/>serons aussi de côté les conflits d’interprétation des historiens modernes: cha-<lb/>cun, Hamelin, Brunschvicg, Keeling, Gueroult, Alquié, Kenny … y a lu son<lb/>propre système, sa propre approche de la philosophie. La manière dont est<lb/>comprise la théorie cartésienne des idées permet de classer les historiens<lb/>contemporains, et c’est là sans doute déjà une importante fonction discrimina-<lb/>toire. Mais nous voulons ici, conformément à l’objet de notre rencontre au<lb/><hi rend="italic">Lessico</hi>, nous limiter aux usages du mot sous la plume de Descartes. Il est donc<lb/>essentiel de parcourir le corpus cartésien dans son développement génétique:<lb/>les principaux correspondants de Descartes et ses rivaux intellectuels (Caterus,<lb/>Hobbes, Arnauld, Gassendi,<hi rend="italic"> Hyperaspistes</hi> et même Clerselier) lui ont présenté<lb/>des objections à ce sujet: il convient d’en rappeler les étapes.</p>
         <p>Les premières objections surgissent dès la publication du<hi rend="italic"> Discours de la<lb/>Méthode</hi> (1637); elles ont pour auteur le P. Vatier, jésuite de La Flèche, proba-<lb/>blement porte-parole de son Ordre. Descartes y répond de manière courtoise<lb/>et attentive, promettant d’apporter des éclaircissements. C’est ce qu’il fait dans<lb/>une note marginale rajoutée à cet endroit de la traduction latine du<hi rend="italic"> Discours</hi>, en<lb/><pb n="188" facs="IDEA_188.jpg"/>1644; mais le véritable éclaircissement est constitué dès 1641 par la<hi rend="italic"> Meditatio<lb/>IIIa</hi>.</p>
         <p>C’est autour de ce texte que va tourner le débat dans les<hi rend="italic"> Objectiones</hi>, surtout<lb/>dans les premières (Caterus), troisièmes (Hobbes), quatrièmes (Arnauld) et cin-<lb/>quièmes (Gassendi). Un ami anonyme de Gassendi,<hi rend="italic"> Hyperaspistes</hi>, présente lui<lb/>aussi à ce propos des remarques attentives. Le débat, si important, autour de la<lb/><hi rend="italic">Meditatio IIIa</hi> ne doit pas dissimuler d’autres textes où Descartes utilise<hi rend="italic"> idea</hi> (ou<lb/><hi rend="italic">ideae</hi>): les règles XII et XIV des<hi rend="italic"> Regulae</hi>, les<hi rend="italic"> Principia</hi> (1644), les<hi rend="italic"> Notae in pro-<lb/>gramma</hi> (1647) et l’<hi rend="italic">Entretien avec Burman</hi> (1648) contiennent de précieuses occur-<lb/>rences; le passage du latin au français (<hi rend="italic">Meditationes/Méditations</hi>,<hi rend="italic"> Principia/Principes</hi>)<lb/>ou du français au latin (<hi rend="italic">Discours</hi> &amp; <hi rend="italic">Essais/Specimina</hi>) entraîne d’intéressantes<lb/>variantes; enfin, une lettre à Clerselier, du 23 avril 1649, semble être la der-<lb/>nière explication donnée par Descartes de ce mot qui parcourt toute son<lb/>œuvre. Et qui, dans chaque usage, a rencontré des difficultés de compréhen-<lb/>sion que Descartes a dû s’efforcer de lever.</p>
         <p>Si les définitions successives données par Descartes paraissent confuses,<lb/>voire, pour certains critiques, contradictoires, il ne faut pas perdre de vue leur<lb/>statut: c’est devant les objections de ses lecteurs que Descartes est conduit à<lb/>préciser le sens du mot. Il va donc, à chaque fois, rectifier, préciser, éclaircir<hi rend="italic"> en<lb/>fonction de la position de l’interlocuteur</hi>. Ce statut polémique des explications succes-<lb/>sives mérite d’être gardé à l’esprit: Descartes ne répond pas à Caterus de la<lb/>même manière qu’à Hobbes ou Gassendi; il ne s’agit pas de duplicité, mais<lb/>d’efficacité rhétorique, conformément au genre académique de la<hi rend="italic"> responsio</hi>. En<lb/>second lieu, il est très important de suivre la séquence chronologique des<lb/>occurrences: on rapproche la note marginale latine du<hi rend="italic"> Discours</hi> du texte fran-<lb/>çais de 1637; mais si Descartes ajoute cette note en 1644, c’est parce qu’il a<lb/>entre temps publié les<hi rend="italic"> Meditationes</hi>, et qu’il a été conduit par les<hi rend="italic"> Objectiones</hi> à<lb/>préciser sa pensée à ce sujet. Il faut donc, pour chaque texte de ce volumineux<lb/>dossier, replacer très exactement la citation dans le double contexte, historique<lb/>et rhétorique, de son<hi rend="italic"> Sitz im Leben</hi>.</p>
         <p>Descartes a quarante ans quand paraissent le<hi rend="italic"> Discours</hi> et les<hi rend="italic"> Essais</hi>; on<lb/>savait, depuis le travail de J. Sirven (1928), l’intérêt des «années d’apprentissa-<lb/>ge», où furent exprimées «les premières pensées» de Descartes, pour reprendre<lb/>à M. Henri Gouhier le titre d’une étude modèle: un colloque du Centre d’étu-<lb/>des cartésiennes, paru en 1983 dans les<hi rend="italic"> Archives de Philosophie</hi>, en a définitive-<lb/>ment montré l’importance. Dans les<hi rend="italic"> Regulae</hi> apparaît le premier sens d’<hi rend="italic">idea/idée</hi>,<lb/>en lien avec<hi rend="italic"> figura</hi>: «ad easdem figuras vel ideas» (<hi rend="italic">Reg.</hi> AT X, 414, 17).<lb/>
         </p>
         <pb n= "189"/><p>Dans le traité<hi rend="italic"> de l’Homme</hi>, les idées sont plus nettement encore que dans<lb/>les<hi rend="italic"> Regulae</hi>, des images cérébrales:</p>
         
         <p>[…] entre ces figures, ce ne sont pas celles qui s’impriment dans les organes<lb/>de sens exterieurs, ou dans la superficie interieure du cerueau, mais seulement<lb/>celles qui se tracent dans les esprits sur la superficie de la glande H,<hi rend="italic"> ou est le<lb/>siege de l’imagination, &amp; du sens commun</hi>, qui doiuent estre prises pour les idées, /<lb/>c’est à dire pour les formes ou images que l’ame raisonnable considérera<lb/>immédiatement, lors questant vnie à cette machine elle imaginera ou sentira<lb/>quelque objet (AT XI, 176, 26 – 177, 4; les italiques dans le texte).</p>
         <p>Plusieurs textes vont dans le même sens (voir,<hi rend="italic"> Le Monde</hi> AT XI, 178, 8-<lb/>11): on le retrouve encore dans l’<hi rend="italic">Entretien avec Burman</hi> (AT V, 162, 18): «ideam<lb/>seu potius figuram».</p>
         <p><hi rend="italic">AT tome 10 REGULAE</hi></p>
         <p></p>
         <table rend="frame" xml:id="Table1">
            <row>
               <cell>Idea</cell>
               <cell>Ideam</cell>
               <cell/>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">416,30</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">439,13</hi></cell>
               <cell/>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">417,2</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">444,26</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">415,20</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">441,11</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">419,12</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">445,19</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">416,9</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">455,2</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">439,15</hi></cell>
               <cell>ideae</cell>
               <cell><hi rend="italic">438,20</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">443,2</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">450,11</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">443,13</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">444,12</hi></cell>
               <cell>ideas</cell>
               <cell><hi rend="italic">444,3</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">444,21</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">376,19</hi></cell>
               <cell>ideis</cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">444,27</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">414,17</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">417,6</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
         </table>
         <p>Deux remarques sur ce premier sens d’<hi rend="italic">idea/idée </hi>:</p>
         <list type="unordered">
            <item><p>a) on relève dans le voisinage des occurrences d’<hi rend="italic">imagination/phantasia</hi>;</p></item>
            <item><p>b)Descartes retrouve ici l’usage contemporain du mot, chez Rabelais,<lb/>Montaigne ou Pierre de l’Ancre. J.-L. Marion a montré la dette de Descartes,<lb/>dans cet usage, envers la tradition de l’Ecole (à rapprocher du<hi rend="italic"> De Anima</hi><lb/>d’Aristote II, 12, mais aussi de saint Augustin).</p></item>
         </list>
         <p>Le<hi rend="italic"> Discours</hi> et la<hi rend="italic"> Dioptrique</hi> contiennent un premier glissement, qui justifie,<lb/>une nouvelle fois, l’affirmation de l’originalité métaphysique des textes publiés<lb/>en 1637. En effet,<hi rend="italic"> figure</hi> n’apparaît plus dans le contexte d’<hi rend="italic">idée</hi>. <hi rend="italic">Figure</hi> garde<lb/>néanmoins un sens mathématique lié à l’imagination, et il y aurait lieu d’être<lb/>attentif à son usage, à côté du sens actuel, dans des expressions comme «la<lb/>figure de cette ligne» (<hi rend="italic">Géométrie</hi> AT VI, 430, 20), ainsi que de son usage dans<lb/>la<hi rend="italic"> Dioptrique</hi> (111 occurrences du lemme FIGURE).</p>
         <p>Le contexte d’<hi rend="italic">idée</hi> n’est plus cérébral, mais reste strictement mental: le<lb/>mot équivaut à «sentiments» ou «notions». Pour la traduction latine de 1644,<lb/><hi rend="italic">opinio</hi> et<hi rend="italic"> notio</hi> apparaissent à côté d’<hi rend="italic">idea</hi>; le traducteur intervient même, jusqu’à<lb/><pb n="190" facs="IDEA_190.jpg"/>rajouter, dans le passage délicat où il est question de «l’idée d’un estre plus<lb/>parfait que le mien», c’est-à-dire la preuve de Dieu: «de cogitatione, siue Idea<lb/>naturae quae perfectior erat quam mea». Mais cette intervention, probable-<lb/>ment contrôlée par Descartes, ainsi que l’addition d’une note marginale dans<lb/>la traduction latine, sont postérieures aux débats soulevés par les<hi rend="italic"> Meditationes</hi> et <lb/>en illustrent les conséquences théoriques.</p>
         <table rend="frame" xml:id="Table2">
            <row>
               <cell>DISCOURS DE LA METHODE 1637</cell>
               <cell>DE METHODO 1644</cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">AT tome 6</hi></cell>
               <cell>idée</cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">14, 31</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">548, 03</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">en idée</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">meditantur</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">34, 13</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">559, 29</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">l’idée d’un estre plus parfait que le mien</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">de cogitatione, siue Idea naturae quae perfectior<lb/>erat quam mea </hi>[note marginale]</cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">34, 23</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">559, 35</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">les perfections dont je pouvais avoir quelque idée</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">perfections, quarum Ideam aliquam in me habe-<lb/>rem</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">35, 10</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">560, 09</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">toutes les choses, dont je trouvais en moi quelque<lb/>idée</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">res omnes, quarum Ideas aliquas</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">36, 22</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">561, 03</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">revenant à examiner l’idée d’un Estre parfait<lb/>... celle d’un Triangle<lb/>... celle d’une sphère</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">ad Ideam entis perfecti<lb/>... in Idea trianguli<lb/>... in Idea circuli</hi> [!]</cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">39, 14</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">561, 24</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">quelque idée fort distincte</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">ideam aliquam ualde distinctam</hi></cell>
            </row>
         </table>
         <p>idées</p>
         <table rend="frame" xml:id="Table3">
            <row>
               <cell><hi rend="italic">35, 18</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic"><anchor type="bookmark-start" xml:id="id_bookmark1"/>560, 15<anchor type="bookmark-end" corresp="#id_bookmark1"/></hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">j’avais des idées de plusieurs choses sensibles <lb/>&amp; corporelles</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">multarum rerum sensibilium &amp; corporearum<lb/>Ideas habebam</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">35, 21</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">560, 17</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">je ne pouuois nier toutefois que les idées n'en<lb/>fussent véritablement en ma pensée</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">negare tamen non poteram Ideas illas in men-<lb/>te mea reuera existere</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">37, 14</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">561, 19</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">les idées de Dieu &amp; de l'âme</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">Ideas Dei &amp; animae rationalis</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">38, 21</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">562, 08</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">nos idées ou notions</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">Ideas nostras, siue notiones</hi></cell>
            </row>
         </table>
        <pb n= "191"/><table rend="frame" xml:id="Table4">
            <row>
               <cell><hi rend="italic">39, 06</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">562, 19</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">pour claires et distinctes que fussent nos <lb/>idées</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">quantumuis clarae &amp; distinctae essent Ideae<lb/> nostrae</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">39, 21</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">562, 31</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">la vérité de telles idées</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">eiusmodi ideis ...</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">40, 09</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">563, 04</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">toutes nos idées ou notions</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">nostras Ideas siue notiones</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">55, 17</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">571, 10</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">imprimer diuerses idées</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">diuersas imprimere ideas</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">55, 20</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">571, 12</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">pour le sens commun, où ces idées sont reçues</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">in quo ideae istae recipiuntur</hi></cell>
            </row>
         </table>
         <table rend="frame" xml:id="Table5">
            <row>
               <cell>AT tome 6 DIOPTRIQUE 1637</cell>
               <cell>DIOPTRIC A 1644</cell>
            </row>
            <row>
               <cell cols="2">idée</cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">144, 16</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">recevoir en soy l’idée d’une distance</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">ideam distantiae</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">210, 16</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">de l’idée ou du sentiment qu’on a de l’obscu-<lb/>rité</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">ideam uel opinionem quam . . . concepimus</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell cols="2">idées</cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">85, 18</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">aux idées ou aux sentiments que nous en<lb/>avons</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">ideis quas ... mente formamus</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">85, 23</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">aux idées qu’il en conçoit</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">ideis quas animo apprehendit</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">131, 08</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">les idées qu’elle conçoit</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">ideas quas percipit</hi></cell>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">131, 10</hi></cell>
               <cell/>
            </row>
            <row>
               <cell><hi rend="italic">les mouvements qui causent ces idées</hi></cell>
               <cell><hi rend="italic">qui earum sunt causae</hi></cell>
            </row>
         </table>
         <p>Dans les<hi rend="italic"> Meditationes</hi>, le mot n’apparaît qu’à partir de la<hi rend="italic"> Meditatio IIIa</hi>, où<lb/>son usage est abondant, au singulier comme au pluriel. La première occurren-<lb/><pb n="192" facs="IDEA_192.jpg"/>ce balise le glissement (pluriel), de<hi rend="italic"> figurae</hi> à<hi rend="italic"> notiones</hi>, puis à<hi rend="italic"> cogitationes</hi>: «ideae,<lb/>siue cogitationes» (AT VII, 35, l. 26).</p>
         <p>L’ordre n’est pas indifférent: dans les<hi rend="italic"> Regulae</hi>, <hi rend="italic">ideae</hi> vient préciser<hi rend="italic"> figurae</hi>;<lb/>ici, dans la<hi rend="italic"> Meditatio IIIa</hi>, Descartes s’est approprié le mot<hi rend="italic"> ideae</hi>, qu’il propose en<lb/>premier lieu, quitte à joindre, comme synonyme,<hi rend="italic"> cogitationes</hi>.</p>
         <p>Mais le texte, si complexe, des<hi rend="italic"> Meditationes</hi> ne se limite pas à cette équiva-<lb/>lence, et dans la démarche à laquelle Descartes invite son lecteur, le parcours<lb/>sémantique d’<hi rend="italic">idea/idée</hi> est important. Il ne se déroule pas sans hésitation, d’ail-<lb/>leurs, et retouches entre le latin et le français. Cela n’échappera pas aux lec-<lb/>teurs attentifs, dont les objections, vont contraindre Descartes à amplifier le<lb/>contexte lexical, et le mot<hi rend="italic"> idea/idée</hi> va recevoir de nouvelles définitions : l’angle<lb/>d’objection variant avec chaque interlocuteur, les réponses que Descartes est<lb/>amené à faire à Caterus, Mersenne, Hobbes, Arnauld, Gassendi complètent,<lb/>sur tous les fronts, la définition d’<hi rend="italic">idea/idée</hi>. Il convient, là encore, de garder à<lb/>l’esprit que la traduction française des<hi rend="italic"> Meditationes</hi> ne fut revue par Descartes<lb/>qu’en 1645: elle porte trace de cette amplification.</p>
         <p>Si le<hi rend="italic"> cogito</hi>, en effet, a conduit à penser, il faut ensuite préciser la distinc-<lb/>tion des pensées. Les<hi rend="italic"> idées</hi> vont apparaître comme les formes de la pensée.<lb/>Descartes hésite, attribuant d’abord à l’idée tout le contenu de la pensée: «par<lb/>le mot<hi rend="italic"> Idea</hi>, ientens tout ce qui peut estre en nostre pensée...» (à Mersenne,<lb/>16 juin 1641, AT III, 383, l. 2). «le n’appelle pas simplement du nom d’idée<lb/>les images qui sont dépeintes en la fantaisie» (à Mersenne, juillet 1641, AT III,<lb/>392, l. 24).</p>
         <p>Dans la<hi rend="italic"> Meditatio IIIa</hi>, il va diviser toutes les pensées en genres, distin-<lb/>guant les idées proprement dites,<hi rend="italic"> tanquam rerum imagines</hi>, et celles qui ont «alias<lb/>quasdam praeterea formas». Les idées proprement dites, «si solae in se spec-<lb/>tentur nec ad aliud quid illas referam», ne peuvent pas être fausses, puisqu’el-<lb/>les ressortissent à l’imagination. Il s’agit là de ce qu’on appelait «réalité for-<lb/>melle», expression dont Descartes va user dans les discussions. Les autres pen-<lb/>sées, en revanche, sont soit des «affections ou volontés» (le latin dit «in ipsa<lb/>voluntate vel affectibus»), soit des jugements: par rapport au désir qui les por-<lb/>te, celles-là ne peuvent être que vraies. Mais ceux-ci sont susceptibles d’erreur:<lb/>il s’agit de «réalité objective». Tenues pour «cogitationis meae quidam modi»<lb/>(fr.: «certains modes ou façons de ma pensée»), les idées «vix mihi ullam<lb/>errandi materiam dare possent»; Descartes explique ailleurs la restriction<lb/>«vix».</p>
         <p>Descartes reprend plus loin l’expression: «talem esse naturam ideae, ut<lb/>nullam aliam ex se realitatem formalem exigat, praeter illam quam mutuatur a<lb/>cogitatione mea, cujus est modus» (AT VII, 41).</p>
         <p>La traduction française apportera, ici encore, des précisions de vocabulai-<lb/>re. Dans cette<hi rend="italic"> Meditatio IIIa</hi>, en effet, Descartes est contraint de recourir à la<lb/><pb n="193" facs="IDEA_193.jpg"/>terminologie de l’École: «realitas objectiva», «causa efficiens et totalis», «reali-<lb/>tas actualis sive formalis»... Le passage au français permettra de compléter,<lb/>par synonymie, le vocabulaire technique de la philosophie.</p>
         <p>Les idées qui représentent des substances, dit Descartes, «majus aliquid<lb/>sunt atque, ut ita loquar [ce qui marque le glissement sémantique], plus realita-<lb/>tis objectivae in se continent quam illae quae tantum modos, sive accidentia<lb/>repraesentant» (40); la traduction française développera par une périphrase:</p>
         <p>celles qui me représentent des substances, / sont sans doute quelque chose de<lb/>plus, &amp; contiennent en soi (pour ainsi parler) plus de réalité objective, c’est à<lb/>dire participent par representation à plus de degrez d’estre ou de perfection,<lb/>que celles qui me representent seulement des modes ou accidens (AT IX-1,<lb/>31-32).</p>
         <p>Après avoir distingué entre les idées innées, les idées adventices et les<lb/>idées factices, Descartes semble oublier ce dénombrement: en effet, il poursuit<lb/>sa méditation vers Dieu: «sola restat idea Dei» (AT 7, 45, l. 9).</p>
         <p>Si les<hi rend="italic"> imagines</hi> (que l’on écarte) commencent cette méditation, voici que<lb/>les «idées ou pensées» sont, à leur tour, réduites à une seule: l’idée de Dieu.<lb/>Cette idée est à la fois fort claire et distincte et elle contient plus de réalité<lb/>objective qu’aucune autre; c’est l’idée d’un être souverainement parfait. Ni la<lb/>nature ni la culture n’ont pu me la donner: il faut donc que Dieu soit.</p>
         <p>C’est donc autour de la nature et du contenu d’<hi rend="italic">idea</hi> que va se jouer toute<lb/>la crédibilité des<hi rend="italic"> Meditationes</hi>. Dès les premiers lecteurs, cela devient clair. Mais<lb/>leur personnalité et leurs propres convictions vont déterminer «l’angle d’objec-<lb/>tion», choisissant le terrain où Descartes va devoir s’avancer.</p>
         <p>Dès avril 1640, Descartes avait communiqué une copie manuscrite des<lb/><hi rend="italic">Meditationes</hi> a ses amis d’Utrecht, Regius (Henri le Roy, 1598-1679) et Antonius<lb/>Aemilius (Baillet II, 103); leur première objection porta sur l’origine de l’idée<lb/>de Dieu, qu’ils prennent pour une idée dérivée, à partir de nos propres quali-<lb/>tés. On sait que dans son<hi rend="italic"> Programma</hi> de 1647, s’étant brouillé avec Descartes,<lb/>Regius reprit, avec vigueur, cette affirmation. Descartes semble bien admettre<lb/>cela, donnant à l’idée de Dieu, en quelque sorte, un contenu<hi rend="italic"> a posteriori</hi>. Mais il<lb/>soutient que le passage du caractère fini de nos expériences à l’infinité de<lb/>l’idée de Dieu est impossible. Sous diverses formes, c’est l’affirmation qu’il va<lb/>maintenir contre les critiques ultérieures.</p>
         <p>L’abbé Caterus, d’Alkmaar, avait, par l’intermédiaire de ses confrères<lb/>Bannius et Bloemaert, présenté des objections, publiées comme les premières.<lb/>L’essentiel de son intervention critique est contenu dans une question: «quam<lb/>enim, quaeso, causam idea requirit? Aut fare quid idea sit» (AT VII, 92).</p>
         <p>Caterus représente le point de vue scolastique, parfois confondu avec le<lb/><pb n="194" facs="IDEA_194.jpg"/>thomisme (mais une analyse plus fine, comme celle de Timothy J. Cronin,<lb/>montre que Caterus est très au fait de l’actualité théologique): «realitas objecti-<lb/>va pura denominatio est, actu non est» (AT VII, 92, l. 26-27).</p>
         <p>Il ne nie pas l’existence d’idées dans notre entendement; mais l’idée ne<lb/>peut pas avoir de cause, puisqu’elle n’a pas d’existence actuelle: «cogitari, aut<lb/>objective esse in intellectu, est mentis cogitationem in se sistere et terminare»<lb/>(<hi rend="italic">ibid.</hi>).</p>
         <p>Descartes va répondre avec beaucoup de soin à ces objections, faisant<lb/>preuve d’une grande considération pour Caterus: en face de lui, en effet, il<lb/>reconnaît ce que la pensée scolastique avait de meilleur, et il saisit l’occasion<lb/>de cerner, par ses réponses, ce qu’il y apportait de neuf et d’original. Dans la<lb/><hi rend="italic">Praefatio ad lectorem</hi> des<hi rend="italic"> Meditationes</hi>, Descartes avait relevé la question d’<hi rend="italic">idea/idée</hi><lb/>comme l’une des deux objections valides au<hi rend="italic"> Discours</hi>. Il a remarqué l’équivo-<lb/>que: «hic subesse aequivocationem in voce ideae», et il distingue le sens maté-<lb/>riel du sens objectif, «pro re per istam operationem repraesentata» (AT VII, 8,<lb/>l. 19 sv.). Cette équivoque demeure, et résiste, à travers les réponses à Caterus:<lb/>«verba plane aliter quam a me dicantur, fingit a se intelligi, ut occasionem det<lb/>illa clarius explicandi» (p. 102: on ne saurait indiquer plus clairement l’intérêt<lb/>de notre enquête lexicologique!).</p>
         <p>En quelques lignes, tout se joue: «me autem loqui de idea, quae nunquam<lb/>est extra intellectum &amp; ratione cuius<hi rend="italic"> esse objective</hi> non aliud significat quam esse<lb/>in intellectu eo modo quo objecta in illo esse solent» (<hi rend="italic">ibid.</hi>).</p>
         <p><hi rend="italic">Esse solent</hi>: trois fois, en quinze lignes, Descartes emploie cette expression<lb/>redoutablement ambiguë: qu’entend-il par<hi rend="italic"> esse solent</hi>? Et a-t-il volontairement<lb/>redoublé l’équivoque? Pour Caterus, les objets sont dans l’entendement com-<lb/>me<hi rend="italic"> species</hi>: c’est l’usage commun du mot dans la scolastique latine, qui ne<lb/>désigne pas des<hi rend="italic"> images</hi> et qui ne sont en rien distinctes de l’objet, qui sont<lb/>l’objet lui-même en tant qu’il exerce une action sur un sujet. Les<hi rend="italic"> species</hi> ont<lb/>bien effectivement une<hi rend="italic"> réalité matérielle</hi>. Nous voyons ici ce que Ferdinand<lb/>Alquié l’a justement noté: «Descartes parle le langage scolastique en donnant<lb/>à ses formules un sens nouveau. Caterus ne peut donc pas le comprendre, et<lb/>Descartes, semble, à son tour, comprendre mal ce que Caterus lui objecte»<lb/> (<hi rend="italic">Oeuvres</hi> t. 2, 521).</p>
         <p>Descartes semble d’ailleurs conscient des difficultés: il recourt à la clause<lb/>«ita si» pour introduire une comparaison, celle de «l’idée de quelque machine<lb/>fort artificielle» («si quis habeat in intellectu ideam alicujus machinae summo<lb/>artificio excogitatae»). Descartes souligne, dans la<hi rend="italic"> Synopsis</hi>, l’intérêt de cette<lb/>comparaison (VII, 14), qu’il reprend dans les<hi rend="italic"> Secondes Réponses</hi> (VII, 134) et<lb/>dans les<hi rend="italic"> Principia</hi> (I, 17, AT VIII-1, p. 11).</p>
         <p>L’idée d’une machine très ingénieuse et toute nouvelle doit avoir quelque<lb/>cause «dans l’esprit de quelque ouvrier»: «nempe scientiam hujus artificis, vel<lb/><pb n="195" facs="IDEA_195.jpg"/>alicuius alterius a quo illam accepit». Il en va de même pour Dieu, et à défaut<lb/>d’en avoir tiré l’existence de nous-mêmes, ou de l’avoir reçue par la culture,<lb/>c’est bien de lui, et de lui seul, que nous le tenons.</p>
         <p>Si la<hi rend="italic"> prévention</hi> semble marquer à Descartes les difficultés soulevées par<lb/>Caterus, c’est de<hi rend="italic"> précipitation</hi> qu’il accuse les auteurs des<hi rend="italic"> Objectiones Secundae</hi>; il<lb/>écrit à Huygens: «ceux qui les ont faites font paroistre [...] qu’ils se sont has-<lb/>tés, car elles ne contienent quasi que des choses dont ils eussent pû trouver les<lb/>solutions en ce que l’ay escrit, s’ils eussent pris la peine d’y remarquer tout»<lb/>(III, 766, l. 8-11).</p>
         <p>Bien qu’il explique à Huygens ne pas vouloir souligner dans sa réponse la<lb/>précipitation des auteurs, il ne manque pas de le faire, surtout pour le point<lb/>deux, sur l’idée de Dieu. C’est au nom de la clarté et de l’évidence, dans une<lb/>lecture méditative de son texte, qu’il impose la nécessaire conclusion de la<lb/>présence de l’idée à l’existence de Dieu: «clarum fiet iis qui satis attendent &amp;<lb/>diu mecum meditabuntur» (VII, 135).</p>
         <p>Il est aussi conduit à écarter de l’idée de Dieu toute image: «neque enim<lb/>ego istam ideam puto esse ejusdem naturae cum imaginibus rerum materialium<lb/>in phantasia depictis, sed esse id tantum quod intellectu sive apprehendente,<lb/>sive judicante, sive ratiocinante percipimus» (VII, 139).</p>
         <p>L’idée de Dieu possédé alors un statut particulier, qui entraîne toutes les<lb/>idées dans la direction du mental pur; la difficulté de la démarche cartésienne<lb/>réside bien en cela, que plusieurs contradicteurs releveront: Descartes parle<lb/>des idées, de leur place et de leur rôle dans l’entendement, puis il passe de ces<lb/>remarques à la seule et particulière idée de Dieu. Mais le même mot,<hi rend="italic"> idea/idée</hi>,<lb/>peut-il s’appliquer à Dieu comme aux autres<hi rend="italic"> choses</hi>? On peut ici se demander si<lb/>le choix volontaire et réfléchi du mot<hi rend="italic"> Idea</hi> n’a pas été gouverné, au départ, par<lb/>le souci d’en arriver là. Descartes a retenu un mot qui puisse s’appliquer suc-<lb/>cessivement aux objects mentaux de toute nature, puis à Dieu même.<hi rend="italic"> Species</hi> ne<lb/>pouvait pas lui convenir, car il entraînait le sens d’<hi rend="italic">image</hi>, peu acceptable pour<lb/>les volontés et jugements, impossible pour les «notions communes», dangereux<lb/>pour Dieu.<hi rend="italic"> Idea</hi>, transposé et transformé, était bien comme il le dit à Hobbes,<lb/>«le mot le plus apte» à son dessein.</p>
         <p>L’intérêt supplémentaire des<hi rend="italic"> Secondes Obiections</hi> aura été de conduire Des-<lb/>cartes a disposer<hi rend="italic"> more geometrico</hi> son raisonnement ‒ ce qui est aux antipodes<lb/>du chemin des<hi rend="italic"> Méditations</hi>. Il commence par des définitions, dont celle<lb/>d’<hi rend="italic">idea/idée</hi>: l’adjectif «quaelibet [cogitatio]» donne bien la clef du dessein initial<lb/>dont nous venons de parler:</p>
         <p><hi rend="italic">ideae</hi> nomine intelligo cujuslibet cogitationis formam illam, per cujus<lb/>immediatam perceptionem ipsius ejusdem cogitationis conscius sum: adeo ut<lb/>nihil possim verbis exprimere, intelligendo id quod dico, quin ex hoc ipso cer-<lb/>tum fit, in me esse ideam ejus quod verbis illis significatur. Atque ita non solas<lb/><pb n="196" facs="IDEA_196.jpg"/>imagines in phantasia depictas ideas voco; imo ipsas hic nullo modo voco<lb/>ideas, quatenus sunt in phantasia corporea, hoc est in parte aliqua cerebri<lb/>depictae, sed tantum quatenus mentem ipsam in illam cerebri partem conver-<lb/>sam informant (AT VII, 160-161).</p>
         <p>Ainsi<hi rend="italic"> idea/idée</hi> désigne tout le contenu mental, au delà de la seule<hi rend="italic"> représen-<lb/>tation</hi> figurée. Dans une lettre à Mersenne (16 juin 1641), Descartes le dit tout<lb/>aussi nettement: «par le mot<hi rend="italic"> Idea</hi>, j’entends tout ce qui peut estre en nostre<lb/>pensée» (III, 383).</p>
         <p>Cette lettre a été provoquée par la première partie des objections de l’ano-<lb/>nyme<hi rend="italic"> Hyperaspistes</hi>, sur lequel nous reviendrons. Entre temps, Descartes avait<lb/>répondu à d’autres objections: celles de Hobbes, d’Arnauld et de Gassendi.</p>
         <p>A la critique nominaliste de Hobbes, refusant à l’esprit toute image ou<lb/>idée, Descartes répond en accentuant de façon totale le caractère mental des<lb/>idées: non seulement des choses, mais aussi des sentiments et des volontés,<lb/>puisque j’en ai la perception:</p>
         <p>hic nomine ideae vult tantum intelligi imagines rerum materialium in phanta-<lb/>sia corporea depictas [...]. Atqui ego passim ubique, ac praecipue hoc ipso in<lb/>loco, ostendo me nomen ideae sumere pro omni eo quod immediate a mente<lb/>percipitur, adeo ut, cum volo &amp; timeo, quia simul percipio me velle &amp; timere,<lb/>ipsa volitio &amp; timor inter ideas a me numerentur (AT VII, 181).</p>
         <p>Cette extension du mot à toutes les opérations mentales était nécessaire<lb/>en face de Hobbes; si Descartes, devant Caterus, avait à sauver sa preuve de<lb/>Dieu, c’est toute sa théorie de la connaissance, et le fondement même de sa<lb/>démarche, qui sont menacés. Il ne s’ agit pas moins de quelque chose de nou-<lb/>veau, puisque Descartes avait antérieurement pris soin de distinguer dans la<lb/><hi rend="italic">Meditatio IIIa</hi> entre les idées proprement dites, «tanquam rerum imagines», et<lb/>les idées de volontés et de jugements, «[quae] alias quasdam praeterea formas<lb/>habent» (VII, 37). Il se rend bien compte de ce que cette généralisation<lb/>contient d’inattendu, et il s’empresse d’en donner raison: «ususque sum hoc<lb/>nomine, quia iam tritum erat a Philosophis ad formas perceptionum mentis<lb/>divinae significandas, quamvis nullam in Deo phantasiam agnoscamus; &amp; nul-<lb/>lum aptius habebam» (<hi rend="italic">ibid.</hi>).</p>
         <p>Trois remarques s’imposent ici: d’abord, en ne distinguant pas la connais-<lb/>sance par idée de la connaissance par sentiment (ce que Malebranche fera),<lb/>Descartes ouvre le champ du grand débat «des vraies et des fausses idées»;<lb/>pour lui, il l’écrira dans les<hi rend="italic"> Principia</hi> (I, 66 et 68, AT VIII-1, p. 32), les senti-<lb/>ments sont bien nettement «objets» d’idées. En second lieu, qui sont les<hi rend="italic"> Philo-<lb/>sophi</hi>? Mentionnons simplement le débat soulevé par Goclenius dans le<hi rend="italic"> Lexicon<lb/>philosophicum</hi> de 1613 (p. 209):</p>
         <pb n="197" facs="IDEA_197.jpg"/><p>esse ideale, ut loquuntur Barbari Scholastici, est esse alicuius in mente secun-<lb/>dum speciem, in qua ut objecto principio, res cognoscitur. Opponitur ei esse<lb/>reale, seu esse formaliter, ut cum quidam falso, dicunt, creaturas, secundum<lb/>esse reale (id est, secundum suam existentiam, seu secundum proprium et par-<lb/>ticulare ipsarum esse) ab aeterno ea extitisse Deo. Hoc contra uerum: omnes<lb/>res Deus habet in sua natura divina...</p>
         <p>Le débat mériterait un long éclaircissement. Enfin, en troisième lieu,<lb/>Descartes pose bien le transfert épistémologique de Dieu à l’homme; les idées,<lb/>qui appartiennent, dans l’École, à la sphère de l’entendement divin, sont les<lb/>plus aptes à rendre compte de la connaissance humaine. Nous y reviendrons<lb/>en conclusion.</p>
         <p>Descartes se plaint ensuite, comme il le fait souvent, d’être mal compris<lb/>(«ad meum sensum», «qui mea verba malunt aliter quam ego intelligere»).<lb/>L’idée apparaît donc ici comme la forme, dans l’entendement humain, de tou-<lb/>te pensée: la «réalité objective» semble se confondre avec la «réalité formelle».<lb/>Pourtant, Descartes sait maintenir la différence, du moins pour l’idée de Dieu:<lb/>dans une lettre a Regius (juin 1642, AT III, 566-567), il distingue l’essence de<lb/>l’idée (c’est-à-dire sa réalité matérielle) de la réalité objective, qui est celle de<lb/>son contenu représentatif. Entre temps, Descartes avait dû répondre à une<lb/>série d’objections proposées par le plus remarquable de ses critiques, le jeune<lb/>Antoine Arnauld, âgé de vingt-huit ans. Son jugement importait d’autant plus<lb/>à Descartes qu’il y voyait un «docteur de Sorbonne», à l’avenir prometteur.<lb/>On pourrait dire qu’Arnauld raisonne en cartésien, et que ses remarques et<lb/>objections proviennent d’une orthodoxie cartésienne plus fidèle et rigoureuse<lb/>que Descartes n’en use lui-même. Descartes va définir l’idée comme une for-<lb/>me sans matière: «cum ipsae ideae sint formae quaedam, nec ex materia ulla<lb/>componantur, quoties considerantur quatenus aliquid repraesentant, non<hi rend="italic"> mate-<lb/>rialiter</hi>, sed<hi rend="italic"> formaliter</hi> sumuntur» (VII, 232).</p>
         <p>Il faut bien observer ici le glissement de vocabulaire depuis la<hi rend="italic"> Meditatio<lb/>IIIa</hi>. La<hi rend="italic"> realitas formalis</hi> (VII, 41, l. 18) est réalité d’une chose: l’idée est alors<lb/>traitée comme une chose; la réalité formelle de l’idée, mode de la pensée, se<lb/>confond alors avec sa réalité matérielle. Dans les<hi rend="italic"> Quatrièmes Réponses</hi>, au<lb/>contraire, les idées diffèrent<hi rend="italic"> formaliter</hi>: prendre une idée<hi rend="italic"> formellement</hi> s’oppose à<lb/>sa considération matérielle, il s’agit de prendre l’idée dans sa réalité objective.<lb/>Le glissement apporte quelque confusion (aggravée p. 232 l. 24 par une occur-<lb/>rence malheureuse de «materia erroris»: l’idée peut être matériellement fausse<lb/>en deux sens, qui ne sont pas identiques, quand on la considère matérielle-<lb/>ment ou quand elle donne «matière à erreur»). C’est en tant qu’elles représen-<lb/>tent quelque chose que les idées sont prises formellement; tandis que si on ne<lb/>les considère que comme des modes de l’esprit, elles sont prises matérielle-<lb/><pb n="198" facs="IDEA_198.jpg"/>ment. La discussion avec Arnauld entraîne Descartes, mais il reste cohérent<lb/>avec la<hi rend="italic"> Praefatio</hi> des<hi rend="italic"> Meditationes</hi> (VII, 8):</p>
         <p>sumi potest [idea] vel materialiter, pro operatione intellectus, quo sensu me<lb/>perfectior dici nequit, vel objective, pro re per istam operationem repraesenta-<lb/>tâ, quae res, etsi non supponatur extra intellectum existere, potest tamen me<lb/>esse perfectior ratione suae essentiae.</p>
         <p>Les idées ne sont plus toutes les pensées: elles deviennent les formes d’in-<lb/>dividuation des pensées, ce qui spécifie dans ma pensée, la pensée de ceci ou<lb/>celle de cela; Descartes le répétera dans les<hi rend="italic"> Notae in programma</hi> de 1647 (VIII-2,<lb/>357): «ideas, sive notiones, quae sunt istarum cogitationum formae». Dans ses<lb/>réponses aux<hi rend="italic"> Objectiones Quintae</hi> œuvre de Pierre Gassendi, Descartes n’ajoute<lb/>rien à ce qu’il a répondu à Hobbes. Gassendi, dans le<hi rend="italic"> Syntagma</hi>, explique qu’il<lb/>utilise le mot<hi rend="italic"> idea</hi> pour se conformer à l’usage, mais il propose comme synony-<lb/>mes<hi rend="italic"> species</hi>, <hi rend="italic">notio</hi>, <hi rend="italic">praenotio</hi>, <hi rend="italic">anticipatio</hi>, <hi rend="italic">conceptus</hi>, <hi rend="italic">phantasma</hi> (<hi rend="italic">De simplici rerum imagina-<lb/>tione</hi>, éd. Lyon 1658, I, 92a-b). Il utilise d’ailleurs<hi rend="italic"> species</hi>, dans ses<hi rend="italic"> Objectiones</hi>,<lb/>plus souvent qu’<hi rend="italic">idea</hi>, refusant ainsi d’entériner le néologisme sémantique de<lb/>Descartes.</p>
         <p>Descartes, devant une aussi radicale position, doit affirmer la réalité<lb/>objective de l’idée: «idea repraesentat rei essentiam» (VII, 371). Et il distingue<lb/>bien à ce propos sa position de celle de Gassendi: «tu nomen ideae ad solas<lb/>imagines in phantasia depictas restringis [i. e., aux<hi rend="italic"> species</hi> ‒ J.-R. A.], ego vero<lb/>ad id omne quod cogitatur, extendo» (VII, 366).</p>
         <p>Les<hi rend="italic"> Sixièmes Obiections</hi> donnent l’occasion à Descartes d’envisager l’idée de<lb/>mon propre esprit, différente des «ideae, sive notiones» (VII, 440 l. 14) des<lb/>autres choses; outre l’idée de Dieu, l’idée de mon esprit est donc particulière,<lb/>et toute distincte et éloignée de celle des corps.</p>
         <p>Un premier objecteur, en juin 1641, avait posé des questions sur le sens<lb/>d’<hi rend="italic">Idea</hi> (AT III, 382); Descartes répond, par l’intermédiaire de Mersenne: «j’ap-<lb/>pelle généralement du nom d’idee tout ce qui est dans notre esprit, lors que<lb/>nous concevons une chose, de quelque manière que nous la concevions» (AT<lb/>III, 392-393). En ce même mois de juillet 1641, un autre correspondant<lb/>envoie à Mersenne des remarques sur les réponses apportées par Descartes aux<lb/>objections de Gassendi, réponses envoyées le 23 juin. Descartes désigne l’au-<lb/>teur de ces remarques comme<hi rend="italic"> Hyperaspistes</hi>. Parmi les objections présentées, la<lb/>neuvième (AT III, 407) porte sur l’idée de Dieu, la douzième sur celle de<lb/>triangle. Descartes est amené, en réponse, à préciser ce qu’il entend par innéi-<lb/>té de l’idée de Dieu: «quamvis non dubitem quin omnes ideam Dei, saltem<lb/><pb n="199" facs="IDEA_199.jpg"/>implicitam, hoc est aptitudinem ad ipsam explicite percipiendam, in se ha-<lb/>beant...» (III, 430).</p>
         <p>Même s’ils lisent mille fois les<hi rend="italic"> Meditationes</hi>, ils ne comprendront pas pour<lb/>autant cette idée. Descartes est encore ici contraint de soutenir une définition<lb/>large de l’idée, pour préserver cette innéité de l’idée de Dieu qui lui est indis-<lb/>pensable.</p>
         <p>La longue discussion autour des<hi rend="italic"> Meditationes</hi> a concédé une place impor-<lb/>tante au mot<hi rend="italic"> idea</hi>; au terme des réponses que Descartes a apportées,<hi rend="italic"> idea</hi> est à<lb/>la fois étendue au contenu de toutes les opérations de l’esprit et dotée d’une<lb/>réalité objective où l’on distingue deux idées très particulières, celle de Dieu et<lb/>celle de mon esprit. L’importante lettre au P. Gibieuf du 19 janvier 1642 per-<lb/>met de mesurer l’écart entre Descartes et la tradition: l’<hi rend="italic">abstractio intellectus</hi> dont<lb/>il entretient son correspondant n’est pas l’opération classique de la théorie de<lb/>la connaissance, telle qu’on la trouve chez Aristote et saint Thomas, mais un<lb/>découpage mental, à partir de l’idée de la chose: Descartes peut bien ensuite<lb/>critiquer comme source d’erreur cette<hi rend="italic"> abstractio</hi> qu’il a étrangement défigurée.<lb/>En revanche, cela lui permet d’affirmer que j’ai une idée complète de la subs-<lb/>tance qui pense, puisqu’elle n’est pas obtenue par la réduction d’une autre<lb/>idée. Descartes affirme pourtant: «je ne nie pas pour cela qu’il ne puisse y<lb/>avoir dans l’âme ou dans le corps plusieurs propriétés dont je n’ay aucunes<lb/>idées» (III, 478).</p>
         <p>Les idées qui, pour moi, sont complètes, n’épuisent pas pour autant<lb/>nécessairement la réalité de la chose. Les idées sont du «tissu mental», elles ne<lb/>sont que cela et n’empiètent pas sur l’arrière-fond ontologique de la substan-<lb/>ce.</p>
         <p>C’est le sens des modifications que Descartes introduit dans la traduction<lb/>latine du<hi rend="italic"> Discours de la Méthode</hi> (1644), au point sensible qui avait déjà suscité<lb/>une objection du P. Vatier et dont, dans la<hi rend="italic"> Praefatio</hi> des<hi rend="italic"> Meditationes</hi>, il avait<lb/>lui-même relevé l’intérêt: AT VI, 34, 13: «l’idée d’un être plus parfait que le<lb/>mien», AT VI, 559, 29: «de cogitatione, sive Idea naturae quae perfectior erat<lb/>quam mea».</p>
         <p>Le mot<hi rend="italic"> Idea</hi> (avec majuscule initiale, comme dans tout le texte) reçoit<lb/>pour équivalent<hi rend="italic"> cogitatio</hi>: il s’agit là d’un renversement par rapport au texte de<lb/>la<hi rend="italic"> Meditatio IIIa</hi> (AT VII, 35 l. 26: «ideae, siue cogitationes», encore présent<lb/>dans les<hi rend="italic"> Sixièmes Réponses</hi> (AT VII, 440, l. 14): «ideae, siue notiones»). La méta-<lb/>morphose de l’<hi rend="italic">idée</hi> en<hi rend="italic"> pensée</hi> est accomplie, et en 1644,<hi rend="italic"> Idea</hi> est introduit comme<lb/>une détermination de la<hi rend="italic"> cogitatio</hi>. Une importante note marginale est ajoutée:<lb/>«nota hoc in loco et ubique in sequentibus, nomen Ideae generaliter sumi pro<lb/>omni re cogitata, quatenus habet tantum esse quoddam objectivum in intellec-<lb/>tu».</p>
         <p>Cette définition recueille le fruit des<hi rend="italic"> Responsiones</hi>. C’est cet état qui est<lb/><pb n="200" facs="IDEA_200.jpg"/>donné dans les<hi rend="italic"> Principia,</hi> où les idées sont coextensives à la pensée. Une<lb/>expression comme «numerorum &amp; figurarum ideas» (VIII-1, p. 9, l. 23) mon-<lb/>tre la distance prise avec l’idée-figure au profit de l’idée-forme.</p>
         <p>En mai de cette année 1644, écrivant au jesuite Mesland, Descartes<lb/>reprend très exactement sa définition des idées-formes:</p>
         <p>ie ne mets autre différence entre l’ame &amp; ses idées, que comme entre vn mor-<lb/>ceau de cire &amp; les diuerses figures qu’il peut receuoir. Et comme ce n’est pas<lb/>proprement vne action, mais vne passion en la cire, de receuoir diuerses figu-<lb/>res, il me semble que c’est aussi vne passion en l’ame de receuoir telle ou telle<lb/>idée, &amp; qu’il n’y a que ses volontez qui soient des actions; &amp; que ses idées sont<lb/>mises en elle, partie par les obiets qui touchent les sens, partie par les impres-<lb/>sions qui sont dans le cerueau, &amp; partie aussi par les dispositions qui ont pré-<lb/>cedé en l’ame mesme, &amp; par les mouuemens de sa volonté; ainsi que la cire<lb/>reçoit ses figures, partie des autres cors qui la pressent, partie des figures ou<lb/>autres qualitez qui sont desia en elle, comme de ce qu’elle est plus ou moins<lb/>pesante ou molle &amp;c., &amp; partie aussi de son mouuement, lors qu’ayant esté<lb/>agitée, elle a en soy la force de continuer à se mouuoir (AT IV, 113-114).</p>
         <p>Descartes va opérer un travail important d’adaptation sur la traduction<lb/>française des<hi rend="italic"> Meditationes</hi>.</p>
         <p>L’index des<hi rend="italic"> Méditations</hi> publié par André Robinet montre que le lemme<lb/><hi rend="italic">idée(s)</hi> est aussi fréquent que<hi rend="italic"> Dieu</hi> (150 occurrences), ce qui le place au quatriè-<lb/>me rang des «mots pleins» pour l’ensemble du texte.</p>
         <p>Occurrences MM</p>
         <table rend="frame" xml:id="Table6">
            <row>
               <cell>idée</cell>
               <cell>85</cell>
               <cell>4</cell>
               <cell>0</cell>
               <cell>0</cell>
               <cell>53</cell>
               <cell>12</cell>
               <cell>9</cell>
               <cell>7</cell>
            </row>
            <row>
               <cell>idées</cell>
               <cell>65</cell>
               <cell>0</cell>
               <cell>0</cell>
               <cell>0</cell>
               <cell>44</cell>
               <cell>2</cell>
               <cell>3</cell>
               <cell>16</cell>
            </row>
         </table>
         <p>(tableau d’après André Robinet,<hi rend="italic"> Cogito 75</hi>, Paris 1976)</p>
         <p>Le texte français revu vers 1645 développe une double insistance: la dis-<lb/>tance de Descartes envers les philosophes de l’École et le statut mental de<lb/>l’idée.</p>
         <p>Quand il emploie les adjectifs «matériel, formel, objectif», Descartes com-<lb/>plète en français: «cette réalité<hi rend="italic"> que les Philosophes</hi> appellent actuelle ou formel-<lb/>le», «la réalité<hi rend="italic"> qu’il nomment</hi> objective» (32). Parlant de la nature de l’idée, il<lb/>ajoute: «on doit savoir que toute idée étant un ouvrage de l’esprit...» «Par<lb/>une aveugle et téméraire impulsion<hi rend="italic"> jai pu</hi> croire qu’il y avait hors de moi des<lb/>choses qui «envoyaient en moi leurs idées ou images,<hi rend="italic"> et y imprimaient leurs res-<lb/>semblaces</hi>» (31); la terminologie technique reçoit des synonymes français: «mais<lb/>il faut à la fin parvenir à une première idée, dont la cause soit comme<hi rend="italic"> un patron<lb/>ou un original</hi> [pour<hi rend="italic"> archetypus</hi>], dans lequel toute la realité ou<hi rend="italic"> perfection</hi> soit conte-<lb/>nue formellement<hi rend="italic"> et en effet</hi>, qui se rencontre seulement objectivement<hi rend="italic"> ou par<lb/>représentation</hi> [même addition plus haut, l. 7] dans ces idées» (IX-1, p. 33, l. 21-<lb/><pb n="201" facs="IDEA_201.jpg"/>23). Les idées qui sont, en latin, «veluti quaedam imagines», deviennent en<lb/>français «comme<hi rend="italic"> des tableaux</hi>, ou des images» <hi rend="italic">ibld.</hi>, l. 26). Même addition,<lb/>enfin, p. 34 (dern. l.), où «nullae ideae nisi tanquam rerum esse possunt»<lb/>devient «d’autant que les idées<hi rend="italic"> étant comme des images</hi>, il n’y en peut avoir aucu-<lb/>ne qui ne nous semble représenter quelque chose ... ».</p>
         <p>La traduction française des<hi rend="italic"> Principia</hi> connaît une révision encore plus radi-<lb/>cale, et Descartes en fait disparaître la terminologie technique (ainsi «perfectio<lb/>objectiva» de I § 17).</p>
         <p>Les<hi rend="italic"> Notae in programma</hi> (1648) sont un texte important: il s’agit du com-<lb/>mentaire d’un placard de Regius,<hi rend="italic"> Explicatio mentis humanae</hi>; Descartes a rompu<lb/>avec celui qu’il avait longtemps tenu pour son meilleur disciple et s’attache à<lb/>montrer les différences, les dérives, les trahisons, de l’anthropologie de Regius<lb/>par rapport aux<hi rend="italic"> Principia</hi>. Au point XII, Regius soutient: «mens non indiget<lb/>ideis, vel notionibus, vel axiomatis innatis: sed sola eius facultas cogitandi,<lb/>ipsi, ad actiones suas peragendas, sufficit» (AT VIII-2, 345).</p>
         <p>Descartes, dans sa<hi rend="italic"> Nota</hi>, prend soin d’expliquer que la contradiction n’est<lb/>qu’apparente avec son enseignement: ce n’est qu’une querelle de mots.</p>
         <p>Descartes en effet n’a jamais affirmé le besoin, pour l’esprit, d’idées<lb/>innées, «quae sint aliquid diversum ab ejus facultate cogitandi» (AT VIII-2,<lb/>357).</p>
         <p>C’est en appréhendant des pensées qui ne viennent pas du dehors (adven-<lb/>tices ou factices) que Descartes a pensé devoir retenir des pensées innées (ou,<lb/>dans la traduction de Clerselier: «naturelles»). L’exemple que donne Descartes<lb/>complique pourtant le problème: il explique que la générosité, par exemple,<lb/>est dite innée dans certaines familles ou que des maladies comme la goutte ou<lb/>la gravelle sont héréditaires chez d’autres: les enfants naissent «cum quadam<lb/>dispositione sive facultate ad illos contrahendos».</p>
         <p>Mais Regius tire, pour conséquence, dans l’article suivant, que toutes nos<lb/>idées viennent de l’observation ou de la tradition (des sens ou de la culture).</p>
         <p>Descartes répond: «nihil sit in nostris ideis, quod menti, sive cogitandi<lb/>facultati, non fuerit innatum...», corrigeant ce que cela a de trop absolu par<lb/>une réserve: «... solis iis circumstantiis exceptis, quae ad experientiam spec-<lb/>tant» (AT VIII-2, 358).</p>
         <p>Descartes développe ensuite ici une théorie occasionnaliste de la sensa-<lb/>tion: les objets («res quaedam») ont transmis quelque chose («aliquid») «quod<lb/>ei [menti nostrae] dedit occasionem ad ipsas, per innatam sibi facultatem, hoc<lb/>tempore potius quam alio efformandas» (p. 359).</p>
         <p>Descartes poursuit, à propos de l’idée de Dieu, pour montrer qu’elle est<lb/>innée et non pas acquise, comme Regius le soutient. D’éclaircissement en<lb/>éclaircissement, il se trouve contraint de revenir à la terminologie de l’École,<lb/>jusqu’à rappeler la définition: «esse in aliqua facultate, non est esse actu, sed<lb/><pb n="202" facs="IDEA_202.jpg"/>potentia dumtaxat, quia ipsum nomen facultatis nihil aliud quam potentiam<lb/>designat».</p>
         <p>Encore faudrait-il rappeler, comme le fait remarquer Anthony Kenny, la<lb/>distinction qu’Aristote établit entre l’ignorance comme possibilité d’apprendre<lb/>et le non-exercice d’une disposition (Kenny donne l’exemple d’une langue<lb/>étrangère: on peut a) ne pas la connaître et b) la connaître, mais ne pas l’utili-<lb/>ser, deux potentialités différentes. Il conclut à ce propos: «there is no room in<lb/>[Descartes’] system for the concept of learning»). Les<hi rend="italic"> Notae in progamma</hi> présen-<lb/>tent donc les idées innées comme a) signifiant les perceptions et b) contenues<lb/>en puissance dans la pensée. Descartes l’écrivait déjà à Mersenne, avec une<lb/>autre terminologie (mais en français), le 22 juillet 1641: «l’idée qui se réveille<lb/>en nous a cette occasion...»</p>
         <p>C’est dans une lettre à Clerselier, datée par Adam et Tannery du 23 avril<lb/>1649, que Descartes revient, pour la dernière fois, sur sa distinction entre dif-<lb/>férents types d’idées; il s’agit encore, ici, de difficultés au sujet de l’existence<lb/>de Dieu.</p>
         <p>J’ai crû estre obligé de distinguer, premierement, toutes nos pensées en<lb/>certains genres, pour remarquer lesquelles ce sont qui peuvent tromper, &amp;, en<lb/>montrant que les chimeres mesme n’ont point en elles de fausseté, preuenir<lb/>l’opinion de ceux qui pourroient reietter mon raisonnement, sur ce qu’ils met-<lb/>tent l’idée qu’on a de Dieu au nombre des chimeres. I’ay dû aussi distinguer<lb/>entre les idées qui sont nées auec nous, &amp; celles qui viennent d’ailleurs, ou<lb/>sont faites par nous, etc., pour prevenir l’opinion de ceux qui pourroient dire<lb/>que l’idée de Dieu est faite par nous, ou acquise par ce que nous en auons oüy<lb/>dire. De plus, i’ay insisté sur le peu de certitude que nous auons de ce que<lb/>nous persuadent toutes les idées que nous pensons venir d’ailleurs, pour mons-<lb/>trer qu’il n’y en a aucune qui fasse rien connoistre de si certain que celle que<lb/>nous auons de Dieu (AT V, 354).</p>
         <p>Les différents types d’idées ont pour correspondant les différentes rela-<lb/>tions d’un homme à ses idées: pour s’en tenir aux<hi rend="italic"> Meditationes</hi>, les verbes<hi rend="italic"> compo-<lb/>ni</hi> (43, 08),<hi rend="italic"> examinare</hi> (43, 13-14),<hi rend="italic"> ponere</hi> (41, 12),<hi rend="italic"> observare</hi> (54, 16), <hi rend="italic">formare</hi> (57,<lb/>06 et 07),<hi rend="italic"> apprehendere</hi> (57, 13),<hi rend="italic"> invenire</hi> (64, 06),<hi rend="italic"> effingere</hi> (75, 17 et 25) (liste non<lb/>exhaustive).</p>
         <p>Des trois classes d’idées, seul l’innéisme intéresse Descartes, qui en a<lb/>besoin pour la preuve de Dieu. Avant d’arriver à la formulation des<hi rend="italic"> Notae in<lb/>programma</hi>, il a tâtonné à leur égard: dans sa réponse à l’anonyme<hi rend="italic"> Hyperaspistes</hi><lb/>(août 1641), il prend l’exemple de l’enfant qui, dit-il ne possède pas moins les<lb/>idées de Dieu, de lui-même et de toutes les autres vérités «quae per se notae<lb/>esse dicuntur», que ne le font les adultes lorsqu’ils n’y pensent pas: «non enim<lb/>postea, crescente aetate, acquirit» (AT III, 424).</p>
         <p>Les idées (innées) sont alors des «vestigia [in mente] impressa». Depuis<lb/>les idées cérébrales des<hi rend="italic"> Regulae</hi> jusqu’aux images des choses (<hi rend="italic">Meditatio IIIa</hi>: «qui-<lb/><pb n="203" facs="IDEA_203.jpg"/>bus solis proprie convenit ideae nomen», AT VII, 37, l. 04), puis des images<lb/>des choses au refus de tenir les idées pour des images matérielles peintes dans<lb/>l’imagination (AT VII, 133, 179-181 [<hi rend="italic">IIIae Resp.</hi>], 366 [<hi rend="italic">Vae Resp.</hi>]), que de che-<lb/>min parcouru: Mais Descartes peut accepter des images mentales, tapies dans<lb/>la pensée comme des<hi rend="italic"> formes</hi> (ou des facultés); l’essentiel demeure qu’elles ne<lb/>soient composées d’aucune matière: «cum ideae sint formae quaedam, nec ex<lb/>materia ulla componantur...» (<hi rend="italic">IVae Resp.</hi> VII, 232, l. 12-13).</p>
         <p>Descartes écrivait, huit mois plus tôt, à Mersenne:</p>
         <p>le pretens que nous auons des idées non seulement de tout ce qui est nostre<lb/>Intellect, mais mesme de tout ce qui est en la Volonte. Car nous ne sçaurions<lb/>rien vouloir, sans sçauoir que nous le voulons, ny le sçauoir que par vne idée;<lb/>mais ie ne mets point que cette idée soit différente de l’action mesme (AT III,<lb/>295).</p>
         <p>Le traité des<hi rend="italic"> Passions de l’Ame</hi> contient une affirmation semblable (I<hi rend="sup">ère</hi> Par-<lb/>tie, S 19 AT IX, 343; voir note de F. Alquié,<hi rend="italic"> Oeuvres</hi>, t. 3, p. 967).</p>
         <p>Enfin, la relation au langage a souvent été proposée par Descartes pour<lb/>expliquer les idées: dans la définition d’<hi rend="italic">Idea</hi> donnée à la fin des<hi rend="italic"> Ilae Resp.</hi><lb/>(«more geometrico»), nous lisons: «nihil [possum] verbis exprimere, intelli-<lb/>gendo id quod dico, quin ex hoc ipso certum sit, in me esse ideam ejus quod<lb/>verbis illis significatur» VII, 160) (Descartes répond dans les mêmes termes à<lb/>l’<hi rend="italic">Hyperaspistes</hi> III, 393).</p>
         <p>Mais il explique à Burman qu’il n’y a pas d’idée qui corresponde au mot<lb/>«rien» (V, 153), tandis qu’il y a deux idées pour «soleil» (VII, 39). Enfin, des<lb/>idées correspondent à des «notions communes» (VII, 166), encore qu’il s’agis-<lb/>se là d’un sens élargi du mot, comme Descartes l’explique à Burman (V, 153).<lb/>Mersenne demande à Descartes si nos idées s’expriment «par vn simple ter-<lb/>me»; Descartes répond:</p>
         <p>«les paroles estant de l’invention des hommes, on peut tousjours se servir<lb/>d’une ou de plusieurs, pour expliquer vne mesme chose...» (III, 417, 22 juil-<lb/>let 1641). (Il poursuit en parlant des idees innees).</p>
         <p>Erreur et fausseté, clarté-distinction, nature des idées: ce serait parcourir<lb/>des chapitres entiers de la pensée métaphysique de Descartes que de poursui-<lb/>vre l’enquête au delà de notre approche lexicale. Par le seul jeu des définitions<lb/>successives, nous avons vu le progrès de la pensée de Descartes, et ce progrès<lb/>se poursuivra, dans les débats qui s’ouvrent avec l’héritage cartesien (et sa cri-<lb/>tique chez les empiristes anglais). Nous voudrions seulement, en conclusion,<lb/>relever quelques points fondamentaux:</p>
         <p>1) l’héritage conceptuel scolastique apparaît abondant et fécond; Des-<lb/>cartes y a puisé des termes techniques et des concepts; mais il a souvent<lb/>camouflé sous des termes nouveaux les concepts d’emprunt, et a donné un<lb/><pb n="204" facs="IDEA_204.jpg"/>autre sens aux mots empruntés. Ce qui souligne la nouveauté radicale de son<lb/>entreprise et explique les difficultés de compréhension rencontrées par les<lb/>contemporains comme par les disciples, par les amis comme par les adversai-<lb/>res;</p>
         <list type="unordered">
            <item><p>2) comme pour d’autres mots, le passage du latin au français fut capi-<lb/>tal; le<hi rend="italic"> vulgus philosophorum</hi> n’est-il pas composé des philosophes qui parlent les<lb/>langues modernes, où le mot<hi rend="italic"> idée</hi> n’équivaut qu’approximativement à<hi rend="italic"> Idea</hi>?</p></item>
            <item><p>3) c’est le souci de fonder l’existence divine par une preuve<hi rend="italic"> a priori</hi> qui<lb/>guide, de maniéré décisive, l’évolution de nombreux concepts, comme<lb/><hi rend="italic">Idea/idée</hi>;</p></item>
            <item><p>4) l’existence d’idées comme formes mentales est une pièce capitale du<lb/>dessein cartésien. C’est ce que de bons juges, comme Caterus ou Arnauld ont<lb/>bien vite remarqué, et ce qui explique le luxe d’argumentation dont Descartes<lb/>fait preuve. A partir du<hi rend="italic"> cogito</hi>, la poursuite de l’entreprise métaphysique entraî-<lb/>ne nécessairement le postulat de ces formes mentales.</p></item>
         </list>
         <p>Descartes répond vigoureusement au P. Bourdin, qui rappelait l’axiome<lb/>«a nosse ad esse non valet consequentia»: «est plane falsum» (VII, 520).</p>
         <p>Omnino<hi rend="italic"> a nosse ad esse valet consequentia</hi>, quia plane fieri non potest, ut ali-<lb/>quam rem cognoscamus, nisi revera ipsa sit prout illam cognoscimus: nempe<lb/>vel existens, si eam existere percipimus, vel hujus aut illius natura, si tantum<lb/>ejus natura nobis sit nota (<hi rend="italic">ibid.</hi>).</p>
         <p><hi rend="italic">A nosse ad esse:</hi> c’est le parcours de l’idée cartésienne, où est contenu le<lb/>glissement sémantique qui, de Clauberg à Wolff conduira de<hi rend="italic"> Gedanken</hi> à<hi rend="italic"> Vorstel-<lb/>lung:</hi> mais c’est déjà une autre histoire...</p>
         <p>NOTE BIBLIOGRAPHIQUE</p>
         <p>Les références renvoient par tome et page à la réédition des<hi rend="italic"> Œuvres de Descartes</hi><lb/>(<hi rend="smcap">Ch. Adam</hi> et <hi rend="smcap">P. Tannery</hi>).</p>
          <p><hi rend="smcap">Beyssade, J.-M.</hi>,<hi rend="italic"> La philosophie première de Descartes</hi>, Paris 1979.</p>
         <p><hi rend="smcap">Connell, D.</hi>,<hi rend="italic"> The Vision in God. Malebranche’s Scholastic Sources, </hi>Louvain-Paris<lb/>1967.</p>
         <p><hi rend="smcap">Cronin, T. J.</hi>,<hi rend="italic"> Objective Being in Descartes and in Suarez</hi>, Rome 1966 et New York<lb/>1987.</p>
         <p><hi rend="smcap">Halbfass, W.</hi>,<hi rend="italic"> Descartes’ Frage nach der Existenz der Welt. Untersuchungen über der<lb/>cartesianischen Denkpraxis und Metaphysik</hi>, Meisenheim 1968.</p>
         <pb n="205" facs="IDEA_205.jpg"/><p><hi rend="smcap">Kenny, A.</hi>, <hi rend="italic">Descartes on Ideas</hi>, paru dans Willis Doney, éd. <hi rend="italic">Descartes. A Collection<lb/>of Critical Essays</hi>, Notre-Dame-London 1967, p. 227-249, repris dans<lb/><hi rend="italic">Descartes. A Study of Philosophy</hi>, Oxford 1968, repr. Garland, New York 1988).</p>
         <p><hi rend="smcap">Marion, J.-L.</hi>,<hi rend="italic"> Sur l’ontologie grise de Descartes</hi>, Paris 1975, 1981<hi rend="sup">2</hi>.</p>
          <p><hi rend="smcap">Marion, J.-L.</hi>,<hi rend="italic"> Sur la théologie blanche de Descartes</hi>, Paris 1981.</p>
          <p><hi rend="smcap">Marion, J.-L.</hi>,<hi rend="italic"> Sur le prisme métaphysique de Descartes</hi>, Paris 1986.</p>
         <p><hi rend="smcap">Rodis-Lewis, G.</hi>,<hi rend="italic"> Idées et vérités éternelles chez Descartes et ses successeurs</hi>, Paris 1985.</p>
      </body>
   </text>
</TEI>